Heureuse de s'exiler de la vallée de Joux

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Le fait d'être à l'écart des horlogers calme les jalousies

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Le sous-traitant Valdeco SA a quitté la vallée de Joux pour s'installer à Yverdon, en mars dernier. Son directeur, Jean-Luc Bonnet, est satisfait de s'être éloigné de ce microcosme où sévit le débauchage.
La vallée de Joux, paradis des horlogers. Le constat sonne comme une évidence. Vrai­ment? «Lorsqu'on parle d'hor­logerie, il y a des secteurs plus porteurs et j'ai longtemps cru qu'il fallait être installé sur ces points stratégiques. Mais je me suis rendu compte que je ne suis pas une marque et n'ai rien à y gagner, si ce n'est les problè­mes… » A contre-courant des idées reçues, à commencer par les siennes, Jean-Luc Bonnet a décidé d'éloigner son entreprise horlogère de ce pôle spécialisé.
En mars dernier, le sous-trai­tant Valdeco SA, spécialisé dans la décoration, l'usinage et le traitement de surface, a quitté ses locaux com­biers du Séchey pour s'installer à Yverdon-les-­Bains. Un dé­ménagement lié à la croissance de cette entre­prise fondée en 2000, qui était à l'étroit sur son site d'origine. Après avoir exploré différentes pistes, comme la construction d'un nouveau bâtiment à la Vallée et différentes locations à Yverdon, Jean-Luc Bonnet a jeté son dévolu sur la friche indus­trielle de Leclanché. Et se ré­jouit de cet exil. Ce Français du Doubs, un peu fort en gueule et observateur piquant du culte du secret qui anime sa branche, dévoile quelques rouages de cette industrie du luxe.
Jalousie et débauchage
A ses yeux, ce départ offre en effet deux atouts majeurs. «Le fait d'être à l'écart des horlogers calme les jalousies. En effet, nos clients ont envie de savoir pour qui d'autre nous produisons. Cela les ennuie de nous donner des travaux confidentiels en sa­chant que nous avons des man­dats de leurs concurrents.» Or la proximité géographique favo­risait leur curiosité à l'égard des autres contrats de Valdeco.
Jean-Luc Bonnet espère aussi que son départ mettra un terme au débauchage de personnel qu'il connaissait dans la vallée des montres. «On croit que le fait d'être au milieu des entre­prises spécialisées permet de profiter d'un potentiel d'em­ployés. Mais en fait, au cours des sept dernières années, j'ai été une société école», constate l'entrepreneur. Incapable d'of­frir les salaires que certaines marques proposent aux pré­cieuses petites mains de l'hor­logerie, Valdeco engageait des employés sans expérience et leur enseignait leur métier. «Les travaux que nous fai­sons ne s'apprennent pas à l'école, mais sur le tas. Il faut par exemple entre une année et dix-huit mois pour former un angleur, qui est un poste re­cherché », précise-t-il.
Revers de cette stratégie: lorsque ses employés commen­çaient à devenir rentables, ils quittaient la société, attirés par les offres d'autres entreprises de la place. «On peut réagir une fois, deux fois pour les inciter à rester. Mais au bout d'un mo­ment, on ne peut plus s'aligner, car nos clients nous tiennent en fixant les prix. Si on augmente trop les salaires, on ne peut plus leur vendre nos produits assez bon marché», explique Jean-Luc Bonnet.
En déménageant, Valdeco a certes perdu une partie de son personnel, notamment des frontaliers peu enclins à le sui­vre à Yverdon. Mais il a facile­ment complété son équipe, qu'il espère désormais moins vola­tile. «Demandez à un Yverdon­nois de travailler à la Vallée! Il préfère aller à Genève.» Au fi­nal, l'horloger est donc content de son installation dans une ville proche de ses clients, qu'ils soient sur l'arc jurassien ou à Genève.


Tribune de Genève / Laure Pingoud  / www.tdg.ch