Tribune des Arts - Novembre 2011
Marco Cattaneo
On aime voir le temps passer ou on souhaite au contraire le suspendre. On le partage, on l'offre, on court parfois après lui, on le compte ou on l'oublie. C'est tout cela que la montre Hermès veut offrir à ses clients, l'essence du temps en plus de sa mesure, ce qu'elle a baptisé Le temps de l'imaginaire. Pour relever ce double défi, à la fois technique et philosophique, la prestigieuse maison s'est appuyée sur l'amitié et le talent de l'horloger-concepteur Jean-Marc Wiederrecht qui a su mettre l'innovation technologique au service de la poésie.

Car “le temps n'est pas une contrainte, encore moins un facteur de stress. Le temps est un ami, avec lequel on peut jouer”, rappelle Luc Perramond, CEO de la Montre Hermès. Il ne s'écoule pas toujours à la même vitesse, ni avec la même intensité, comme en témoigne cette Cape Cod Grandes Heures, dont les aiguilles accélèrent ou ralentissent selon les heures de la journée, grâce à une roue dentée ovale lovée en son sein.
Technique, en toute discrétion
Avec son Arceau Le Temps suspendu, Hermès va plus loin encore, et propose d'éclipser le temps sans cesser d'en mesurer la course. Quel meilleur endroit que la Chine pour dévoiler les secrets de cette pièce surprenante? C'est donc à l'ombre de la Grande Muraille, où le temps prend une nouvelle dimension, que Jean-Marc Wiederrecht est revenu sur la genèse de cette montre “pour laquelle il a fallu mettre en œuvre les dernières technologies, et qui n'aurait pas pu voir le jour il y a seulement sept ans.”
À l'arrivée, une complication non conventionnelle qui en fait une pièce d'exception et donne au temps cette dimension particulière, cette épaisseur que recherche Hermès. Une simple pression sur le bouton-poussoir à neuf heures, et l'aiguille de la date rétrograde disparaît. Les aiguilles des heures et des minutes s'immobilisent aux alentours de douze heures, la petite deux minutes avant, la grande deux minutes après. Elles indiquent maintenant un moment qui n'existe pas, une heure impossible: il est tout à la fois midi – ou minuit – moins quelques poussières, et passé de quelques poussières. C'est le temps de l'imaginaire, un instant ludique où l'on joue à cache-cache avec la réalité.

Mais dans les entrailles de la montre, le mécanisme ne s'est jamais arrêté, une nouvelle pression et nous voici de retour dans le temps ordinaire, celui que l'on découpe en heures et en minutes, et que ce garde-temps, certifié Chronofiable, mesure avec une précision chirurgicale. C'est tout le talent de cette montre et de l'équipe qui l'a conçue: savoir marier dans un même discours la dimension technique, la synchronisation des deux roues à colonnes sur laquelle il a fallu travailler plusieurs mois encore, après une première présentation à Bâle, au printemps dernier, et la dimension humaine, le plaisir de suspendre le temps, de l'attraper ou de le relâcher au gré de ses envies.
