Une division décimale du jour

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La réforme initiée pendant la Révolution française ne se limite pas au calendrier. La division du jour en 24 heures et ses subdivisons sexagésimales sont supprimées, remplacées par une nouvelle division du jour en 10 heures.

Musée International d'Horlogerie - Journal de l'exposition "Chercher midi à 5 heures"


Soucieux de décimaliser le système complet des poids et mesures, les réformateurs suppriment la division du jour en 24 heures et ses subdivisions sexagésimales. Ils décrètent que, de minuit à minuit, le jour se divise en 10 heures, fractionnées chacune en 100 minutes décimales, celles-ci contenant 100 secondes. Une nouvelle façon de diviser le temps voit alors le jour, les nouvelles heures décimales ayant une durée de 2,4 heures (2 heures 24 minutes), le milieu de la journée (midi) devenant 5 heures.

Se conformant aux nouvelles directives de la Convention nationale, les horlogers dotent leurs montres et pendules de cadrans indiquant les noms des jours de la décade, les quantièmes et les noms des mois républicains. Entre 1793 et 1796, les cadrans des montres et des horloges se transforment : aux heures duodécimales et leurs divisions sexagésimales s'ajoutent les divisions décimales du temps. La double numérotation permet au public de mieux se familiariser avec la nouvelle heure.

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Une grande variété d'indications apparaît sur les cadrans des montres décimales :

• Sur des cercles concentriques, les mêmes aiguilles indiquent :
– soit les 5 heures correspondant aux 12 heures d'un demi-jour
– soit les 10 heures correspondant aux 24 heures (2 x 12 heures) d'un jour
– soit les 10 heures, disposées sur deux tours (jour et nuit), au dessus des heures duodécimales (I à XII).

• Sur le même cercle, une double aiguille indique d'un côté les heures décimales et de l'autre, les heures duodécimales.
• Sur des cadrans séparés, apparaissent l'heure décimale et l'heure duodécimale. Dans un cas, les aiguilles font un tour en 1 jour et dans l'autre, deux tours en 1 jour.
• Le Comité d'instruction publique propose un cadran en deux parties présentant les divisions en 12 et 5.

Ces changements sont liés au souci d'uniformiser le système des poids et des mesures dont les avantages de la décimalisation sont unanimement loués par les savants de l'époque. Le 4 Frimaire de l'An II (5 octobre 1793), la Convention nationale adopte par décret la nouvelle division du jour proposée par Gilbert Romme. Un ordre est édicté par la Convention d'introduire dans les villes, les villages et les demeures privées la pratique du temps républicain. Si la réforme du calendrier découle d'une haine de l'Ancien régime et un fort désir de rupture, l'heure décimale s'inscrit également dans une réflexion menée par les scientifiques depuis plusieurs années. Dans un souci d'uniformité, le système décimal devrait être étendu à tous les instruments de mesures de l'astronomie et de la géographie.

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Bien que porteuse des idéaux des révolutionnaires, cette réforme dépend en grande partie du savoirfaire des horlogers. Par conséquent, deux pages de recommandations, rédigées par la Convention leurs sont adressées et viennent compléter les almanachs, tableau de concordance et manuels pratiques. Les artisans doivent trouver les moyens les plus simples, les plus expéditifs, les plus exacts et les plus économiques pour diviser le jour de minuit à minuit en 10, 100 ou 1000 parties. Sur la proposition de Gilbert Romme, le 21 Pluviôse de l'An II (9 février 1794), un Décret qui établit un concours sur les moyens d'organiser les montres et les pendules en divisions décimales voit le jour. Toutefois, le jury composé de quelques importants horlogers de l'époque ne semble pas satisfait des résultats et ne voit aucune pièce remplissant toutes les exigences.

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Une adaptation difficile


L'heure décimale, instituée par le décret du 4 Frimaire de l'An II de la République (24 novembre 1793), n'est pas facile à appliquer dans la vie courante des Français. A la modification de la division du jour de 24 à 10 heures s'ajoute la complexité des indications sur les cadrans des montres et horloges, où figurent une quantité d'informations telles que les heures décimales et duodécimales, ainsi que les indications de l'ancien et du nouveau calendrier. Seuls quelques horlogers comme Louis Berthoud, Robert Robin, Pierre- Basile Lepaute ou Antide Janvier parviennent, suite à des commandes de scientifiques tels que Lavoisier ou Borda, à construire des chronomètres ou des pendules entièrement décimaux, destinés à des mesures et des observations scientifiques.

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Le 18 Germinal de l'An III (7 avril 1795), soit exactement 500 jours après son application, la Convention promulgue une loi qui suspend indéfiniment la division décimale du jour et de ses parties. L'opinion des savants sur l'inutilité de l'heure décimale dans la vie quotidienne rejoint alors peu à peu celle des horlogers. L'importance du commerce extérieur et l'impossibilité de modifier ou de remplacer les montres déjà en usage dans la République confrontent les défenseurs de l'heure décimale à la réalité des pratiques quotidiennes.

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