|
Patron des montres Hublot, Jean-Claude Biver ne craint pas une déroute de l'économie: il vient d'acheter des actions UBS!

Avez-vous peur de la crise? Absolument pas! J'ai confiance dans notre faculté de rebondir, comme une personne malade qui retrouve la santé. Mieux: un os cassé est parfois plus solide à l'endroit où il s'est ressoudé. Après la pluie… … le beau temps, oui. Les crises sont mêmes nécessaires pour régulariser les excès. Nous avons trop mangé et cet excès provoque une indigestion, mais nous ne devons pas craindre un cancer. Diriez-vous que nous étions trop gourmands? Nous assistons à un assainissement de la surchauffe boursière, comme nous l'avons déjà vécu dans l'immobilier. L'argent devenait trop facile à gagner et nous avons perdu pied: on ne contrôle plus les coûts, on engage du personnel. Et nous finissons par en payer le prix. Par une crise, non? Mais non! Ces cycles sont nécessaires. L'institut KOF de l'EPFL prévoit une croissance de 2,1% cette année: avec une forte consommation et le plein-emploi, nous n'avons rien à craindre. Quelle erreur avons-nous commise? Nous anticipons quand tout va bien. Par exemple, en réservant des vacances en comptant sur un bonus. Et quand ce bonus ne vient pas, c'est la catastrophe. Après le grounding de Swissair, un monument comme UBS peut-il disparaître? Attention aux raccourcis! Swissair, c'était une crise de management, avec de mauvais choix stratégiques. Les facteurs étaient internes, pas exogènes. Et UBS? Cette banque a perdu 4 milliards en 2007. C'est énorme, mais, en dix ans, Marcel Ospel a fait gagner 60 milliards à ses actionnaires, avec 23 milliards versés aux impôts fédéraux, cantonaux et communaux. Tout le monde regarde le dernier acte: c'est comme lorsqu'un employé qui a travaillé trente-cinq ans est jugé uniquement sur son dernier travail. Que se passera-t-il? UBS va se restructurer et dégonfler son besoin en personnel. Elle retrouvera sa force dans un ou deux ans, après s'être serré la ceinture. Comment réagira l'économie? Dans l'horlogerie, nous absorbons les fluctuations en travaillant sur différents marchés. Et tous ne ralentissent pas en même temps. Nos carnets de commandes sont remplis pour un an. Je ne vois pas de ralentissement et une crise ne ferait que réduire cette réserve à trois mois. Comme beaucoup de dirigeants, j'ai surmonté deux crises horlogères depuis 1974. Avec quels enseignements? Une montre n'est pas vendue lorsqu'elle part chez un détaillant, mais lorsqu'un client l'achète en magasin. Cette proximité avec le terrain est indispensable: il ne faut pas alimenter les magasins sans surveiller ses ventes. Les structures doivent être adaptées au marché: c'est la base du commerce. Y compris pour une banque? Regardez les prêts hypothécaires aux Etats-Unis: les banques ont prêté de l'argent sans regarder le salaire des créanciers. Où placez-vous votre argent? Je viens d'acheter des actions UBS. Pardon? Je les ai payées 24 fr. 90 lundi. Le lendemain, elles valaient 26 fr. 10. D'où un gain de 1 fr. 20 en une nuit… Mais j'ai aussi acheté des titres Swatch Group, Roche, ABB, Nestlé… Mais attention: comme au casino, il ne faut investir que ce que vous êtes prêt à perdre. D'autres conseils? Ne jamais céder à la panique! Surtout ne pas se désengager quand tout va mal. Le secret, c'est d'agir à contresens: le mouvement s'inverse toujours. Acheter quand ça baisse et vendre quand ça monte: les fortunes se sont bâties comme ça dans l'immobilier. Les investisseurs asiatiques l'ont compris, non? Ils savent bien pourquoi ils investissent! Le bénéfice n'est pas engrangé le jour même, comme au casino, mais trois ans plus tard. Je m'entends déjà dire: «Quoi? Tu as acheté tes actions UBS à ce prix-là?» Gardons les pieds sur terre: le titre UBS ne va pas descendre à zéro. Les Bourses sont déconnectées et ne reflètent pas toujours le marché.
VINCENT DONZE
|