Tribune de Genève - 17 octobre 2012
Jean-Marc Corset
Sans fanfare, mais avec beaucoup de faste, la maison horlogère Rolex a inauguré hier son nouveau centre de production à Bienne. Le majestueux bâtiment de verre et de métal anthracite illustre de manière quasi impudente la santé florissante de la marque à la couronne d'or et de toute l'horlogerie de luxe helvétique en ces temps de crise.
En accueillant dans ses spacieux ateliers le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, le groupe basé à Genève, qui cultive le secret comme d'autres soignent leurs effets de manches, a ouvert un petit peu son huître (Oyster, nom d'un modèle), symbole historique de l'étanchéité et de l'hermétisme de ses montres! Le montant de cet énorme investissement – pas plus que le nombre de pièces produites – ne sera toutefois pas dévoilé. Quelques centaines de millions de francs sans aucun doute.
Toutes les activités
Le nouveau bâtiment de la Manufacture des Montres Rolex SA regroupe sous un même toit toute la fabrication de mouvements, jusque-là dispersée sur son site en périphérie de Bienne. Avec les édifices plus anciens, il représente une superficie de 92 000 m2, soit pas moins de treize terrains de football. On y trouve toutes les activités d'une manufacture: recherche et développement, usinage, étampage, traitement thermique et de surface (galvanoplastie), etc.
La manufacture inaugurée hier impressionne par la dimension de ses ateliers et des couloirs qui les relient, facilitant les circulations. Son système de stockage de l'ensemble du matériel et des fournitures est ultramoderne, géré entièrement automatiquement par des robots. Lors de sa visite des ateliers, le chef du Département de l'économie a pu observer la fabrication des divers composants, tels les dents de pignon ou les balanciers, au cœur du mouvement, avant de déambuler entre les rangées d'établis où ils étaient assemblés.
En connaisseur de ce secteur phare des exportations – il fut membre du conseil d'administration de Swatch – il a profité de l'occasion pour saluer encore la politique de la Banque nationale suisse (BNS) pour stabiliser la devise helvétique, ce qui a favorisé ce type d'investissement: «Espérons qu'il fera école», s'est-il exclamé devant les invités!

4000 salariés à Genève
Bertrand Gros, président de la manufacture, a pour sa part salué l'audace des anciens dirigeants qui, au milieu des années 70, moment clé pour l'horlogerie suisse, avaient refusé l'électronique et gardé foi en l'avenir des mouvements mécaniques. Un choix décisif, en particulier pour le site de production de Bienne. Ces dix dernières années, a indiqué le président, l'emploi y a en effet doublé. Plus de 2000 collaborateurs y travaillent aujourd'hui.
A Genève, Rolex reste, avec ses plus de 4000 salariés répartis sur trois sites, le premier employeur du canton. C'est aux Acacias, où se trouve le siège mondial de la marque prestigieuse, que sont livrés les mouvements complets conçus à Bienne avant l'assemblage et le contrôle des montres.
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Le cœur historique des mouvements
L'entreprise biennoise de production de mouvements fournissait le fondateur de la maison Rolex, l'horloger allemand Hans Wilsdorf, il y a un siècle déjà, alors qu'il était encore à Londres. Dès l'installation de ce dernier à Genève, en 1919, la firme biennoise lui livre tous ses mouvements et associe le label Rolex Watch à son propre nom.
Dans les années 30, c'est dans ses ateliers qu'est créé le premier mouvement automatique à rotor, tournant en permanence, donnant naissance à la Rolex Perpetual.
En 1967, Harry Borer, qui succède à son père après son décès, veut faire de la fabrique biennoise une manufacture capable de produire tous les composants des mouvements de la montre. Et c'est seulement en 2004 que la famille d'Harry Borer – présent hier à l'inauguration – décide de transmettre la propriété de Rolex Bienne à la société basée à Genève. Celle-ci n'en a pas moins donné tous les moyens nécessaires au site bernois pour se développer. Comme l'aurait sans doute voulu Hans Wilsdorf: c'est en effet sa femme qui l'attira au bord du Léman. J-M.C.
