Il sait charmer les Chinois

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Tout en restant très exclusive, la marque genevoise a su gagner le coeur des Chinois.

Tout en restant très exclusive, la marque genevoise a su gagner le coeur des Chinois.

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Vartan Sirmakes, le patron de Franck Muller, propose ses montres dans quatre grandes villes chinoises, mais toujours aux meilleures adresses.

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Franck Muller: le rencontrer est pour les Chinois un grand honneur.

 

Malgré l'immense réservoir de clientèle que constitue la Chine, Vartan Sirmakes, le patron de Franck Muller, a décidé de rester extrêmement exclusif, ne proposant ses montres que dans quatre grandes villes: Hong Kong, Macao, Pékin et Shanghai. Mais toujours situé aux meilleures adresses, souvent tout à côté des plus prestigieux joailliers de la planète, et avec un concept destiné à marquer les esprits. Point commun à chacun de ces magasins: une immense table en marbre, mesurant près de douze mètres de long qui sert non seulement de décor, tout en se démarquant fortement de l'agencement des boutiques concurrentes, mais aussi de table d'hôte. En effet, Franck Muller lui-même y organise régulièrement des déjeuners ou des dîners de collectionneurs qui, depuis trois ans, sont devenus aussi recherchés que le tapis rouge du Festival de Cannes.

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Toutes les boutiques Franck Muller de Chine (ici: Macao) sont ornées d'une grande et belle table en marbre où les collectionneurs se bousculent pour s'y installer.

Les Chinois adorent en effet rencontrer l'homme qui a donné son nom à la marque et considèrent cette occasion comme un grand honneur. D'autant plus que Franck Muller a le don de les charmer tant par son charisme naturel, ses immenses connaissances en horlogerie, que par son côté hors normes. Un fameux magazine japonais a ainsi consacré une dizaine de pages à son étonnante collection d'antiquités, à son «igloo» de Gland ou à son «bateau automobile», une Mercedes intégrée dans la coque d'un Riva conçu par Sbarro!

Etre présent, oui. Collaborer, non

«Bien que notre clientèle chinoise fasse partie de toutes les couches de la société qui disposent d'argent, du cadre de banque au richissime homme d'affaires ou au politicien de haut niveau, précise Vartan Sirmakes, nous voulons rester exclusifs et ne pas nous installer dans toutes les grandes villes du pays, comme le font de nombreuses marques. Les Chinois voyagent tellement que nos quatre boutiques sont aujourd'hui suffisantes. D'autant plus que nous sommes totalement axés sur la très haute qualité et la production suisse. Notre philosophie est en effet de ne pas du tout collaborer avec la Chine en ce qui concerne notre production car nous vivons dans un monde globalisé où tout se sait. Imaginez ce que peut penser un Chinois quand il fabrique des cadrans de montres sur lesquels il inscrit lui-même, scrupuleusement, les mots Swiss Made. Ce qui est d'ailleurs tout à fait légal puisque ce cadran, exporté en Suisse, sera ensuite monté sur une montre effectivement fabriquée en Suisse. N'empêche, cela fait mauvais effet». D'autant que les Chinois ont un goût et un enthousiasme proches de ceux des Italiens. Ils aiment cet étonnant mariage entre gaieté, complications, design que réussit particulièrement bien Franck Muller. Ils rêvent d'une belle montre qu'ils arboreront fièrement, sacrifiant même parfois le budget de leurs vacances pour se l'offrir.

Et quand on demande à Vartan Sirmakes s'il n'a pas peur qu'un jour, les fabricants chinois se mettent à concurrencer les Suisses, surtout depuis qu'ils ont présenté à la Foire de Bâle un mouvement tourbillon à prix imbattable, il reste parfaitement serein: «Dans le haut de gamme, explique-t-il, cette concurrence est impossible. En Suisse, nous innovons en permanence, tous les trois mois apparaissent de nouveaux matériaux, de nouveaux systèmes plus fiables, plus pratiques et même jusqu'à de nouvelles colles. Puisque nous parlons du tourbillon, je vous rappelle que Franck Muller a présenté le tout premier mouvement de ce type pour montre-bracelet à la Foire de Bâle de 1983 en première mondiale. Les Chinois ont attendu plus de vingt-quatre ans, loin de la qualité et de la finition suisse, pour sortir le leur…» D'ailleurs, Vartan Sirmakes estime que les marques ou les groupes suisses qui montent d'importantes usines en Chine, jouent avec le feu. «Il était normal, explique-t-il, qu'à l'époque de la crise horlogère, au moment où les Japonais dévoraient les parts de marché des Suisses, que l'on se mette à produire à meilleur coût un peu partout, en Thaïlande, en Malaisie, à Hong Kong, à Taïwan. Le Français Lip ne l'a pas fait, il en est mort. Mais aujourd'hui, alors que l'horlogerie suisse vit une période particulièrement faste, il faut arrêter et fermer ces usines. Cela casse l'image du Swiss Made qui est ainsi bradée pour gagner un peu plus d'argent, avec le risque que les consommateurs n'y comprennent plus rien.»

J.-C. P.

Tribune des Arts - No355 - Octobre 2007