Breguet, l'horloger des tsars

2 minutes read
En 1809, 55% des ventes Breguet se destinaient aux russes, à commencer par le tsar Alexandre Ier.
Tribune des Arts - Juin 2009
Michel Bonel,  Gabriel TortellaHistoire_325900_0

Abraham-Louis Breguet est sans conteste le Léonard de Vinci de l'horlogerie. Car, comme lui, il a tout inventé. La vie de ce grand horloger d'origine neuchâteloise, qui se doublait d'un grand physicien, ne fut, jusqu'à sa disparition à Paris en 1823, qu'une longue suite d'inventions et de perfectionnements. Impossible de citer tout ce que la grande horlogerie lui doit. Ce qu'il faut surtout retenir de ce génie, c'est la montre-bracelet et le mécanisme tourbillon.

Mais l'homme ne se contentait pas de maîtriser toutes les techniques horlogères, il était aussi doté d'un sens artistique très développé et savait conférer à ses créations, une esthétique unique. Il avait d'ailleurs commencé sa carrière comme apprenti chez un horloger, à Versailles, cette source de beauté et de grandeur. On comprend que sa production ait été tout de suite appréciée des membres des familles royales et princières, y compris dans la lointaine et immense Russie. En 1808 déjà, Breguet, qui avait de grandes visions, avait ouvert, sans intermédiaire, une succursale à Saint-Pétersbourg, où résidait la cour impériale. Cette année-là, Breguet vendit pas moins de 36 montres et pendules à des Russes, ce qui représentait 21% des ventes. Un nombre qui monta, dès l'année suivante à 77 pièces, soit 55% des ventes de l'année. Mais cette expérience originale pour l'époque tourna court. L'établissement qui s'appelait La Maison de Russie, dut fermer ses portes au bout de trois ans, pour des raisons politiques, par suite de la divergence grandissante entre le tsar et Napoléon Ier, qui était lui aussi un client de Breguet.

Commande incognito de podomètres

La diffusion de la marque en Russie n'en continua pas moins, par l'intermédiaire de revendeurs classiques, des commerçants ou horlogers établis à Saint-Pétersbourg ou à Moscou. En 1814, le tsar Alexandre Ier se rend incognito chez Breguet, lors de son séjour à Paris, pour y commander des podomètres destinés à régler le pas des troupes. Il fut aussitôt imité par les aristocrates et les grandes familles qui, toutes, furent clientes de Breguet. C'est le cas des Demidoff , des Davidov, du comte Pouchkine, du comte Stroganoff et du prince Gagarine. Pendant plus d'un siècle, la marque a fait partie intégrante de la culture russe. Jusqu'en 1917, année qui sonne le signal de la Révolution russe, la Russie a constitué le premier marché d'exportation de la marque. Dans un pays où Breguet était devenu un nom commun, cité par les écrivains, comme un synonyme de chronomètre.

Histoire_325900_1

Marque