Marque généraliste, ses grandes complications sont conçues, usinées, décorées, assemblées, réglées et emboîtées au sein du groupe.
WORLDTEMPUS – 15 juillet 2011
David Chokron
A côté de ses collections courantes composées de montres trois aiguilles, chronographes et modèles à plusieurs fuseaux horaires, Franck Muller est un gros pourvoyeur de mouvements compliqués. Entre ces deux types de montres, il existe au sein du groupe une frontière marquée, celle entre l'approvisionnement extérieur et la maîtrise en interne.
Habillage à Genthod
Les ateliers du siège de Genthod ont toujours été équipés pour la décoration des composants, leur assemblage et leur emboîtage. L'accent était d'ailleurs principalement mis sur la fabrication de nombreuses pièces d'habillage. Les boîtiers Cintrés Curvex à la courbure tridimensionnelle sont une spécialité maison. Les cadrans sont depuis longtemps réalisés par une filiale, logique puisque la forme Curvex des boîtiers les oblige à être convexes. «Ils sont décorés et ensuite seulement bombés. On en casse un sur deux en moyenne», raconte Jean-Pierre Golay, directeur de la R&D pour le groupe.

Achats
Pour ses modèles féminins et aux fonctionnalités simples, le groupe de Genthod compte encore sur des fournisseurs extérieurs. ETA, Soprod et Sellita livrent des kits d'ébauches en blanc qui seront décorés en interne et auxquels sont souvent adjoints des rotors en or ou en platine. Les deux mouvements de base de manufacture, dont le développement remonte à 2003, ne sont toujours pas prêts à être industrialisés. Liberty, un trois aiguilles date automatique et Freedom, un chronographe flyback automatique, sont programmés pour entrer en production durant le dernier trimestre 2011.

Complications maison
Pour le second type de mouvements, le processus de production est différent. Il s'agit là d'un des aspects les moins connus de Franck Muller: la marque a lourdement investi dans des infrastructures de fabrication ces trois dernières années. Jean-Pierre Golay nous guide dans un lieu encore peu connu, une filiale peu médiatisée du Groupe Franck Muller: LFHH, La Fabrique de Haute Horlogerie. Ces ateliers d'usinage de composants (surnommé T1) sont situés dans un hangar anonyme de Satigny. Ici sont réalisés dans la plus grande discrétion la quasi-totalité des composants des montres compliquées de Franck Muller et d'autres marques du groupe Watchland.

Le plan CNC d'un pont de remontoir, qui sortira usiné, anglé et gravé machine © Worldtempus/David Chokron
Spécialités
Pour les modules de quantième perpétuel éventuellement rétrogrades, les trois fuseaux horaires indépendants des Master Banker, jusqu'aux tourbillons en passant par les répétitions minutes et les Secret Hours affichant l'heure à la demande, près de 50 références naissent ici. 1 500 000 composants sortent de l'impressionnant parc de tours numériques, décolleteuses et autres machines à électroérosion. «Les mouvements maison sont faits à l'interne », poursuit Jean-Pierre Golay, en particulier les fleurons de la cellule de développement interne, les Aeternitas, qui incluent des grandes complications quasiment à la carte sur des bases de tourbillon 8 jours remontés par microrotor. L'ensemble correspond à un peu plus d'un millier de pièces, dont la grande majorité inclut un tourbillon. Le polissage des roues et le roulage de pignons sont également réalisés ici. «Pour des mouvements à complication, il nous faut un niveau de maîtrise supérieur. Mais nous travaillons sur des séries courtes, les machines sont encore peu utilisées» conclut Jean-Pierre Golay. C'est donc là que seront fabriqués les mouvements de base de la maison, quand ils seront prêts.
