Philippe Gaydoul poursuit une immersion très pragmatique dans l'horlogerie. L'univers d'investissement n'apparaît pas comme une passion brûlante, mais une voie de diversification connexe à la présence de l'investisseur dans le haut de gamme abordable, dont les chaussures Navyboot et les collants Fogal. Le nom de Philippe Gaydoul est apparu de manière surprenante la semaine dernière, lorsque les agences de presse ont relayé sa prise de participation majoritaire dans la marque horlogère Hanhart.
La nouvelle n'a pas surpris les abonnés des blogs professionnels, Business Montres en particulier, qui l'avait déjà révélé quelques jours plus tôt. Les spécialistes ont surtout insisté sur l'arrivée de Thomas Morf, 46 ans, qui reprend la direction. Une figure du secteur. En 2001, il orchestre le lancement de Carl F. Bucherer, émanation de la société lucernoise Bucherer. En moins d'une décennie, il construit la marque à l'international dans le domaine très réservé de la montre manufacture. Il semble taillé pour des défis à visibilité maximale.
Son arrivée dans une maison très confidentielle surprend. Hanhart rayonne surtout comme une marque allemande (basée dans la Forêt Noire) de chronomètres de sport. La production de montres-bracelets reste discrète et positionnée sur un segment moyen de gamme. En réalité, Philippe Gaydoul fait partie de la vraie motivation.

Stéphane Gachet: Pourquoi investir dans le secteur de l'horlogerie?
Philippe Gaydoul: Il s'agit surtout d'une extension dans le domaine des accessoires, sur un marché particulier.
Pourquoi y venir maintenant?
En réalité, je suis actionnaire de Hanhart depuis deux ans déjà. J'y tenais une position minoritaire, qui est maintenant majoritaire.
La marque est très peu connue du grand public. Comment expliquer ce choix?
J'y suis entré par surprise. Il y a encore deux ans, je ne connaissais pas la marque. Des connaissances me l'ont fait découvrir.
Ne craignez-vous pas de rester invisible sur un marché hyper compétitif?
Nous avons clairement l'intention de rester une marque de niche et je suis persuadé que Hanhart a sa place dans l'univers horloger. La maison possède une vraie légitimité horlogère, une tradition, une longue histoire (création en 1882 en Thurgovie).
On a surtout l'impression que c'est l'arrivée de Thomas Morf qui change tout
Nous nous connaissons depuis plusieurs années et je n'aurais pas fait le pas sans Thomas Morf et s'il n'avait pas fait la preuve de sa capacité à repositionner une marque, comme il l'a fait avec Carl F. Bucherer.
Le risque financier reste maximal. Les relances avortées sont légion. Pensez-vous être suffisamment connaisseur du secteur pour choisir les bonnes options?
Je ne suis pas un spécialiste de l'horlogerie, mais je connais le marché et je garde l'impression que la marque est forte. Le fait aussi que Thomas Morf ait choisi de reprendre la direction de Hanhart est un signal clair en faveur de la marque. Je n'ai par ailleurs pas peur du risque. J'ai repris Navyboot, mais je ne suis pas non plus un spécialiste de la chaussure. L'important est d'avoir une intuition, de savoir ce que l'on veut faire avec une marque.
Justement, comment comptez- vous (re)déployer Hanhart?
Nous sommes en train d'étudier les scénarios et de construire un plan sur cinq ans avec Thomas Morf. Il apparaît déjà certain que Hanhart restera une marque de niche. L'approche reste pragmatique. Nous n'avons aucune intention d'ouvrir des points de ventes en nom propre. Le plus déterminant est de se montrer réaliste. Il faut partir du produit, assurer la qualité et bien le positionner dans la distribution.
Vous avez commencé par associer l'horlogerie aux accessoires. Pensez-vous positionner Hanhart comme une marque fashion?
D'une certaine manière c'est bien le cas. Il faut être très clair en termes de positionnement. Hanhart n'évolue pas dans le segment luxe.
