Tribune de Genève - 22 novembre 2010
Jean-Daniel Sallin
Il n'était pas au Grand Prix de l'horlogerie. Jean-Claude Biver avait mieux à faire: il fêtait les 18 ans de sa fille. «Et, franchement, j'ai gagné trois prix en quatre ans. Comment imaginer en recevoir encore un autre cette année?» Il a eu le nez fin. Jeudi soir, Hublot était totalement absent du palmarès de cette 10e édition. Laissant le soin à ses concurrents de se partager les parts de gâteau au Grand Théâtre. Mais il arrive parfois que le bonhomme se trompe…
Lorsqu'il a su que Hublot était aussi nominé pour le prestigieux Walpole Award for Excellence dans la catégorie de la «meilleure marque internationale de luxe», Jean-Claude Biver avait eu à peu près la même réaction: pas la peine de traverser la Manche! «J'étais en compétition avec Hermès, Bottega Veneta, la chaîne d'hôtels Peninsula et Ermenegildo Zegna, fait-il remarquer. Et aucune marque horlogère n'avait encore remporté ce prix jusqu'à présent.»
Le travail d'une équipe
Quatre jours avant la cérémonie, le patron de Hublot a pourtant été contraint de revoir ses plans: successeur de Louis Vuitton au palmarès, il était invité à venir chercher son prix personnellement au Whitewall de Londres. «Ce que j'aime avec ce prix, c'est qu'il ne récompense pas seulement une montre, mais le travail de toute une équipe!» réagit-il. N'est-ce pas aussi à lui qu'on rend hommage indirectement? «Vous savez, quand une équipe de football enchaîne les victoires, on applaudit toujours l'entraîneur et les joueurs. Mais, quand l'équipe perd, c'est toujours la faute de l'entraîneur!»
Jean-Claude Biver n'a certainement pas choisi cette référence par hasard: à ses yeux, la présence de Hublot sur les terrains de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud a permis à l'entreprise de passer dans une autre dimension. «Il y a trente milliards de personnes qui ont vu notre marque pendant l'été, analyse-t-il. Cela fait un peu plus de cinq ans qu'on existe, depuis la création de la Big Bang en juin 2005, mais, désormais, on ne nous considère plus seulement comme un produit, mais comme une entité!»
En 2010, Hublot n'a d'ailleurs pas ménagé ses efforts pour soigner son image. Sponsor d'Alinghi à Valence lors de la Coupe de l'America, l'horloger de Nyon est aussi devenu chronométreur officiel en F1. Et ça n'est pas près de s'arrêter! «En 2011, nous commencerons avec les championnats du monde de ski alpin à Garmisch, puis avec les mondiaux de ski nordique à Oslo, et nous serons visibles sur neuf grands prix de F1 au cours de la prochaine saison…» En décembre, Hublot ouvrira également sa boutique à Paris. Toujours avec la volonté de se faire remarquer. «Nous serons les premiers à sponsoriser l'éclairage de la colonne Vendôme mis en place par la mairie de Paris», s'enthousiasme Jean-Claude Biver.
Son fromage chez Globus
De quoi faire encore quelques envieux dans la branche horlogère? «Mais je l'espère… Le taux de jalousie est en quelque sorte le baromètre de notre succès», s'esclaffe le patron de Hublot. Lequel profite encore de cette fin d'année pour écouler son fromage chez Globus. Juste pour la bonne cause. «Cela fait deux ans que Globus me propose de le vendre dans leurs magasins, explique-t-il. Mais j'ai toujours refusé. Mon fromage – que je ne peux pas présenter sous l'appellation de gruyère, parce que je n'ai pas l'AOC, je l'ai toujours gardé pour mon plaisir personnel ou pour des cadeaux à mes amis.»
Un jour, son fils de 10 ans, Pierre, lui souffle pourtant une belle idée à l'oreille: pourquoi ne pas vendre ce fromage – fabriqué par un fromager de Chatel-St-Denis – pour les enfants? Banco! Jusqu'au 23 décembre, Genevois et Lausannois auront donc la possibilité de goûter au «gruyère» de Jean-Claude Biver tout en soutenant deux associations actives dans la protection de l'enfance: Action Innocence – qui lutte contre la pédophilie sur le Net – et Porte-Bonheur – qui vient en aide aux orphelins. Et là, pas question de rendre les autres verts de jalousie! C'est simplement le cœur qui parle…
