Fabrice Eschmann
Plus d'audience, plus d'interactivité, plus d'ambition: Hautlence est entrée dans l'ère 2.0 de son histoire. La jeune marque neuchâteloise a commencé à livrer les premiers exemplaires de son modèle grande complication présenté à Baselworld en début d'année: la HL 2.0. Première montre entièrement conçue et développée à l'interne, elle est bien sûr l'expression du savoir-faire de cet «Atelier d'horlogerie contemporaine » comme elle se définit aujourd'hui, mais aussi le symbole de sa détermination. Plongée dans la tourmente en 2008-2009, Hautlence s'est en effet donné les moyens d'assainir les marchés pour repartir sur de bonnes bases. Une opération très coûteuse qui a nécessité deux recapitalisations successives, mais indispensables, selon Guillaume Têtu, fondateur et CEO. De quoi prouver la solidité des investisseurs et leur volonté de pérenniser la marque.

Liée à Neuchâtel
Hautlence est née d'une frustration, celle de deux amis. Renaud de Retz – Parisien, commercial chez LVMH – et Guillaume Têtu – Lyonnais, aux produits chez Tag Heuer – se désolent régulièrement du manque de véritables nouveautés dans la haute horlogerie. Nous sommes au début des années 2000 et Richard Mille, Vianney Halter et autres Felix Baumgartner commencent à bousculer les codes avec des créations mêlant tradition horlogère et innovations d'avant-garde.
En 2004, c'est le grand saut. Au salon de l'horlogerie de Bâle, les deux compères présentent Hautlence en même temps que son premier modèle, la HL. Avec sa forme d'écran TV, son affichage décentré avec heures sautantes et minutes rétrogrades, son jeu de cames visibles et entremêlées, ce garde-temps imprime rapidement la marque de fabrique d'Hautlence. Le modèle cartonne, avec quelque 500 pièces vendues. Vont suivre la HLS, puis la HLQ, première collection avec un boîtier rond.
Passionnés de belle horlogerie, trop occupés à créer des mouvements originaux et des montres hors du commun, Guillaume Têtu et Renaud de Retz n'ont toutefois pas su voir arriver la crise. En 2009, comme dans tout le secteur, les ventes s'effondrent. Les deux co-fondateurs réalisent alors qu'en cinq ans, ils ont bien vendu des montres – synonymes de technique et d'innovations – mais en aucun cas une marque – porteuse de valeurs. Commence alors un important travail d'introspection.

Exister comme marque
«Des quatre «p» – prix, place, promotion, produits – nous avions oublié les trois premiers », reconnait aujourd'hui Guillaume Têtu, qui a repris seul les rênes d'Hautlence depuis 2010. «Nous devons maintenant donner une vision d'avenir à nos clients aussi bien qu'à nos partenaires. Ce qu'ils veulent savoir, c'est ce que nous serons dans dix ans.» Davantage que se réinventer, Hautlence s'est donc fixé comme but d'exister.
Première étape: donner un corps à la marque. Précédemment répartie sur plusieurs sites avec son siège à Neuchâtel, elle a décidé de réunir tout son monde sous un seul toit, à La Chaux-de- Fonds. Une volonté devenue réalité depuis quelques mois, avec l'installation des onze employés de l'«Atelier d'horlogerie contemporaine » Hautlence dans une ancienne manufacture de la rue Numaz Droz. «Ce terme d'atelier nous correspond bien, explique Guillaume Têtu. Nous possédons une CNC, et donc la capacité de réaliser des prototypes et des petites séries de composants en laiton et en acier. Mais notre ambition manufacturière s'arrête là. Nous travaillons avec des sous-traitants de talents. A l'exception des bracelets alligator et des glaces saphir, tous les composants sont produits en Suisse (90% dans le canton de Neuchâtel). L'ensemble des produits sont conçus, développés, contrôlés et assemblés dans les ateliers de La Chauxde- Fonds.»

Un club exclusif
Seconde étape: créer une proximité avec les clients, pour les connaître et se faire connaître. Guillaume Têtu crée donc le Hautlence Owners Club, ouvert aux propriétaires de montres Hautlence, qui bénéficient du coup de quelques privilèges pratiques, comme une prolongation automatique de trois ans de la garantie ou un iPod Touch en cadeau – dont le contenu est bien sûr dédié à la connaissance de la marque. «C'est un excellent argument de confiance pour nos détaillants et les clients adorent», souligne le jeune patron.

C'est dans ce contexte que naît la HL 2.0. Plus de quatre ans de développement ont été nécessaires à la réalisation de ce mouvement baguette mobile relié au train de rouages de l'affichage par des pignons coniques. Spectaculairement architecturée autour d'une minute en arc de cercle, les heures s'affichent en chiffres romains sur une chaîne de douze maillons. Le retour instantané de l'aiguille des minutes de 60 à 0 déclenche la rotation de la chaîne. En même temps qu'elle se déplace en quatre secondes, celle-ci entraîne le pivotement de soixante degrés de tout l'organe réglant de la montre, monté sur un module à 9h. Avec la HL 2.0, qui se place dans le haut de la pyramide de la gamme Hautlence, la marque entre dans l'âge de raison. A la fougue des débuts succède une vraie stratégie à long terme qui réserve, à n'en pas douter, de futures surprises.

BIPH
