L'horlogerie côté controverses

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On croyait le groupe Franck Muller à l'agonie. Mais rien ne différencie a priori le salon 2010 des années précédentes.


L'Agefi - 22 janvier 2010

Interview Stéphane Gachet

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Après la restructuration en profondeur de 2009 (quelque 250 postes supprimés sur un millier au total) et le départ de deux des neuf directeurs de marque (Martin Braun et Rodolphe Cattin), on pouvait s'attendre à trouver le groupe à l'agonie. La visite du WPHH, salon in house de Franck Muller Watchland, balaie cette idée. La maison accuse le choc, certes, comme tout le secteur en prise avec une demande amputée de près d'un tiers. Vartan Sirmakes, co-créateur et dirigeant du groupe, a coupé dans les effectifs et gelé tous les projets d'expansion. Il estime aujourd'hui ses capacités en adéquation avec l'état actuel du marché, promis à une stagnation de durée indéterminée. Les statistiques de fréquentation du WPHH ressortiront probablement inférieures aux années d'euphorie. Mais la maison elle-même ne présente aucun signe extérieur d'agonie. Le siège genevois est toujours luxuriant, solidement bâti sur un terrain de 32 hectares à Genthod, Genève. Une position très en vue, certainement très enviée. Un véritable creuset de fantasmes et de procès d'intention.Vartan Sirmakes continue d'être le controversé idéal.Vindicte prévisible pour un dirigeant naturellement surexposé par une construction significative réalisée en 18 ans d'activité: neuf marques, près de 45.000 montres par an et une probable légitimité horlogère.


On croyait le groupe Franck Muller à l'agonie. Mais rien ne différencie a priori le salon 2010 des années précédentes.
Le groupe est toujours solidement ancré à Genthod. Il faut se méfier des vues négatives qui font oublier la construction. Il y a 18 ans, nous avons lancé la marque Franck Muller à deux. Aujourd'hui, nous avons un siège de 32 hectares, dans une région parmi les plus prisées de Suisse. Sans compter les sites satellites, à Meyrin et aux Bois (Jura).

Justement, qu'en est-il de vos projets d'expansion, notamment via l'implantation en Gruyère?
Aujourd'hui, tous les projets externes sont gelés.

Après le licenciement de près de 260 collaborateurs prévoyez-vous le retour à une phase d'engagement?
Rien n'est prévu dans l'immédiat. L'horlogerie est tombée dans un emballement général. Aujourd'hui il faut être beaucoup plus prudent. Le choc a été encore pire que prévu. Après une telle montée des commandes, le retournement est extrêmement brutal. L'Asie reste toutefois dynamique, mais d'autres régions, comme les pays de l'Est, subissent un véritable effondrement.

Comment expliquer cette fulgurance?
Notamment par un enchaînement néfaste sur les divers réseaux de distribution. D'un jour à l'autre, les détaillants et les importateurs sont devenus beaucoup trop prudents. Mais à force de faire la diète, l'appétit va forcément revenir.

Vous avez tout de même supprimé près du quart des postes du groupe. Comment expliquez-vous ce recul?
Anticiper un tel choc est impossible, surtout quand vous tablez sur une croissance soutenue. Mais, au contraire de beaucoup de marques concurrentes, nous n'avons pas fait recours aux contrats à durée déterminée. Nous avons donc été obligés de procéder à des coupes importantes dans les effectifs.

Où en êtes-vous aujourd'hui?
Nos ressources sont adaptées à la demande actuelle. Soit un niveau proche de celui de 2004 ou 2005.

C'est-à-dire?
En moyenne, la vraie demande (en termes de sell out chez les détaillants) a baissé d'environ 30% à l'échelle mondiale.

Les chiffres articulés cette semaine par Swatch Group et Richemont laissent entrevoir une certaine résistance, voire une reprise. Pensez-vous que la croissance puisse revenir aussi vite?

Je ne prévois pas d'embellie sérieuse avant un horizon de 5 à 7 ans.

Prévoyez-vous tout de même de la croissance cette année?
Je table sur une croissance à un chiffre en 2010.

Pendant les grandes années, les salons constituaient le principal rendez-vous pour les carnets de commandes. Qu'en est-il?

Nous enregistrons environ un tiers des commandes durant le salon. Mais il est certain que les commandes sont toujours plus étalées sur l'année.

Comment appréciez-vous la volonté de Nicolas Hayek de vouloir couper les livraisons aux marques tierces?

Je comprends en partie son agacement. Mais dans les faits, sa politique de livraison est beaucoup moins rigide qu'il ne le fait croire, même pour les nouvelles marques. Plus généralement, les marques ont pris l'habitude de faire des réserves, comme les ménages avant un conflit. Les stocks sont importants et circulent. Le secteur s'organise aussi et gagne en autonomie face à Swatch Group. Nous aussi.

Est-ce pour cela que vous continuez à tenir votre salon personnel, en marge du SIHH?
L'indépendance est fondamentale. Je refuse de subir la pression du lobby des salons. Je continuerai donc à exposer librement, au siège de Genthod. Egalement à Monaco et Abu Dhabi, où nous avons lancé cette année une première édition du WPHH.

Parmi les légendes urbaines vous concernant, on a notamment parlé d'un renforcement massif de votre unité de production au Luxembourg?
Citez-moi un seul groupe qui ne produise pas à l'étranger. Que font Richemont et Swatch Group en Italie ou en Allemagne (Glashütte), pour certaines de leurs marques?

La structure du groupe attise aussi les commentaires et les interrogations. Que répondezvous?
Nous ne faisons pas mystère de notre présence à Jersey ou Luxembourg. Mais notre organigramme n'est pas différent de celui de tous les autres groupes du secteur.

On a aussi évoqué la possibilité de votre départ à Monaco (menace pour le fisc genevois).
Je suis résident genevois. Je ne fais pas partie des quelque 2000 ressortissants suisses inscrits dans la principauté. C'est un mauvais procès d'intention.

Qu'en est-il des marques secondaires du groupe, frappées par plusieurs départs retentissants?
Il y a eu beaucoup de changements, dans tous les secteurs. Au niveau du groupe, nous n'enregistrons aucune rupture et nous poursuivons le développement des marques tierces, mais avec prudence.

Le groupe possède déjà neuf marques. Avez-vous des projets d'expansion?
Pas d'acquisition ou de création en vue, mais nous sommes en train de finaliser notre premier accord de licence avec la maison Smalto.