Jean-Claude Biver crée l'entreprise de demain

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Après avoir engagé des collaborateurs ayant dépassé l'âge de la retraite, confié les trois quart des postes de cadres à des femmes, il annonce qu'il ouvrira une crêche dans sa nouvelle usine.


Surface: 395 m2 Cet espace sera loué à une ou plusieurs start-up à un tarif préférentiel pour les aider à se lancer.
Pour être sélectionnées, les jeunes sociétés devront être actives dans un domaine périphérique à celui de l'horlogerie (par ex.: l'optique).
Hublot emploie 47%
de femmes. Ce pourcen­tage s'élève même jusqu'à 70% si l'on prend uniquement en compte les postes de cadres.
Jean-Claude Biver déclare ne pas choisir ses employés en fonction de leur sexe mais de leurs compétences.
Exceptionnel en Suisse: le personnel d'Hublot est composé de 12%
de seniors soit des personnes qui ont 65 ans et plus. Pour le patron d'Hublot, ils sont indispensables dans une entreprise et d'autant plus dans une start-up, afin d'apporter l'expérience qui manque à une jeune société.

"La première fois que j'ai entendu le terme de ma­man de jour, ça m'a fendu le cœur!» confie Jean-Claude Biver, patron de la société horlogère Hublot. C'est pourquoi il a décidé d'ouvrir une crèche de 25 pla­ces dans sa nouvelle usine qui verra le jour fin 2008, à Nyon. «Cela va permettre une plus grande proximité de la mère avec son enfant. Elle pourra manger à midi et repartir avec lui le soir. Si toutes les entrepri­ses faisaient ce petit pas, cela serait un grand soulagement pour toutes les femmes qui tra­vaillent. Ça leur faciliterait la vie.»
70% de femmes cadres

Les femmes dans l'entreprise: une situation que Jean-Claude Biver connaît bien puisque Hu­blot affiche une parité quasi parfaite avec 47% de femmes. Ce pourcentage atteint même 70% s'agissant des femmes oc­cupant des postes à responsabi­lités. «C'est un hasard car je n'ai pas fait le choix du sexe mais bien de la compé­tence. Il se trouve que les cadres les meilleurs qui se sont présentés étaient des femmes!» Il paraît évident que le pro­jet de crèche est étroite­ment lié à la forte repré­sentation féminine au sein d'Hublot. Car pour l'en­trepreneur, il ne fait aucun doute que «la femme est l'avenir de l'homme. Il faut donc commencer à revoir toute l'organisation de l'en­treprise pour qu'elle se sente la bienvenue: accepter le congé maternité, une certaine sou­plesse dans les horaires et créer une crèche.»
12% de retraités

Avec cette garderie, Jean­Claude Biver n'en est pas à sa première innovation «sociale». En effet, depuis qu'il a repris la société horlogère avec son équipe il y a trois ans, le quinquagénaire n'en finit pas de casser les modèles établis afin de gouverner son entre­prise autrement. L'un des ges­tes forts, car plutôt rares de la part d'un chef d'entreprise, a été d'engager des seniors, soit des gens qui avaient 65 ans ou plus. Une décision qui découle du raisonnement suivant: «Comment moi start-up, avec seulement 37 mois d'existence, puis-je avoir 40 ans d'expé­rience? Uniquement en enga­geant des gens qui les ont et qui ont donc au minimum l'âge de la retraite», lance l'horloger nyonnais. Mais attention, Hu­blot ne cherche pas à se substi­tuer à l'EMS. Il est juste indis­pensable pour une société qui démarre d'avoir en son sein à la fois des jeunes et des personnes qui ont de l'expérience.» De plus, Jean-Claude Biver re­lève que les sexagénaires aujourd'hui sont en pleine forme! Est-il pour reculer l'âge de la retraite? «Pour les gens comme moi qui travaillent avec leur tête, oui, mais pas pour les personnes qui ont un métier physique difficile qui nuit à leur santé.» Autre initiative liée à l'engage­ment de retraités, l'école d'hor­logerie qui formera des appren­tis pour la pratique. «J'ai déjà recruté un ancien maître horlo­ger qui sera non productif, uni­quement là pour transmettre son savoir aux jeunes.»
Une cafétéria commune

Enfin, celui qui souhaite «créer un état d'esprit totalement dif­férent au sein de son entre­prise» indique que la cafétéria sera commune à tous. «Imagi­nez-vous à midi, lorsque le petit enfant, l'étudiant, le jeune entrepreneur, le retraité se re­trouveront tous ensemble pour manger, l'émulation que cela va susciter!» se réjouit d'avance le patron d'Hublot avec tout l'enthousiasme qui le caractérise.
Un patron responsable

«Jean-Claude Biver est un mo­dèle de patron socialement res­ponsable, selon Xavier Com­tesse, directeur d'Avenir Suisse. A travers ses coups de gueule, ses succès et son enthousiasme, il dit des choses importantes. Notamment son message sur les seniors, qui évoluent dans une société qui les tue. Il ne les engage pas par charité mais parce que leur savoir-faire est extrêmement précieux. Jean­Claude Biver a aussi compris que pour trouver des gens, dans une période de pénurie de main-d'œuvre et notamment de talents, il fallait offrir quelque chose de plus que les autres. Il nous fait un bien fou!» Mais ne faut-il pas avoir les moyens pour être un tel modèle? «Il est clair qu'une entreprise doit faire au minimum 40 millions de chiffre d'affaires pour se le per­mettre, concède le patron d'Hu­blot mais il faut tout de même aussi un peu de sensibilité…»

 

«A travers ses succès et ses coups de gueule, Jean-Claude Biver dit des choses importantes. Il nous fait un bien fou!» Xavier Comtesse, directeur d'Avenir Suisse (Michel Perret )

 

Le Matin / Elise Jacqueson  / www.lematin.ch

 

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