Bernard Arnault

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Le président du leader mondial du secteur, LVMH, a fait le déplacement à Nyon pour inaugurer le nouveau site de production d'Hublot.


L'Agefi - 6 novembre 2009
Bastien Buss



Evénement exceptionnel en Suisse. Alors qu'il évite toujours plus la presse, Bernard Arnault, empereur du luxe et propriétaire à hauteur de 47% du groupe LVMH, numéro un mondial en la matière, se trouvait hier à Nyon. Pour l'occasion, à savoir l'inauguration du nouveau site de production de la marque Hublot, qui lui appartient, le cor des Alpes a résonné. A-t-il apprécié? On ne le saura probablement jamais. L'un des hommes les plus influents du royaume de Navarre et de France a plutôt un faible pour le piano. Plus élitiste. Très doué, Bernard Arnault a d'ailleurs hésité dans sa jeunesse à se lancer dans une carrière de concertiste, après plusieurs récitals remarqués dans sa région natale. A quinze ans, il aurait même joué vingt-quatre Etudes de Chopin d'affilée, selon la légende. On connaît la suite: une ascension stratosphérique. Ce fils d'un petit industriel du Nord est tout simplement devenu le géant et leader incontournable du luxe mondial. Très loin devant les autres.

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Comme pour les grands chefs d'Etat, le timing était minuté hier, millimétré, organisé jusque dans les moindres détails. Un couper de ruban pour l'inauguration, une visite du site au pas de charge, un discours de deux minutes et juste encore le temps de répondre à cinq questions. Deux petites heures en tout et pour tout. Puis départ en jet privé. C'est que l'homme aux 15,6 milliards d'euros de fortune est pressé. Un empire ne se dirige pas dans l'improvisation. Surtout que le président, né le 5 mars 1949, a encore de l'ambition à revendre. Bien que le groupe possède déjà le portefeuille de marques le plus prestigieux dans le domaine du luxe, il veut encore le porter plus haut. Et continuer de l'étendre, alors qu'il couvre la mode, les parfums, les accessoires, les montres (dont les suisses Hublot, Zenith et Tag Heuer) les bijoux, les vins, les spiritueux et même la presse. Avec des références comme Louis Vuitton, Christian Dior, Kenzo, Donna Karan, Givenchy, Fendi, Chaumet ou encore Fred, Krug, Moët & Chandon, Dom Pérignon, Château d'Yquem, etc. Et la liste est encore longue.

Des acquisitions en vue? «Avec nos 60 marques, nous avons le potentiel de doubler nos ventes sans rien acheter ces quinze prochaines années. Mais si une opportunité devait se présenter…», a-t-il éludé. Prudent, il a toujours gardé secrète sa stratégie, en ne distillant les informations qu'au compte-gouttes. Ceux qui étaient venus à Nyon pour de grandes déclarations, une analyse minutieuse de l'univers du luxe - comme il sait si bien le faire, des projections sur les perspectives du luxe ou encore un discours sur les nouveaux paradigmes du secteur, ont dû vite déchanter. Dans son costume noir à la coupe parfaite, petite cravate fine et foncée, le sourire était certes charmeur et le regard toujours aussi cristallin, presque transperçant, mais Bernard Arnault n'était pas venu pour discourir. Simplement pour inaugurer le nouvel outil de production d'Hublot, marque rachetée à prix d'or l'an passé, à un sommet conjoncturel.

Les observateurs se sont toujours demandés comment cet homme ambitieux et amateur de défis allait s'entendre avec le bouillonnant, dynamique, indépendant et parfois incontrôlable Jean-Claude Biver, CEO d'Hublot. En apparence, tout va pour le mieux, à en croire le discours dithyrambique prononcé par le président et qui a quelque peu empourpré le visage de l'as du marketing. Plus terre à terre: «Nous sommes tous les deux des entrepreneurs. J'ai commencé comme lui», selon le président, qui a touché l'an passé 6 millions de francs de salaire mais près de 330 millions grâce à ses actions (selon les derniers chiffres du magazine Capital). Bernard Arnault a construit sa réussite en combinant volonté, persévérance et exigence. Il ne compte pas ses heures pour atteindre ses objectifs, et attend de ses salariés le même investissement. Il en va exactement de même pour Jean-Claude Biver, tout heureux de présenter son nouveau site, qui regroupe désormais sous le même toit et sur 6000 m2 toutes les activités de l'entreprise. Le bâtiment doit faire entrer la société horlogère dans une nouvelle ère, celle de la verticalisation. Avec notamment le premier mouvement maison. «D'ici 2010, notre objectif est de produire 2000 mouvements totalement manufacturés ici-même, et d'arriver à une production de 10.000 mouvements d'ici à 2012 et 20.000 à moyen terme», détaille Jean-Claude Biver. Un objectif annoncé aussitôt à 30.000 par Bernard Arnault, montre Hublot au poignet.

Quand on l'interroge sur la marche des affaires d'Hublot, dans un contexte de marasme profond pour l'ensemble de l'horlogerie, le président, par ailleurs défenseur des causes humanitaires, mécène et amateur d'art, déclare «que nous sommes ici pour rêver et pas pour donner des chiffres». Un contraste saisissant avec l'ère pré-LVMH, durant laquelle Jean-Claude Biver n'hésitait pas à informer par sms ses amis et les journalistes des ventes réalisées lors des salons horlogers. Quelques données toutefois: une quinzaine de nouveaux salariés rejoindront en janvier les 128 collaborateurs qui travaillent déjà à Nyon. La production s'élève désormais entre 22.000 à 23.000 montres par an. Et pour en finir avec l'arithmétique, la manufacture est devisée à quelque 21 millions de francs et le parc machine à 13 millions. Un investissement entièrement autofinancé. Les synergies ne font que débuter. Sous le contrôle du maître.

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