WORLDTEMPUS – 21 avril 2012
William Türler
C'est un métier peu connu, mais toujours plus demandé par les marques horlogères à en croire les annonces d'emploi recherchant ces profils qui se multiplient dans la presse spécialisée. Le responsable du patrimoine est chargé de la promotion et de la conservation du patrimoine historique des marques. Cela consiste à entretenir la collection des pièces anciennes, l'enrichir avec de nouvelles acquisitions, la documenter et la restaurer. Mais aussi veiller à la restauration et à l'entretien des pièces du musée ou du centre de documentation de l'entreprise. Dans ce cadre, tout type d'information iconographique ou historique peut se révéler digne d'intérêt.
Des profils qui ne sont pas simples à dénicher: outre un titre universitaire (idéalement en histoire ou en histoire de l'art), il convient d'être au bénéfice d'une expérience similaire précédente et avoir des fondements de marketing. Car l'aspect promotionnel est incontournable.

Patrimoine marketing
Doyen de l'Institut du marketing horloger à la Haute école de gestion Arc, François H. Courvoisier observe depuis quelques années une augmentation du nombre d'entreprises horlogères qui ont ouvert une galerie ou un musée d'entreprise et ont donc besoin de ce type de professionnels pour les mettre en valeur. Pourquoi un tel effort afin d'entretenir sa légitimité historique? «Parce que le patrimoine est un argument de vente, estime François H. Courvoisier. Les clients ont plus confiance dans un savoir-faire transmis entre générations d'horlogers que dans une start-up qui peut disparaître demain. D'autre part cela impressionne la clientèle de voir des bâtiments et documents anciens qui ancrent la marque dans l'histoire.»

Pour la sociologue et historienne indépendante Laurence Marti, il s'agit d'une démarche de crédibilisation: «L'intérêt pour le passé, pour l'histoire et pour la mise en valeur de cette histoire au travers de musées, de recherches historiques participent d'un souci d'ancrer la marque dans une tradition, de lui donner une image rassurante et prestigieuse en faisant la preuve d'une certaine longévité. Cela s'apparente au «storytelling» comme on l'appelle dans le monde anglo-saxon, qui part du principe que le consommateur n'achète plus seulement une marque, mais une histoire, qui mobilise des sentiments, des valeurs auxquels l'acheteur peut s'identifier.» Une référence qui permet aussi, notamment par la valorisation de l'«artisan» horloger, de se distancer de l'image d'un produit industriel de masse.
Pour ne citer que quelques exemples, Tag Heuer, Omega ou Jaeger-LeCoultre ont créé des musées dans des styles très variés.
Le risque existe toutefois, dans cette vaste démarche de valorisation du patrimoine, de prendre certaines «libertés» avec l'histoire. En évitant par exemple de s'étendre «sur des échecs commerciaux ou des périodes plus sombres de la vie de ces entreprises», relève le professeur François H. Courvoisier.
