Dès le XIVe siècle, de nombreuses horloges d'édifices religieux ou civils sont dotées de personnages automates sonnant l'heure de leur marteau; les jaquemarts.
Chaque mois, Arnaud Tellier, directeur du Patek PhilippeMuseum, dévoile dans la «Tribune des Arts» une page des riches collections du musée.
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Un jaquemart est une figure de métal ou de bois sculpté représentant un homme qui frappe les heures sur une cloche avec un marteau. L'étymologie du mot est incertaine mais il désigne de nos jours un automate anthropomorphe actionné par unmécanisme relié à une horloge.
Selon le Petit Robert, le nom jaquemart (ou jacquemart) apparaît au XVIe siècle (1534). Il remonte à l'époque médiévale venant du provençal jacomar (1472), lui-même dérivé du prénom Jacques.Mentionnons que jacques ou jaque (1357 et 1364) est l'ancien sobriquet des paysans français, qui, en 1358, se sont soulevés contre leurs seigneurs, d'où le nom (vers 1370) de jacqueries.
Certains auteurs se sont évertués à rechercher l'étymologie du nom jaquemart dont l'orthographe est très variable. Alfred Ungerer (1861-1933), fabricant d'horloges à Strasbourg, en donne en 1931 la synthèse: «Les uns le déduisent du nom latin jaccomarchiardus, donné aux soldats placés comme poste de vigilance au sommet des tours, et qui étaient vêtus d'une jaque de mailles, ou vêtement de guerre, doublé de coton (en allemand: jacke; en anglais: jacket); d'autres, basant leur hypothèse sur le proverbe «être armé comme un jacquemart», le déduisent du connétable Jacques- Marc de Bourbon [XIVe s.], habitué des tournois et toujours en armes. Dans des documents de l'époque figure la dénomination Jacque-mail (vêtu d'une armure de fer) ou Jaque-marteau (portant un marteau à sonner); on aégalement cité des horlogers du nom de Jacquemart Yolem (à Lille, au XVe siècle), de Jacquemar (auteur de l'horloge de Fontainebleau, XVIe siècle), de JacquesMarc, qui a dû exécuter l'horloge de Courtrai, amenée plus tard à Dijon, ou enfin d'un Jacquemart, ayant réparé cette même horloge à Dijon (1422). A Laon, on paya, en 1383, 60 sous à Jacquemard, de Montigny, conducteur de l'horloge de la Porte Mortelle; à Besançon, un certain vigneron, nommé Jacquemard, doit avoir, en 1575, joué un rôle dans un fait d'armes, et, à Avignon, la légende erronée est même relatée sur des cartes à vue, qu'un horloger JacquesMarc aurait été l'auteur de la première horloge à automates de l'hôtel de ville. Quoi qu'il en soit, il semble que JacquesMarc fut le nomgénérique dont on désignait anciennement les guetteurs de beffroi et qui fut appliqué, par déduction, aux automates qui les remplacèrent.»
Du beffroi à la montre
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Les jaquemarts sont familiers de nos ancêtres.Dès leXIVe siècle, de nombreux édifices religieux ou civils sont dotés d'une horloge monumentale sonnant au passage, à l'aide d'un jaquemart, les heures voire les quarts d'heure écoulés.Le personnage, généralement un homme d'arme, est souvent seul mais il peut parfois être accompagné de deux, trois ou quatre autres figurines et être plus ou moins associé à l'histoire locale voire à une légende. Il peut pivoter en totalité ou n'avoir qu'une partie du corps qui soit mobile. Ces personnages mesurent généralement entre un et trois mètres de hauteur.
Les plus célèbres jaquemarts sont sans doute ceux des horloges de Dijon (venant de Courtrai, 1382/1383, avec adjonction d'une Jacqueline en 1651, d'un Jacquelinet en 1714 et d'un deuxième enfant en 1884), de Cambrai (1385), avec son couple deMaures dénommé Martin et Martine, de Venise (1495), également avec deux Maures, placés au-dessus du lion de saintMarc. Au XVIe siècle comme aux siècles qui suivent, on trouve quelques jaquemarts ou autres automates sur des horloges d'appartement. Ce n'est que dans les dernières années du XVIIIe siècle que les montres à automates naissent. Les horlogers genevois, comme ceux des Montagnes neuchâteloises, vont exceller à y incorporer des scènes animées de personnages se déclenchant au passage de l'heure ou à la demande. Pour parfaire ces luxueux jouets miniatures pour grandes personnes, ces saynètes (tableau champêtre, forge de l'Amour, atelier d'artisan, scène d'intérieur, concert, spectacle de cirque, représentation théâtrale, etc.) sont souvent réalisées sur fond de musique mécanique.
Pour agrémenter les montres avec répétition – celles qui sonnentà la demande les heures et les quarts d'heure écoulés, mécanisme qui existe depuis la fin du XVIIe siècle –, les horlogers vont placer, dès 1790, sur les cadrans de celles-ci, à l'intérieur ou à l'extérieur du cercle des heures, deux jaquemarts. Ces montres sont plus simples à réaliser que celles à automates car le mouvement des bras est directement entraîné par lemécanisme de la sonnerie. Ainsi l'un des deux personnages sonne-t-il les heures (un coup grave à chaque heure écoulée; jusqu'à douze coups) puis, ensemble, les deux annoncent les quarts (un coup grave immédiatement suivi d'un coup aigu pour chaque quart d'heure écoulé; jusqu'à trois doubles coups). Certaines montres indiquentégalement après les quarts les minutes passées. Dans ce cas, c'est la deuxième figurine qui les sonne (un coup aigu à chaque minute écoulée; jusqu'à quatorze coups).
Charmants faux-semblants
La fantaisie créative des horlogers de l'époque fait qu'ils ne se contentent pas d'imiter les traditionnels jaquemarts, hommes d'armes. Ils les remplacent volontiers par un couple, appelé Martin-Martine, ou deux femmes, deux enfants ou deux hommes, allégories de l'Abondance, de la Musique, etc. On rencontre aussi des putti, des Amours, des Bons sauvages (Indiens incarnant selon la mode du temps les Amériques et Nègres, l'Afrique), des Chinois, etc., tous frappant une cloche. Un rare modèle montre deux singes jouant des cymbales. Dans un type relativement courant, lorsque l'on enclenche la sonnerie, une scène placée en haut de la montre apparaît où un personnage (Arlequin, Polichinelle, Amour, etc.) combat Chronos. Celui-ci est armé de sa faux et incarne la fuite inexorable du temps.Le personnage frappe les heures sur la faux, tandis que les quarts sont sonnés par deux Amours placés plus bas.
En fait, tous ces automates font semblant de sonner les heures, les quarts et les minutes avec leurs marteaux. Au moment où le mécanisme de sonnerie est enclenché, le son est en réalité produit par l'intermédiaire de deux marteaux incorporés dans le mouvement, frappant sur une cloche logée dans le fond du boîtier de la montre ou de deux cloches ou de gongs placés, soit dans, soit en périphérie du mouvement. Toutefois, comme à toute chose il y a l'exception qui confirme la règle, on trouve un modèle où ce sont vraiment les marteaux des automates qui frappent deux cloches superposées apparaissant sur le cadran.
Hier comme aujourd'hui, les horlogers aiment à se lancer des défis. Ils vont donc réaliser de magnifiquesmontres avec répétitionà quarts par jaquemarts combinée avec une scène à automates animée de plusieurs fonctions et agrémentée d'une ou plusieurs mélodies. On connaît même une montre dotée d'un carillon de cinq cloches où cinq jaquemarts nous donnent l'impression de jouer la mélodie. Une quinzaine de ces chefs d'oeuvre horlogers sont visibles au Patek Philippe Museum de Genève.
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Patek PhilippeMuseum,
7, rue des Vieux-Grenadiers,
1205 Genève.
Tél. 022 807 09 10.
www.patekmuseum.com
Mardi-vendredi: 14 h-17 h.
Samedi: 10 h-17 h.
Fermé les jours fériés.
Visites guidées: en français,
tous lesmercredis à 14 h 15;
en anglais, tous les vendredis
à 14 h 15.
Tribune des Arts - No347 - Décembre 2006







