Une belle montre sertie vaut son prix

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Les salons genevois ont été, cette année, moins riches en montres empierrées. Souvent nettement plus chères, leur valeur se justifie par la qualité des matériaux et un travail artisanal.

WORLDTEMPUS – 25 janvier 2011

Catherine De Vincenti

Du moment que l'horlogerie cherche moins à séduire la clientèle du Moyen-Orient que celle des pays d'Asie, les montres serties font acte de sobriété. Même dans les pièces unisexes ou féminines, on s'est assagi. Seul Cartier nous coupe le souffle avec sa Montre Tourbillon et Crocodile: une vraie fascination joaillière avec son reptile aux yeux d'émeraudes entièrement pavé de diamants.
Nettement plus chères que leurs consœurs dépourvues de brillants, on peut se demander si le travail d'embellissement d'une montre sous des dizaines carats s'avère effectivement aussi onéreux que les prix auxquels elles sont vendues.

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De fait la dimension exceptionnelle de ces montres les place en dehors des catégories habituelles. Ici, il est question préciosité et de rareté, le prix se fait du coup secondaire. Comme pour certaines complications horlogères, on atteint un cap que seuls quelques privilégiés ont les moyens de dépasser. De plus l'enjeu ne repose plus sur la quantité mais sur la qualité de l'œuvre finale. Cartier a longtemps pensé qu'il était nécessaire de sertir à tout va. Aujourd'hui, même son «crocodile» est d'une sobriété qu'il faut louer.

Harmonie et perfection


La valeur des montres empierrées dépend de nombreux facteurs. A commencer par la qualité du sertissage qui compte nettement plus que la quantité de gemmes incrustées. Suit le choix implacable de pierres triées sur le volet pour offrir visuellement une apparence très harmonieuse. Des grains bien arrondis et réguliers qui n'accrochent pas le chemisier en soie ou les bas à 100 francs la paire. Cette homogénéité de qualité - couleur et pureté -, de proportions, de finition, se paie et souvent cher.Geneva Watch Week_329751_1

Haute surveillance


La qualité d'un sertissage débute donc par un contrôle de qualité sans faille, organisé à l'interne ou externalisé. «Je vérifie les diamants de tailles diverses pour plusieurs sociétés horlogères actives dans le très haut de gamme, raconte Françoise Tschudin, gemmologue neuchâteloise. Les marques de ce rang sont devenues de plus en plus sérieuses dans l'achat de leurs pierres. Il y a encore une dizaine d'années, certaines se fournissaient au petit bonheur, l'œil rivé sur la calculette. Aujourd'hui, après de nombreuses déceptions au moment de juger la pièce terminée, elles effectuent plus de contrôle qu'auparavant. Mais elles utilisent également moins de pierres qu'en 2007!»

Durant des années, plusieurs marques ont voulu adopter la qualité des diamants ou des pierres de couleur utilisés par Rolex mais rechignaient à en payer le prix. Aujourd'hui encore, la grande marque horlogère est réputée pour être une des plus sévères dans le choix de ses gemmes. Son contrôle de qualité est réalisé à l'interne et il est courant que des lots entiers soient retournés à leur expéditeur pour des défauts qui paraîtraient minimes à d'autres. «L'homogénéité est le maître mot chez Rolex et quelques autres. Et ce n'est pas un vain mot», complète la gemmologue en souriant. Une loupe n'est donc pas un gadget inutile lorsqu'il s'agit de déterminer si un grand horloger mérite de devenir un peu plus que cela.Geneva Watch Week_329751_2

Frais variables

Ces précautions nécessaires coûtent donc cher et ne constitueraient donc pas une source de marge particulière. «En effet, les prix ne sont pas vraiment majorés parce que ça brille plus, explique Marjorie Vallotton, gemmologue à Lausanne. Pour dire la vérité, j'ai souvent l'impression que les prix sont hauts bien avant qu'on en arrive aux diamants.» On touche ici à la valeur symbolique de la marque. Et si le prestige du nom est assez grand, alors le lien avec la valeur réelle s'estompe. «Quand vous achetez un sac Louis Vuitton ou Hermès, est-ce que vous croyez vraiment que ces accessoires valent leurs prix? Moi, je n'en suis pas du tout persuadée; mais j'en veux un quand même!»Geneva Watch Week_329751_3
En plus des questions de qualité, le prix du sertissage peut varier selon plusieurs critères. En particulier la technique choisie. «Pour des tailles baguettes, par exemple, les pierres sont facettées sur mesure selon des cotes au centième de millimètre, précise Françoise Tschudin. Elles doivent en effet s'insérer parfaitement dans les microrails prévus. L'ouvrage sera par ailleurs exécuté par un sertisseur professionnel expérimenté et dans des délais souvent très courts. N'oublions pas encore le pourcentage de casse qui dépend essentiellement de l'adresse du sertisseur».

L'éclat du rêve

En conclusion et globalement, une montre sertie vaut autant son prix qu'une paire de chaussures de marque, un sac signé ou une voiture personnalisée. Certaines marques profitent bien sûr de l'attraction des foules pour ce qui brille et force parfois un peu sur la marge. Mais elles ne sont pas aussi nombreuses que l'on pourrait le craindre. Enfin, il faut bien amortir la publicité, les ambassadeurs onéreux, le marketing, les stands mirobolants et le prix du m² dans des salons hors de prix! La pilule passe mieux sous les feux d'artifice scintillants des diamants qu'avec la sobriété monacale d'une simple boîte en or.