Clarifie son positionnement

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Bien qu'italienne et imprégnée du milieu de la mode dont elle est issue, la marque de luxe cultive des valeurs horlogères typiquement helvétiques. Faites passer le message.
Tribune des Arts - Novembre 2010Sylvie Guerreiro

Gucci Montres: fashion brand? Oui, furieusement. Mais pas n'importe comment. Ce qu'on ignore souvent, c'est que le géant possède des ateliers à La Chaux-de-Fonds. Bien sûr, les divers composants sont soustraités. Il n'empêche. Tous les mouvements sont “Swiss made”. Il s'agit à 70% de calibres ETA et à 30% de RONDA; du quartz en très grande majorité, bien que les montres mécaniques, apparues dès la fin des années 80, trouvent désormais une nouvelle impulsion grâce à la collection G-Timeless qui s'enrichit de trois nouveaux modèles automatiques, dont un chronographe et un GMT à double fuseau horaire. Idem pour les cadrans et les boîtiers, dont les fournisseurs sont exclusivement helvétiques.

Ce qui se fait à La Chaux-de-Fonds, c'est donc l'assemblage des mouvements, des cadrans, des boîtiers et des bracelets métalliques, la pose des aiguilles et le sertissage, le tout étant manufacturé. À cela s'ajoutent le prototypage, le contrôle qualité et l'atelier réparations. La logistique et l'administration sont basées à Cortaillod, à une trentaine de kilomètres de là. Reste les bracelets en cuir qui, eux, proviennent d'Italie où sont d'ailleurs fabriqués tous les autres produits Gucci. Normal puisque la marque est née à Florence, sous l'impulsion de Guccio Gucci qui, en 1921, y ouvrit une entreprise artisanale d'articles de maroquinerie et de sacs de voyage. Quant à la conception des montres, c'est l'affaire de Frida Giannini, la directrice de la création. Officiant à Rome, c'est elle également qui dessine les bijoux, lancés il y a une décennie et fabriqués entre Milan et Florence où réside toujours la maison mère.

 



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Collection Marina Chain. Tout acier, cadran argenté miroir, glace saphir,
 bracelet orné de céramique noire ou blanche. Mouvement quartz © Tribune des Arts

 

 

Un musée à Cortaillod

Chez Gucci, l'aventure horlogère a débuté lors des 70's, à l'heure où la maison, en pleine expansion internationale, cherchait à se diversifier. Un choix judicieux puisqu'il ne lui fallut que très peu de temps pour s'imposer comme l'un des fabricants et distributeurs de montres les plus importants au monde. Depuis cet été, un musée lové dans les locaux de Cortaillod en témoigne. De quoi jauger de l'évolution du design qui, paradoxalement, a su préserver un luxe intemporel. Les codes? Ils sont pour la plupart inspirés de l'univers équestre. À commencer par l'étrier qui s'est imposé dès les années 30, suivi, 20 ans plus tard, de la bande vert-rouge-vert dérivée de la sangle d'une selle d'équitation, puis du mors de cheval. Et le bambou? Soit, il n'a rien d'équestre. C'est qu'en réalité, il nous vient d'une pénurie de matériaux, notamment l'acier, due à la dictature fasciste en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale et à laquelle il fallut bien trouver une solution. Reste le mythique logo aux deux “G” entremêlés qui fut adopté vers 1960, bientôt rejoint par le motif “diamantissimo”. 

Ce musée s'inscrit dans une remise en question engagée avec l'arrivée de Michele Sofisti comme CEO de Gucci Montres et Joaillerie. À l'ordre du jour: montrer que Gucci est certes une marque fashion, mais qui travaille dans les règles de l'art, le respect de son histoire et un souci de qualité jamais démenti. Ce qui passe aussi par une réduction des références horlogères. Pour plus de clarté, quatre lignes mènent désormais la danse: une gamme classique, définie par la collection féminine G-Frame et la ligne automatique plutôt masculine G-Timeless; une gamme fashion gouvernée par les modèles U-Play, I-Gucci et Marina Chain; et une gamme joaillière actuellement en gestation. 

Côté bijoux, la nouveauté réside dans l'inauguration d'une ligne de haute joaillerie. Mais on notera aussi une volonté de briller davantage sous les spotlights par l'organisation accrue d'événements et la conclusion de nouveaux partenariats, à l'exemple de celui passé tout récemment avec la Recording Academy, célèbre pour ses Grammy Awards. Le but: attirer l'attention du jeune public. Et du neuf, il y en a aussi sur la Toile avec l'ouverture cet été d'une nouvelle boutique numérique. On n'en attendait pas moins du précurseur du shopping de luxe en ligne… En revanche, pas de montée en gamme. Avec une fourchette de prix allant de 700 à 2500 francs, Gucci Montres tient à son créneau que Michele Sofisti situe volontiers entre Emporio Armani et Hermès. Une stratégie qui semble concluante puisque durant la crise, Gucci n'a pas eu à licencier de personnel.

 

 

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