Opus Eleven en éruption

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Ce nouvel «OTNI» – objet temporel non identifié - pousse très loin les possibles de la technique horlogère avec un affichage des heures par micropalettes.
WORLDTEMPUS - 24 mars 2011
Propos recueillis par Anne-Marie Belcari

Chaque année, la pièce Opus d'Harry Winston crée l'événement. La onzième série, baptisée «Eleven» ne déroge pas à la règle. Si le temps a mille et un visages, voici une interprétation inédite de sa marche et l'Opus Eleven le fait littéralement exploser. Oublié l'affichage par aiguilles, ce sont 24 palettes mobiles qui, toutes les heures, s'activent pour former en une fraction de seconde, une fois immobilisées, le chiffre de la nouvelle heure. A la réalisation: Denis Giguet, l'horloger fondateur de MCT Watches, qui a pris un malin plaisir à imaginer un mécanisme complexe d'engrenages elliptiques et de roue triangulaire, monté sur un train épicycloïdal.Harry Winston_330140_0



Anne-Marie Belcari: Vous avez travaillé pour Harry Winston de 2000 à 2006. Comment vivez-vous ce retour aux sources?
Denis Giguet: C'est une aventure totale, puisque ce retour s'effectue d'une manière inattendue! En effet, après avoir supervisé six Opus (Opus 1 en tant de responsable achat et logistique, Opus 2 à 6 en tant que directeur de production), je reviens en acteur pour la série 11. Je retrouve beaucoup d'anciens camarades avec qui je collabore aujourd'hui sur cette magnifique réalisation, et rejoins une marque dont l'esprit d'innovation et la créativité s'expriment par la liberté totale laissée à l'exploration. Je garde encore à l'esprit le premier quantième perpétuel de la marque. Il comportait des indications rétrogrades qui furent reprises plus tard par d'autres maisons.

Comment est né le concept de l' Opus Eleven?

L'idée de départ était l'éclatement de l'heure. Je cherchais un moyen mécanique de décomposer le chiffre de l'heure et de le reconstituer dans un laps de temps court. Un peu comme un magicien lorsqu'il nous montre une carte, effectue un mouvement de la main et nous montre à nouveau la carte, sauf que celle-ci n'est plus la même! J'aime beaucoup également l'image des bancs de poisson: le groupe est compact jusqu'à ce qu'un évènement provoque son éclatement. Puis très rapidement, il se recompose et continue sa route.

 

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Combien de temps de recherche et développement?
Près de 15'000 heures de travail, dont 12'000 uniquement pour la recherche et le développement du mouvement. Cela représente, pour une seule et même personne 7 ans et 9 mois de travail! Nous étions une équipe de 25, concentrée sur ce projet pendant 19 mois.

De l'idée originelle au produit final, quelles ont été les évolutions?
Tout d'abord, la montre a évolué esthétiquement. Avec Eric Giroud, le designer de l'Opus Eleven, avec qui nous avons déjà collaboré sur la MCT Sequential One, nous souhaitions obtenir l'équilibre parfait entre un mouvement particulier et une boîte étonnante. Le mouvement totalement intégré et surtout la partie propre à l'affichage ont nécessité un encombrement important. Nous avons donc choisi, plutôt que de subir cette contrainte, d'en jouer. Ainsi toutes palettes d'affichages sont présentées de manière aérienne. D'autres contraintes techniques nous ont forcés à modifier certaines pièces du mouvement. Par exemple, la gestion de l'énergie accumulée nous a imposé d'ajouter un système de régulation de la vitesse. C'est dans ces moments qu'il ne faut surtout pas perdre l'objectif de départ et pousser les ingénieurs à mettre en œuvre des solutions inhabituelles! L'utilisation d'un train épicycloïdal pour assurer la rotation de l'ensemble en est une autre.


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Parmi tous ces défis techniques, quelle a été la difficulté majeure de conception?
Les défis techniques ont été multiples, mais le plus difficile, et à mon avis le plus incroyable, a été la gestion de la vitesse de chaque palette. En effet, pour éviter toute collision, les palettes ne tournent pas de manière uniforme. Une variation de la vitesse de rotation propre à chaque module de support des palettes a donc dû être imaginée. Pour cela, l'équipe de DIGITALE, qui a conçu et développé cet affichage, a dû concevoir des pignons elliptiques dont les dents ont été calculées une à une.

En quoi cette montre devait-elle être une Opus et pas une MCT?
L'aventure Opus est une collaboration. Le concept est porté, travaillé, modifié et intensifié par une équipe: le créateur et Harry Winston. Le résultat doit être une vraie rencontre entre deux univers, deux courants de pensée, deux rêves. C'est ce qui m'a plu dans le projet: la symbiose de deux identités. Prenons l'exemple des cornes. Elles répondent à l'esthétique Harry Winston, mais sont détachées de la boîte. On retrouve alors un trait subtil de mon univers. Lors du développement, nous avons également beaucoup travaillé sur les détails, comme les points de rencontre des différents cylindres. Pour cette raison d'ailleurs, nous avons même modifié la taille du balancier. Cette montre n'aurait pu exister sous la forme actuelle si elle avait été conçue par une seule entité. Le concept Opus est un univers où la création débridée permet de dévoiler une haute horlogerie hors normes. Unique en son genre!

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