24Heures - 30 mars 2012
Raphaël Delessert

«Vous êtes le deuxième Jean-Claude à venir en Ukraine. Le premier, c'était Jean-Claude Van Damme», lui lance un journaliste en pleine conférence de presse. «J'en suis fier. Mais je ne suis pas taillé comme lui», lui rétorque Jean-Claude Biver, en se tapotant le biceps devant une salle bondée et hilare. Fidèle à ses habitudes, le patron des montres Hublot a fait le spectacle cette semaine à Kiev.
Le bouillant sexagénaire était venu officialiser le partenariat entre la manufacture de Nyon et l'Eurofoot, compétition qui mettra aux prises les 16 meilleures équipes du continent du 8 juin au 1er juillet en Ukraine et en Pologne. La marque apparaîtra ainsi sur les panneaux brandis au bord des pelouses lors des changements de joueurs ou pour annoncer le temps additionnel.

Une nuit à la maison
Si Jean-Claude Biver s'est déchaîné lorsqu'il a présenté les deux montres officielles du tournoi aux journalistes venus du monde entier – des chronographes au boîtier massif vendus 16 000 et 30 000 francs – il confessait un réveil un peu confus lundi matin, au décollage de Genève: «Quand j'ai ouvert les yeux ce matin, pendant deux secondes, je ne savais plus où j'étais.» Et pour cause: le colosse avait bouclé, deux jours plus tôt, un marathon d'une semaine qui l'avait emmené de Tokyo à Mexico, en passant par Nagoya, Suzuka, Chicago et Miami. Avec escale à La Tour-de-Peilz entre le Japon et les Etats-Unis, le temps d'une courte nuit: «Parce qu'une nuit à la maison, ça vaut une fortune.»
En décembre pourtant, branle-bas de combat: Jean-Claude Biver était hospitalisé pour une pneumonie consécutive à une légionellose contractée il y a quelques années déjà. Les médecins lui enjoignent alors de lever le pied. «C'est vrai», confirme-t-il dans un large sourire. Les a-t-il écoutés? «Non, pas encore en termes de jours de travail. Mais j'ai quand même enlevé mes mains du cambouis», image le Vaudois, qui a cédé début janvier son fauteuil de directeur général à Ricardo Guadalupe, son ami depuis vingt ans. «Respecter, c'est déléguer. Je dois me mettre en retrait pour aider et faciliter la transmission à Ricardo.»
Reste que Jean-Claude Biver demeure le premier ambassadeur de Hublot, «cette chaudière qu'il faut sans cesse alimenter en charbon. Parce qu'on ne peut pas se reposer sur une histoire longue et prestigieuse, contrairement à d'autres manufactures.» L'homme répète à l'envi que c'est la passion qui le fait sillonner la planète sans relâche. Il carbure à l'humour, aussi. A Kiev, il annonce la couleur d'entrée aux médias: «Je n'ai pas pu voir grand-chose de votre pays. Mais j'ai eu la chance de goûter votre vin rouge!»

Des bouts de fromage
Le boss part alors dans un tonitruant éclat de rire devant septante journalistes interloqués. Dans la foulée, il balance une pique sur les Etats-Unis, qui ne pigent pas grand-chose au foot: l'auditoire est dans sa poche. Il poursuit, fait le pitre. Sérieux comme un pape au début de la conférence de presse, Sergueï Bubka, légende du saut à la perche et plus grand sportif ukrainien de tous les temps, hoquette de rire à côté de lui. Les journalistes l'applaudissent, des «bravos» fusent même dans la salle. Jean-Claude Biver a conquis Kiev en rock star, trois heures après son atterrissage. «C'était votre premier voyage chez nous. Mais nous, on se souviendra de vous», lui lance un reporter.
Quand il se déplace, le patron emporte toujours de larges morceaux du fromage qu'il produit à La Tour-de-Peilz. En Ukraine, l'avant-centre de l'équipe nationale Andreï Shevchenko a reçu un bout de gruyère et une montre Big Bang en bonus. «Ce qui me fatigue surtout, pendant les voyages, ce sont les changements de fuseau horaire. Mais la santé, ça va. Je suis à 80% de mes capacités. Ça correspond à 100% pour beaucoup d'autres individus», relève celui qui a troqué la course à pied contre le vélo de course, boit «normalement» et dort 5?heures par nuit. Son iPhone n'a pas davantage de répit: l'appareil ne cesse de sonner. «Regardez, j'ai reçu 42 mails en trois heures de vol», se marre-t-il à la descente de l'avion.
Quelques heures plus tard, Jean-Claude Biver donnera une conférence sur les méfaits de la contrefaçon. Le lendemain, cap sur Francfort pour une nouvelle conférence. S'arrêtera-t-il un jour? «J'aurais du plaisir à faire davantage de vélo, prendre du temps pour ma famille, mener une vie saine, aller au match. Et je ne fais pas les choses à moitié; si un jour je lâche prise, ça sera complètement. Mais j'aimerais toujours maintenir au moins une activité de conseil», se ravise-t-il aussitôt.

_______________________________________
Contrat avec la Juventus
Outre le championnat d'Europe de football, la marque Hublot s'est aussi associée à la FIFA, par le biais de la Coupe du monde, ainsi qu'à plusieurs clubs, et non des moindres: Manchester United, le Bayern Munich, l'Ajax Amsterdam ou Flamengo. Et ce n'est pas fini: «On a signé avec la Juventus, se réjouit Jean-Claude Biver, qui dit aussi avoir été approché par le Real Madrid et Barcelone. «Nous étions des pionniers quand nous avons investi dans le football, en 2006. Nous concluons des alliances avec des clubs de légende uniquement.»
Hublot est aussi partenaire de Diego Maradona. «El Pibe» porte au quotidien deux montres à la fois. Une à chaque poignet.
