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La marque «suisse» vaut de l'or

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Christoph Blocher prend la défense des milieux économiques suisses qui se battent pour le label suisse.

Christoph Blocher prend la défense des milieux économiques suisses qui se battent pour le label suisse.

Les usurpations de la désignation «suisse» ou de la croix blanche se multiplient, en Suisse comme à l'étranger.
L'alarme a été sonnée, suite à la promotion par Coop des casseroles SIGG, vendues comme suisses, mais faites en Chine!
C'est à la fois une guerre économique interne et fratricide, et un combat mondial qui se livre actuellement. «Dire qu'une marchandise est faite en Suisse, alors qu'elle est produite à l'étranger trompe le consommateur», fulmine ainsi la conseillère nationale saint-galloise Jasmin Hutter qui, avec sa collègue bâloise Anita Fetz, a sonné l'alarme pour un «savoir-faire helvétique en grand danger.

Quand je vois à l'étranger tous ces produits qui abusent de notre label, je me dis qu'il est temps de réagir». C'est ce que vient de faire le Conseil fédéral, qui, par la voix de Christoph Blocher, va mieux protéger le label suisse et combattre des usurpateurs.

L'affaire des casseroles SIGG fabriquées en Chine

Et pour cause: l'affaire des casseroles SIGG – que le distributeur Coop avait offertes en vaste promotion à ses fidèles clients – avait, en 2004, défrayé la chronique. Vendues avec l'écusson suisse sur leurs flancs, elles étaient pourtant totalement produites en Chine… De même, le patron de la PME de cosmé­tique schaffhousoise Trybol, ­Thomas Minder, a récemment lancé une véritable croisade contre la société Juvena of Switzerland, ainsi que contre La Prairie, les accusant d'usurper le label helvétique, alors que les cosmétiques Juvena sont majoritairement fabriqués en Allemagne, tandis que des produits solaires de la seconde proviennent des Etats-Unis.

«Halte aux abus», s'est-il exclamé en lançant, en mars dernier, une gigantesque campagne de presse pour inciter toutes les «vraies» entreprises suisses (généralement des PME) à se mobiliser avec lui pour défendre la pureté des emblèmes nationaux, notamment contre les multinationales.

Précision, exactitude, fiabilité, solidité

Eh oui, méprisées, voire honteuses il y a dix ans à peine, la croix suisse, de même que les marques «Suisse», «Swiss» ou «of Switzerland» sont devenues aujour­d'hui de véritables poules aux œufs d'or, synonyme qu'elles sont d'un «monde sain, bien ordonné, efficace, qui sous-entend des notions de précision, d'exactitude, de fiabilité et de solidité», comme l'affirme Peter Spichiger, spécialiste du marketing à l'institut GfM. S'il est impossible de quantifier la valeur ajoutée d'un produit portant drapeau à croix blanche ou le «made in Switzerland», on peut mesurer, par la seule horlogerie, l'explosion des contrefaçons dont les dégâts s'élèvent à plus de 7 milliards de francs pour la seule année 2005. Le responsable du Département fédéral de justice et police Christoph Blocher, en charge de la révision de la Loi sur les armoiries publiques, enfonce encore le clou:
«La moitié des entreprises suisses utilisent déjà la dési­gnation «Suisse» à côté de leur marque et 40% entendent le faire de manière plus conséquente à l'avenir».

L'Asie friande de produits porteurs de l'arbalète L'Asie en général et la Chine en particulier semblent tout particulièrement friandes non pas seulement des produits porteurs de l'arbalète, mais également et surtout rêvent de les copier. Prenez le cas de cette barre chocolatée au doux nom de «Swissmiss» et à l'emballage aux couleurs de la Suisse. «Swissmiss» n'a pourtant rien d'helvétique puisqu'elle est produite en Malaisie. Prenez également le cas de la chaîne Swissôtel qui n'a strictement plus rien de national, puisqu'elle vient de quitter les mains du groupe de Singapour Raffles pour passer dans celles du richissime Saoudien, le prince Al-Walid.

Car, saviez-vous que selon la législation suisse, la marque «Suisse» sous toutes ses déclinaisons n'est pratiquement pas protégée, sauf si son usage «nuit aux bonnes mœurs», comme on l'explique à l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle? Saviez-vous également que la croix suisse, a contrario, n'a le droit de figurer sur aucun produit commercial, mais qu'elle peut se décliner à l'envi sur des tasses à thé, des T-shirts ou sur les logos de n'importe quelle société de services (assurances ou banques), à l'instar de la compagnie Swiss Life?

Hier, le Conseil fédéral l'a enfin reconnu: il y a, dans la réglementation actuelle, une grosse absurdité et un anachronisme patent: «Non seulement l'utilisation de la croix suisse sur des produits est largement répandue, malgré l'interdiction formulée par la loi. Emmi ou Valser, par exemple, font figurer l'emblème helvétique sur leurs produits laitiers ou leurs bouteilles d'eau minérale.» Mais également comment faire équitablement la distinction entre l'utilisation de la croix suisse «à des fins décoratives» (comme sur des tasses ou des T-shirts) et l'interdire pour des buts commerciaux?

Sévérité accrue contre les usurpateurs

Berne va donc remettre les deux usages au même niveau. C'est-à-dire l'autoriser, sous conditions strictes, aussi bien aux industriels de la machine-outil ou de la pharmaceutique qu'aux sociétés de services qui, elles, peuvent déjà le faire. Ouverture, donc, d'une part, mais sévérité accrue d'autre part contre tous les vilains copieurs ou usurpateurs de la marque «Switzerland».

Non seulement les produits qui porteront ce label devront comporter 50% au moins de composants fabriqués en Suisse, mais aussi les poursuites à l'étranger seront à l'avenir plus tranchantes. Pour l'heure, en effet, un contrevenant risque au pire quelques milliers de francs d'amende ou une peine de prison de quelques mois… La sanction, on en conviendra, est peu dissuasive.

Elisabeth Eckert Dunning / TRIBUNE DE GENEVE