Des idées... Et leur concrétisation

La jeune marque neuchâteloise présente sa première collection automatique.
Revolution #3 - Mars 2009
Mathilde Binetruy
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Depuis 2004, Guillaume Tetu et Renaud de Retz tiennent avec passion les rênes de la marque Hautlence. Forts du succès des lignes HL, HLS, HLQ, ils présentent leur première collection automatique: HLA.

Il y a des destins qui débarquent sans envoyer de bristol. Celui de Guillaume Tetu et Renaud de Retz en est un. Depuis 2004 et l'avènement de la marque Hautlence dans le paysage horloger suisse, les modèles estampillés HL ont conquis de nombreux adeptes. En établissant un binôme forme-fonction comme postulat initial et en s'y tenant, Guillaume Tetu et Renaud de Retz – les co-fondateurs de la marque – ont été fidèles aux grands principes de l'horlogerie et aux leurs. L'idée n'était pas de succomber aux sirènes des croissances à deux chiffres de leurs pairs mais plutôt d'en apprivoiser les vertiges.

L'amitié faite prolixe

Quant ils se rencontrent dans les années 2000, tous deux portent déjà les stigmates des années-fric, sacrifiées au mépris d'une certaine noblesse horlogère. L'idéalisme n'est pas une seconde nature mais plutôt manière de penser qu'il reste des choses à accomplir pour ceux qui se donnent la peine d'y croire. Tous deux enrôlés dans des groupes internationnaux reviennent peu à peu de ces grands-messes où les gourous prônent l'investissement humain de la main gauche et lestent les espérances de la droite. Le coup de pouce du destin a lieu un soir au bord du lac de Neuchâtel. A l'occasion d'une soirée, Renaud se joint au groupe formé par Guillaume et ses amis, fait malgré lui « schmolitz* » lacustre - dont il goûte encore le souvenir glacé – et sympathise. Ils ne se quitteront plus, scellant leur amitié en démissionnant conjointement de leurs emplois respectifs et en jetant les bases d'Hautlence en 2004, avec le soutien de Jean Plazenet, Jean-Christophe Chopin et Alain de Forges. Les hommes et le « collège », c'est cet environnement humain et géographique qui a été propice à la gestation et au développement d'une marque qui se veut différente. D'un côté des idées, de l'autre la faculté de les concrétiser. Une équipe mise en scène par un duo de funambules faussement dilettantes, foncièrement attachants. La spontanéité faite métronome.

* tutoyer en buvant un verreHautlence_325605_1

Les fondements

Pour symboliser leur première collection, ils élisent l'anneau de Möbius. Le signe mathématique qui évoque l'infini leur sied à merveille. Toute limite demeure pour eux virtuelle et ils voient dans les chemins de traverse.

c'est à partir d'idées fortes et de nouvelles approches de l'affichage de l'heure que la première collection voit le jour. L'indicateur des minutes progresse sur un demi-cercle (comme une jauge de tableau de bord), puis bascule d'un coup à l'heure fixe au moyen d'une bielle (selon le principe des roues d'une locomotive à vapeur). L'architecture générale du mouvement se base sur l'embiellage pour transférer l'énergie du design volontairement très épuré et une dévotion sans faille à la belle horlogerie. Avec plus de 150 composants, doté d'une heure sautante et d'une minute rétrograde, le modèle HL se distingue par les profondeurs de niveau d'affichage. Le cadran inférieur laisse visible une partie du mécanisme de minuterie et de remontage et supporte le réhaut de seconde judicieusement flottant entre les bielles et le cadran supérieur. Intemporelle, la montre est réalisée à 88 exemplaires dans différentes versions, une constante de la marque.

Elle sera bientôt rejointe par deux autres collections : la HLS en 2007 (heures sautantes, minutes rétrogrades, exécutée en or rose, or gris et titane) qui garde l'ADN du premier modèle en lui insufflant une touche de modernité et la HLQ en 2008 (heures sautantes, minutes rétrogrades, date instantanée, réalisée en or gris, or rose et titane) qui joue avec une nouvelle rotondité de boîte.

A ceux qui derrière le changement de forme dénoncent un tour de passe-passe pécuniaire, ils répondent que leur désir était de “ légitimer forme et fonction et que le boîtier rond se prêtait par définition au quantième ”. Fidèle à la lignée des collections HL rectangulaires, les modèles HLQ en conservent l'esprit et l'ADN et rappellent que l'essence et l'apparence sont indissociables chez ces garçons.

HLA : première collection Hautlence automatique

En 2009, ils présentent leur première collection Hautlence avec un mouvement automatique dans un boîtier HL. “ Pour cette pièce, nous avons complètement repensé le cadran, expliquent-ils. L'indication des minutes se fait sur 180°c pour gagner encore en lisibilité. L'affichage de la pièce a été complètement épuré, il est symétrique. La seconde est occultée. ” Comme les pièces précédentes, les montres HLA sont disponibles à 88 exemplaires en différentes matières et sont soumises aux mêmes exigences que leurs aînées en termes de finition et d'expertise horlogères.


Architecturée autour du calibre, la montre HL propose l'heure en relief. La glace saphir de forme biseautée est ajustée au boîtier grâce à son talon inférieur et laisse apparaître les niveaux internes, joints et volumes de rehaut


2009 en toile de fondHautlence_325605_2

L'horizon de début d'année atteint, Hautlence va se concentrer sur une autre réalisation de choix qui sera présentée à la rentrée de septembre. Pour ce projet, le duo Tetu-de Retz s'est attaché les forces vives du sérail horloger, fidèle à son principe d'entraîner dans son élan les jeunes pousses talentueuses, mais aussi attentif aux conseils avisés sinon avant-gardistes des esprits libres du milieu. Fussent-ils miroirs dans lesquels ils traquent l'avenir. Les reflets ayant choisi le mutisme depuis que l'économie va à vau-l'eau, la foi assure le doublage des miroirs magiques. « Nous allons réduire notre production, reconnaissent-ils franchement. Tout le monde est logé à la même enseigne aujourd'hui et tout le monde vit dans l'expectative de 2009.

Leur entreprise n'a pas les épaules aussi larges que celles des groupes précédemment répudiés mais le pathos est un luxe qu'ils ne peuvent se permettre. Tous les rouages d'Hautlence ont été lubrifiés à la sueur de leur front et s'ils emploient le mot « crise » c'est pour espérer qu'inéluctablement elle sera jugulée par le temps. Paix à son âme.

Maintenant que les contraintes pratiques rejoignent les ambitions, et puisque personne - même pas eux - ne sait de quoi 2009 sera fait, ils ont pour velléité une petite victoire sur le sort. Un genre de chance qui consiste à être au bon endroit, au bon moment. Une sorte d'inspiration qui n'est rien d'autre que la capacité à rebondir. Cela ne se produit vraiment que lorsqu'on est débarrassé de toute vanité, tout mercantilisme, toute ambition. Quand on s'abandonne complètement au destin. Renaud a du sang bleu, Guillaume voit la vie en rose. Cela devrait suffire.

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