Les princes indiens et les belles voitures

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Ces «carrosses sans cheval», bien souvent uniques, servaient un peu à tout, y compris pour la chasse.
Les maharadjahs, c'est bien connu, ont adoré les belles voitures. Celles-ci ont fait leur apparition très tôt en Inde, à la fin du XIXe siècle. Une bonne cinquantaine d'années avant l'indépendance proclamée en 1947. Jusqu'alors, pas moins de 565 Etats princiers de toutes tailles occupaient les deux cinquièmes du pays. Ils étaient gouvernés par des princes qui avaient toutes sortes d'appellations: maharadjahs certes, mais aussi rajahs, nawabs, etc. Il y avait même un nizan qui passait pour être l'homme le plus riche du monde.
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Cette passion pour ce que l'on surnommait à ses débuts le carrosse sans cheval, a duré des décennies. Elle a donné lieu à des créations incroyables, pour honorer des commandes spéciales. La première, passée directement par un Indien, remonte à 1901. Elle émanait de l'industriel Parsi Jamsetji Tata. Toutes les marques étaient représentées: Alfa Romeo, Bentley, Bugatti, Cadillac, Crossley et Duesenberg, Hispano-Suiza, Humbers, Lanchester, Maybach, Mercedes- Benz, Minerva, Napier, Pierce Arrows… Mais c'est la Rolls-Royce, surnommée «The best car in the world», qui a eu incontestablement la faveur des Indiens. On estime que quelque 800 Rolls-Royce ont été importées en Inde. Les maharadjahs suivaient en fait les goûts de la famille royale britannique et appréciaient aussi fortement les Daimler et les Lanchester.

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Le Maharadjah de Narsingarh dans sa Cadillac de 1928 surmontée du tigre qu'il vient d'abattre.
Aussi étrange que cela puisse paraître, ces beaux modèles, devenus au fil des années un symbole de puissance et de prestige, servaient un peu à tout. Pour les visites d'Etat, lors des mariages, mais aussi lors des processions religieuses solennelles, pour le transport des épouses et même lors des parties de chasse.

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Le prince qui enterrait ses voitures
Un des collectionneurs les plus célèbres était le maharadjah Jai Singh. Il gouverna l'Etat de l'Alwar au Rajasthan de 1922 à 1933 et mourut à Paris en 1937, après avoir été exilé par les Britanniques. Il possédait une quinzaine de modèles Hispano Suiza, tous différents. Mais sa voiture favorite était le H-6B series. Hindou strict et végétarien, il ne voulait pas de cuir dans les aménagements intérieurs. Des plaques sur les deux côtés du capot indiquaient à quoi servaient les voitures, qui étaient équipées aussi de puissants phares pour pouvoir chasser de nuit. Et elles avaient même des cloches que l'on actionnait pour ne pas effrayer le bétail sur la route. On raconte qu'il achetait ses voitures par trois et qu'il enterrait les précédentes au cours d'une cérémonie triennale. A ce propos, mon ami Simon Kidston m'a raconté une histoire incroyable. Parce qu'il avait été traité avec dédain dans un négoce Rolls-Royce de Londres, un maharadjah commanda six modèles et les transforma illico en autant de poubelles ambulantes. Ainsi passe la gloire…

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Karl Friedrich Scheufel
A lire: «The Automobiles of the Maharajas», par Sharada Dwivedi et Manvendra Singh Barwani, Editions Eminence Design.
TRIBUNE DES ARTS - NOVEMBRE 2008 - No. 366