La sous-traitance, un tissu riche mais fragile

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Prise de température au Salon EPHJ-EPMT d'un secteur durement touché par la conjoncture actuelle.
16 juin 2009

Gold'Or
Fabrice Eschmann
/ BIPH INDUSTRIE_325973_0

Du 12 au 15 mai s'est tenue à Lausanne la 8e édition du Salon International de l'Environnement Professionnel de l'Horlogerie, de la Joaillerie (EPHJ) et de la Microtechnique (EPMT). L'occasion pour Gold'Or de prendre la température d'un secteur durement touché par la conjoncture actuelle.

Beaucoup ont recours au chômage partiel, certains ont dû licencier, quelques-uns ont déjà mis la clé sous le paillasson: les sous-traitants actifs dans le secteur de l'horlogerie, plus encore que les marques horlogères elles-mêmes, souffrent du ralentissement de la marche des affaires. Si les exportations horlogères ont chuté de 23,5 pour cent durant le premier semestre 2009 par rapport à la même période de l'an passé, certains artisans ont vu leurs commandes stopper net. Une situation qui, paradoxalement, explique le succès qu'a connu le mois dernier à Lausanne le Salon International de l'Environnement Professionnel de l'Horlogerie, de la Joaillerie (EPHJ) et de la Microtechnique (EPMT). Pas moins de 515 exposants, dont 360 directement liés à l'horlogerie, sont venus faire connaître leurs compétences et leurs nouveautés. But à demi-mots avoué: sauver non pas les meubles, mais les murs. Car si certains s'en sortent mieux que d'autres, une grande partie ne passera pas l'été si la situation ne s'améliore guère. Une réalité qui fait dire à plus d'un patron, en guise d'avertissement aux marques: «Ne laissez pas disparaître nos savoir-faire!»

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Condamné à l'innovation
 
«J'en suis à ma cinquième crise. Là, il faut aller conquérir, il faut sortir!» A l'heure d'inaugurer l'EPHJ-EPMT 2009, André Colard, président du comité d'organisation et 40 ans de carrière dans le secteur, explique facilement le succès de cette 8e édition. «Les marques horlogères prônent toujours un partenariat avec les sous-traitants lorsque tout va bien, pas en période difficile. Aujourd'hui, les sous-traitants n'ont d'autre choix que d'être réactifs et créatifs.»

Réactif, le secteur va devoir l'être surtout en termes de délais de livraison et de rythme. «A une période pas si lointaine, lorsqu'une marque passait commande, on lui répondait souvent qu'il y avait 18 mois d'attente, poursuit André Colard. Aujourd'hui, je vois mal un sous-traitant dire à son client ‹Je vous livre dans six mois›. Et puis jusqu'à maintenant, les marques ne sortaient des nouveautés qu'une seule fois par an. L'avenir est sans aucun doute à deux collections par année.»

Mais la clé du salut réside plus que jamais dans la créativité et la diversification. Et les exemples sont nombreux: Opal Créations, spécialisé dans la fabrication d'écrins haut de gamme, s'est lancée il y a quatre ans dans la réalisation de cadrans uniques au monde, marquetés bois, en pierre ou mixte. «Nous avons su prendre des risques lorsque tout allait bien, raconte Christophe Meyer, designer et responsable commercial et production. Quand nous aurions pu faire du volume avec nos écrins, nous nous sommes diversifiés, et nous en récoltons aujourd'hui les fruits.» Une logique qui continue, avec la mise au point par Opal d'un module high-tech de remontage pour montres à mouvement mécanique manuel. Un produit destiné aux collectionneurs que la société a lancé à l'occasion de l'EPHJ 2009.

Côté matériau, Biwi, entreprise spécialisée dans le moulage de très haute précision d'élastomères et de plastiques, s'est associé à Dupont Performance Elastomères pour adapter à l'horlogerie un caoutchouc aux qualités encore inconnues dans le domaine. MPS Micro Precision Systems, inventeur du roulement à billes miniature pour masse oscillante, mise sur son nouveau roulement unidirectionnel, le système OneWay, qui ouvre de nouvelles possibilités aux horlogers. La liste n'est évidemment pas exhaustive. Chaque exposant de l'EPHJ était cette année venu avec une innovation, un développement, un nouveau débouché.  

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Forts et faibles à la fois


«Les sous-traitants constituent un tissu immensément riche, insiste André Colard. La source de la nouveauté vient fondamentalement de la sous-traitance. La filière ne doit pas l'oublier.» Mais malgré ce constat difficilement contestable, le secteur est paradoxalement très fragile, car composé presque exclusivement de PME, parfois familiales, souvent sans grandes réserves financières. Pierre Berthet, à la tête d'une manufacture de mouvements à Villers-le-Lac (F), dans le département français du Doubs, en sait quelque chose: «Deux de mes fournisseurs suisses ont déjà fermé. Ils ne pouvaient tout simplement pas tenir plus de trois mois à ce rythme.»

Pourtant les artisans se battent. Dans le canton de Neuchâtel par exemple, où se trouvent environ un tiers des emplois de l'industrie horlogère suisse,[ le Service des faillites a enregistré depuis le début de l'année une diminution du nombre des dépôts de bilan de 12 pour cent par rapport à l'an dernier. Une situation singulière au vu de la conjoncture, que Thierry Marchand, Chef du service, explique par l'augmentation en parallèle du chômage et surtout du chômage partiel. «Les petits patrons misent beaucoup sur le chômage partiel, ceci pour conserver leur main d'œuvre», conclut-il.

Car au-delà des emplois, ce sont des savoir-faire uniques qui sont menacés de disparition. Des savoirs dont il ne suffit pas de décider de les intégrer dans une manufacture pour les maîtriser. «Il y a quelques années, je faisais du sertissage sur boîtier pour une grande manufacture chaux-de-fonnière, raconte Pierre Berthet qui compte une vingtaine de clients suisses. Puis un jour, ils ont décidé de faire ça eux-mêmes. Ce n'est pas allé très long jusqu'à ce qu'ils reviennent me voir. Verticaliser, c'est à la mode. Mais ça limite les ressources et l'horizon.» Avant de conclure: «Les marques se doivent de ne pas stopper les commandes. Sans quoi elles risquent de faire mourir le réseau derrière.»

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