Perpétuer les gestes ancestraux

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Avec le projet «Le Garde-temps, naissance d'une montre», Greubel Forsey et Philippe Dufour sauvegardent les techniques horlogères ancestrales.
HEURE SUISSE - No 117François Aguilar

Depuis la nuit des temps, les artistes et artisans ont non seulement toujours veillé à se surpasser dans leur art, mais également à transmettre leurs connaissances aux plus jeunes générations. En effet, si la démarche de création représente un moyen d'expression unique pour l'artiste, elle s'accompagne d'une volonté de transmettre et perpétuer le savoir-faire acquis. Cela ne s'applique pas uniquement à l'art, mais aussi à tout domaine nécessitant une connaissance particulière. Ainsi, Socrate prit pour disciple Platon, Andrea del Verrocchio avait pour élève Léonard de Vinci, tandis Joseph Haydn entreprit d'enrichir l'éducation musicale de Ludwig van Beethoven. Les exemples ne manquent pas et, s'il faut chercher une explication à ce phénomène, elle tient dans la nature éphémère de l'être humain. En ayant conscience de son bref passage sur terre, l'homme souhaite souvent laisser une trace, autant qu'il désire tout savoir des connaissances de ses prédécesseurs. C'est pour cette raison qu'élève et maître se recherchent et, lorsque des talents similaires se rencontrent, la relation d'apprentissage se crée. 

 

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Modernité et tradition

En cherchant à mesurer l'écoulement du temps, les horlogers ont conçu des merveilles de mécanique et de précision. Moyens d'expression de leur talent créatif, les garde-temps qui voient le jour depuis plus de 500 ans sont parfois de véritables œuvres d'art et les techniques qui ont permis de les réaliser résultent de savoir-faire exceptionnels. Pourtant, dans un souci de performance, mais aussi de rentabilité commerciale, les horlogers se sont, au fil des ans, tournés vers des méthodes industrielles et des machines ont remplacé la main humaine pour certains aspects de ces créations. Si cette évolution est naturelle, elle entraîne aussi la disparition des techniques ancestrales utilisées par les maîtres horlogers d'antan ainsi que celle des outils nécessaires à leurs élaborations. Cet état de fait inquiète, depuis plusieurs années, une grande partie des acteurs de l'horlogerie. Ainsi, de nombreuses marques font, par exemple, régulièrement appel à des artisans pour garder intact le savoir-faire des métiers d'art. Mais cela n'est qu'une portion infime des connaissances sur le point d'être perdues. C'est en dressant ce constat que Philippe Dufour, Robert Greubel et Stephen Forsey ont réfléchi à un moyen de conserver ces traditions horlogères ancestrales et qu'ils ont créé le projet «Le Garde-temps, naissance d'une montre». En effet, ils ont décidé, pour ce projet, de répertorier le plus grand nombre possible de techniques traditionnelles utilisées dans la conception d'un garde-temps, puis de les enseigner à un élève afin, qu'à son tour, il puisse les transmettre. Pour ce faire, leur choix s'est porté sur Michel Boulanger, un horloger et professeur d'horlogerie français qui, durant la période que durera le projet, a accepté de mettre entre parenthèses sa carrière pour redevenir élève. Grâce à leurs enseignements, l'élève sera en mesure de réaliser un garde-temps entièrement à la main, validant ainsi la maîtrise des connaissances reçues. De fait, ils ont choisi de réaliser une montre-bracelet à remontage manuel avec complication tourbillon affichant les heures, les minutes et les secondes. 

 

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Une démarche unique 

Sur bien des points, ce projet sort de l'ordinaire. Premièrement, il s'agit d'une démarche concrètement désintéressée puisqu'il va de fait qu'en utilisant des techniques traditionnelles pour concevoir un garde-temps à l'heure où les machines permettent de faciliter le travail, le temps et les coûts nécessaires à l'opération ne seront sans aucun doute pas prévus pour générer des profits. Deuxièmement, car il ne s'agit pas de l'action isolée d'une seule marque, mais bien de trois horlogers qui souhaitent transmettre leur savoir à une génération ayant soif d'apprendre. Enfin, parce qu'en choisissant Michel Boulanger pour emmagasiner ce savoir-faire, ce projet ne s'inscrit pas dans une démarche ponctuelle, mais dans une optique de transmission. En effet, une fois les techniques parfaitement maîtrisées, l'élève redeviendra maître et pourra, à son tour, partager l'expérience qu'il aura vécue. 

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Un parcours semé d'embûches

Si actuellement le projet en est à ses premières étapes, il est déjà possible d'en mesurer l'ampleur. Car dès les premiers croquis, les acteurs du projet ont pu s'apercevoir des difficultés qu'entraîne la réalisation d'un garde-temps à la main. En effet, en partant d'une feuille blanche pour son garde-temps, Michel Boulanger s'est imposé la création de chaque élément qui le compose, le calcul de chaque paramètre, les essais nécessaires à la validation de chaque concept. Néanmoins, cet apprentissage par la pratique lui permettra sans aucun doute d'appréhender pleinement l'expérience et, qui sait, donnera peut-être envie à d'autres horlogers de contribuer à la sauvegarde des techniques horlogères d'antan à leur manière.

 

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