Métiers d'avenir

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Promising professions - Chronicle
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Vous cherchez un métier d'avenir pour votre progéniture? Tentez la marquetterie de paille!

On n'a pas encore lu de petites annonces de ce genre, mais visiblement, au vu des nouveautés horlogères, ça ne va pas tarder. Et si l'on a choisi la marquetterie de paille, ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres. Vous avez le choix. Vous pouvez orienter vos rejetons, qui doutent quant à leur avenir, vers le damasquinage ou vers la granulation étrusque. Ou encore vers la mosaïque de pierres dures, la sculpture de nacre, toutes les nuances de l'émail grand feu, plique-à-jour, cloisonné, champlevé et j'en passe. Que les cadrans en camées reviennent en force – ce qui ne saurait tarder – et vous pourrez proposer à votre chère tête blonde, de devenir glypticienne. Elle sera très certainement heureuse d'apprendre que cette technique de micro sculpture de pierre fine est née à Sumer il y a 5'000 ans! LOL.

 

 

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S'il a la fibre mathématique, proposez à votre adolescent avachi devant Facebook de devenir gnomoniste, une spécialisation qui n'est certes plus très usitée de nos jours mais qui, en ces temps pré-apocalyptiques, sera traitée avec la plus haute considération le jour où les montres auront disparu et que tout un chacun se servira d'un gnomon pour s'orienter dans le temps.

Il hésite encore? Et le sertissage? Baguette, invisible, neige…? Le diamant est une valeur sûre! Et c'est le meilleur copain des filles.
Mais rien n'y fait. Il n'arrive pas à se décider. Mais a-t-il seulement envie de prendre la moindre décision?

On a l'air de se moquer? Pas du tout! Les Métiers d'Art sont devenus un des fers de lance de la Haute Horlogerie. Pas une semaine ne se passe sans que telle ou telle marque n'annonce une réalisation artisanale empruntant des techniques rares voire en voie de disparition. Pour continuer à se distinguer radicalement dans notre monde fasciné et obnubilé par la haute technologie, l'horlogerie, dont la technique mécanique est en-soi largement dépassée (une stupide montre quartz remplit bien mieux son devoir de précision que quatre tourbillons en ligne), doit faire exactement le contraire de ce que le seul progrès nous dicte. C'est non seulement son luxe – et ce qui fait qu'elle reste un objet à part, à contrecourant – mais aussi une de ses conditions de survie.  En fait, l'horlogerie flatte nos penchants nostalgiques et ainsi nous rassure. Savoir que, quelque part, un marquetteur de paille continue à exercer son artisanat séculaire dans une chambre silencieuse entourée de sapins enneigés, fait chaud au cœur comme un bon feu de cheminée. Dans l'océan d'incertitude où nous surnageons, dans notre civilisation qui cherche à abolir le temps au profit de l'instantanéité (des informations, des transactions financières, des réseaux sociaux), cette petite plage de silence et de temps suspendu nous donne l'illusion qu'au fond, rien n'a changé.
 

 

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Ce n'est pas un hasard si, dernièrement, Franco Cologni, ex-gourou de Richemont, fondateur de la Fondation de la Haute Horlogerie et de la Fondation Mestieri d'Arte, à Milan, qui cherche à promouvoir les artisanats auprès de la jeunesse, nous disait son admiration pour le mouvement Slow Food.  Vous savez, ce mouvement né en Italie qui, à travers la promotion d'une alimentation locale, cherche à renverser la vapeur, à retrouver le goût des choses, celui de la lenteur et celui de l'être-ensemble.

Ça m'a fait penser à d'autres jeunes qui, eux, n'ont pas eu le choix entre devenir trader ou émailleur. L'économie a décidé pour eux. Je pense aux jeunes Grecs qui, par milliers déjà, sont retournés dans leurs îles respectives et ont recommencé à vivre comme leurs grand-pères, au milieu des chèvres, des fromages, du thym et des artisans.
Alors, la marquetterie de paille, pourquoi pas?

Pierre Maillard est rédacteur en chef d'Europa Star