L'horlogerie au secours de Chypre

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Watchmaking to the Rescue in Cyprus - Chronicle
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Il faut six milliards d'euros pour renflouer les banques chypriotes. Et si l'horlogerie suisse leur donnait un coup de main?

Six milliards d'euros! Grosso modo, c'est moins du tiers des exportations horlogères suisses, selon les chiffres douaniers (qui ne sont pas les chiffres du sell-out, loin s'en faut). Six milliards d'euros? C'est la somme nécessaire au renflouement des banques chypriotes. Banques qui, on le sait, ont beaucoup d'argent russe dans les caisses. De l'argent pas toujours très propre sur lui, on le sait aussi.  Or, les banques chypriotes coulent, plombées par leurs investissements en dette grecque, leurs prêts hasardeux dans le secteur immobilier, leurs largesses coupables, leur linge sale. L'Europe, le FMI, la "communauté internationale", la bourse, les marchés, tout le monde s'en mêle et cherche la solution ("qui va payer les pots cassés?").
 

 

 

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Et si on leur donnait un coup de main? Et si les horlogers faisaient comme les banquiers genevois qui se sont aussitôt rués à Chypre à la recherche de Russes en déshérence?

Plein de ces Russes, collectionneurs de montres, ont à coup sûr déposé à Chypre ce qu'ils avaient sous leur matelas king-size à Moscou! De nombreuses Breguet, Ulysse Nardin, de Grisogono et j'en passe, j'en passe beaucoup, doivent logiquement dormir en chambre commune dans les tiroirs des coffres de Chypre, à n'en pas douter.

Et si on organisait une grande braderie!

Tout le monde y gagne. On met sur le coup Christie's, Sotheby's ou Antiquorum. On organise à Larnaca un grand événement (et on en profite pour faire la promotion des métiers d'art, on ne sait jamais, peut-être que la granulation étrusque intéressera quelques ex-traders hésitant désormais entre le fromage de brebis et la chasse aux escargots – cf notre chronique précédente). On ne brade pas les montres mais on casse un peu les prix. Plein d'Asiatiques se raboulent de Singapour à l'occasion de cette vente du siècle. Les journalistes, pour une fois, font un effort et payent eux-mêmes leur déplacement et leurs drinks (on peut rêver). Les Russes sont contents. Ils perdent un peu sur le prix qu'ils ont acquitté pour acquérir leurs signes extérieurs de richesse, mais ils conservent l'essentiel, sonnant et trébuchant. Patek Philippe boycotte car "on ne brade pas ainsi le patrimoine". Mais qu'à cela ne tienne. Les Suisses, dans l'ensemble, sont aux anges. La FH se fend d'un communiqué: "Le mois de mars 2013 a vu une remontée spectaculaire des ventes de montres-bracelets mécaniques de plus de 3'000.- CHF grâce à Chypre, passé en un mois du 87ème au 6ème rang des meilleures ventes du mois". Europa Star publie un éditorial titré "Chypre et l'horlogerie, espoir ou désespoir?" Business Montres trouble les esprits en parlant d'une "opération chaises tournantes qui a failli mal tourner".  Watch Around monte un dossier sur la conception du temps au temps des philosophes présocratiques chypriotes. Revolution propose à un grand photographe de Miami de venir réaliser sur les plages désertes de Chypre un portfolio coquin nommé "Le temps nu". La Tribune des Arts obtient une interview exclusive de Jean-Claude Biver, venu avec ses vaches, qui promet à l'île "un Big Bang réunissant Grecs et Turcs dans un Tutti Frutti fusionnel". Quant à Worldtempus, le site rend compte sobrement mais exhaustivement du succès de l'opération.

Il est vrai cependant que les 6 milliards manquants n'ont pas été réunis. Mais qu'à cela ne tienne. La Suisse en sort grandie. Son élan de solidarité a marqué les esprits – Swatch a envoyé 200 montres à distribuer aux nécessiteux et Mondaine a offert ses services pour que toutes les horloges de l'île s'arrêtent un bref instant au passage de l'heure – histoire de souffler un peu. Le Conseil Fédéral, dans une ordonnance, a recommandé que l'application de la mention Swiss Made (60%) soit désormais confiée au CICR (croix rouge sur fond blanc). Même le FMI s'en est mêlé. Christine Lagarde (très intemporelle, elle porte une Reverso offerte par DSK) a invité Eveline Widmer-Schlumpf, en charge de l'économie, à venir faire une conférence à Washington sur "le modèle helvétique du temps long". Magistrale leçon qui, malheureusement, a dû être écourtée. Car si Chypre était désormais à peu près sauvée, la Chine semblait flancher à son tour.
La suite est une autre histoire.

 

Pierre Maillard est rédacteur en chef d'Europa Star