Tribune des Arts - Septembre 2009
Michel Bonel

Dans l'Antiquité grecque et romaine, une femme, mieux une déesse, a eu un destin exceptionnel. Il s'agit de Vénus tout simplement, que les Grecs appelaient Aphrodite. Cette déesse de la beauté et de l'amour, a eu un destin unique. Surgie toute nue de la mer, elle chevaucha une conque qui la porta sur l'île de Chypre où les Saisons se hâtèrent de la vêtir et de la parer. Elle stupéfiait, nous disent les chroniques, “ jusqu'aux dieux de l'Olympe par la blancheur de sa peau et par ses cheveux qui étaient comme une rivière d'or liquide, ses yeux étincelants comme des étoiles, ses formes parfaites et son parfum suave de fleur. ”
Rien d'étonnant qu'une telle perfection ait captivé bien des artistes, et notamment les sculpteurs, à travers les siècles. Les célèbres statues du IIe siècle avant notre ère, montrent des courbes idéales et une beauté à la fois céleste et charnelle. Les sculpteurs l'ont en général saisir au “ bon ” moment, susceptible de donner sa plus belle image, lorsqu'elle est en train d'ôter sa sandale pour entrer dans le bain. Les cheveux sont dressés en chignon, dans un savant négligé, des bracelets ornent les poignets et le haut des bras.
On le devine, la toilette et les soins de beauté n'ont été souvent qu'un prétexte pour représenter la nudité féminine, de façon artistique. Si maintes fois Vénus apparaît également accroupie, le plus souvent sur son genou droit, c'est parce que l'on pouvait tourner autour d'elle pour admirer ses courbes. Les peintres, de leur côté, n'ont pas été en reste. On songe bien sûr à Botticelli, ce chantre de la Renaissance, qui a si bien dépeint, vers 1485, à Florence, la naissance de la déesse émergeant des flots sur une coquille. Mais aussi à ce tableau anonyme du Louvre, qui, vers 1550, portraiture Vénus à sa toilette, ce qui comprend déjà bain et soins. Assise sur le rebord d'une baignoire sous un luxueux pavillon d'étoffe verte à galons, elle dispose d'accessoires représentés de façon très concrète. Comme un “ pulvérisateur de senteur ” au bouchon perforé que lui tend un petit Amour et un miroir convexe comme le laisse voir la touche de lumière qui s'y reflète.
les premières protections solaires
Quittons donc le divin Olympe et redescendons sur terre. Car les premières palettes de soins de beauté ont au moins 10 000 ans, estime Lionel de Benetti, président directeur général des Laboratoires Clarins, à Paris. Et c'est bien sûr l'Egypte qui a eu un rôle pionnier. “ Les cosmétiques les plus anciens ont été retrouvés dans des sépultures de la Première Dynastie, soit en 3100-2907 avant notre ère.
A cette époque, les femmes utilisaient des pots d'onguent parfumés à base d'huile végétale, de palme, d'olive et de noix mélangés à des herbes aromatiques pour protéger leur peau du vieillissement et de la déshydratation causés par le soleil. ” Point d'orgue de cette antique civilisation, la grande épouse royale du pharaon Akhenaton, Néfertiti, apparaît une quinzaine de siècles plus tard. Son buste, soigneusement maquillé, reflet d'une beauté devenue légendaire même s'il lui manque un oeil, fait toujours se pâmer les visiteurs du Musée des antiquités de Berlin. Encore quelques siècles et voici une autre reine, Cléopâtre d'Egypte qui, raffinement suprême, portait un fard bleu marine sur la paupière supérieure et vert d'eau pour la paupière inférieure. On comprend que les artistes aient été tentés.
Traversons la Méditerranée en direction de la Grèce. Après les éclats précieux des bords du Nil, c'est une cure d'austérité qui nous attend, estime Lionel de Benetti, car ce pays ne connaît au début que les soins rituels de la toilette. Le maquillage est interdit et réservé aux courtisanes. Mais, comme toujours, tout évolue très rapidement. Parfums et fards font leur apparition. La Grèce crée alors une grande invention qui sera utilisée sans discontinuer jusqu'au début du XXe siècle, révèle Isabelle Bardiès-Fronty, conservateur en chef au Musée de Cluny, qui présente jusqu'au 21 septembre, parallèlement au château d'Ecouen, deux remarquables expositions sur les soins du corps et les cosmétiques de l'Antiquité à la Renaissance. Il s'agit du blanc de céruse, destiné à éclaircir la peau et à en faire disparaître les irrégularités éventuelles, mais dangereux car à base de plomb.
