Tribune des Arts - Mai 2009
Etienne Dumont

Le mécanisme est simple. Il existe donc depuis l'apparition d'un monde, dit civilisé. Pour mieux vendre un objet, le plus direct consiste à mettre en concurrence les acheteurs possibles. Les Romains y avaient bien sûr pensé. Martial en fit quelques épigrammes. Les enchères artistiques datent du XVII e siècle. Elles apparaissent, dans leur forme actuelle, en Hollande.
La chose n'a rien là que de normal. Le pays croule sous les richesses, alors que l'Europe vit une crise économique profonde. Il y a un énorme public pour les tableaux, peints sans que les artistes en aient reçu commande. Tout transite donc par Amsterdam. On sait que s'y vend le Balthazar Castiglione de Raphaël, aujourd'hui au Louvre. Rembrandt en fait une rapide copie à la plume.
L'essor de Paris
Le reste du continent ne demeure pas inactif. Les immenses collections d'un Charles I er décapité se vendent à Londres entre 1650 et 1653. Les biens d'un Fouquet emprisonné finissent à l'encan dans le Paris de 1665-1666. Manquent cependant deux des éléments constitutifs d'une vraie vie commerciale: la régularité et un lieu défini. Succédant à Amsterdam, Paris devient “ la ” capitale des enchères au XVIII e siècle. Deux nouveautés se voient mises au point. Chaque vente importante a son expert, un connaisseur capable de garantir l'état, et surtout l'authenticité, des oeuvres. Ses opinions se retrouvent dans un catalogue donnant des dimensions, des provenances et quelquefois des jugements esthétiques.
Krach sous la Révolution
Jusqu'à la vielle de la Révolution, les ventes se succèdent à un rythme accéléré. Le public s'élargit. Les prix montent. Mais la Révolution met un terme aux dépenses. Tout se ligue alors contre les ventes. Il n'y a plus d'argent liquide. La société devient instable. Une quantité invraisemblable de marchandise se retrouve sur le marché. Il suffit d'évoquer les interminables ventes de Versailles, racontées par Michel Beurdeley dans La France à l'encan (office du Livre, 1981). Si la crise dure en France jusque dans les années 1850, l'Angleterre organise son marché. Apparaissent ainsi, au XVIII e siècle, deux maisons devenues aujourd'hui des multinationales. Il s'agit bien sûr de Sotheby's (1744) et de Christie's (1766), qui proposent de tout. Les bijoux d'une Du Barry guillotinée font ainsi beaucoup pour James Christie's lors de leur dispersion en février 1795.

L'aventure de Drouot
En 1852, soit presque exactement trois siècles après la création des commissaires priseurs par Henri II , l'ancien Hôtel Drouot prend son essor. C'est une usine d'une douzaine de salles. Quantité de maisons d'enchères se juxtaposent. L'entreprise devient si importante qu'elle semble en mesure vers 1960 de racheter à New York Parke-Bernet, car les Américains sont entrés dans la danse dès les années 1870. On sait ce qui va arriver. C'est Sotheby's qui met le grappin sur sa concurrente américaine, créant avec Christie's le duopole que l'on sait. Et en Suisse? Et bien de Fischer à Dobiaschofsky, on ne peut pas dire que ce soient les maisons (relativement) anciennes qui manquent. Koller, à Zurich, vient ainsi de fêter ses 50 ans.
