Tribune des Arts - Mai 2010Propos recueillis par Anna Vaucher

Anna Vaucher: Depuis 2005, les montres F.P.Journe passant en ventes aux enchères tiennent bien leur prix. Êtes-vous satisfait de votre cote?
F.P.Journe: Oui, absolument. Dans la catégorie des séries limitées ou des montres anciennes, certaines pièces, à l'exemple de la Vagabondage I, se sont vendues à plus de 60% de leur valeur en boutique. Pour les montres neuves, de séries non limitées, - 25% du prix est à peu près ce qu'il nous est arrivé de pire. C'est rassurant de voir que les prix tiennent, car ils servent de baromètre, indiquant si l'on se trouve sur le bon chemin. Aujourd'hui, ils témoignent de la solidité de la base sur laquelle repose la marque. Au fond, le second marché, c'est un peu le jugement de Dieu: il contribue à faire la valeur réelle d'une montre.
La Vagabondage a d'ailleurs été créée en 2004, à l'occasion de la vente célébrant les 30 ans de la maison Antiquorum…
Oui, j'en avais réalisé une par décennie, comme des bougies! Elle a extrêmement bien marché, alors qu'elle s'est faite de manière très peu calculée d'un point de vue marketing. Les clients ont été surpris par cette montre au boîtier en forme de Tortue plate, sur le cadran de laquelle ne figurait pas mon nom. Au départ, je ne pensais même pas la faire paraître dans le catalogue, parce qu'elle est très éloignée de l'image que nous véhiculons, et je n'avais en aucun cas prévu d'en faire une série. Mais je me suis alors fait enguirlander par de nombreux clients, qui en voulaient absolument une! J'ai d'abord pensé fabriquer 60 pièces, mais pour faire plaisir à un collectionneur qui n'achète que les numéros 69, j'ai monté la série. Elles se sont très bien vendues. Et certaines, une fois passées en seconde vente, ont doublé, voire triplé, leur prix d'origine.
C'est donc pour vos collectionneurs que vous avez poursuivi l'aventure?
Oui, c'est pour eux que je travaille. D'ailleurs, la série Vagabondage II, lancée en début d'année, est constituée de 69 exemplaires en platine et 68 en or rouge 18 carats, pour lesquels les propriétaires de la Vagabondage I étaient prioritaires. Je leur ai offert la possibilité d'acheter le même numéro dans la deuxième série. On a donc fait un appel sur Internet et les 2/3 d'entre eux se sont déclarés. Cela nous a occasionné un énorme travail, mais nous avons été très fermes, notamment devant certaines personnes qui ont menti pour avoir un exemplaire. Finalement, pour éviter tout quiproquo, les acheteurs devront aller chercher leur pièce avec la Vagabondage I au poignet!
Comment expliquez-vous ce succès?
Cela ne s'explique pas. Je l'ai appelé Vagabondage parce que j'ai emprunté un chemin hors des sentiers battus. C'était un jeu. Ce modèle se différencie totalement du reste de la collection. La vraie horlogerie, c'est ce que je fais habituellement, et de temps en temps, il y a la Vagabondage, comme un gadget. Avec le travail que je réalise d'ordinaire, les maîtres horlogers du XVIIIe siècle m'inviteraient à leur table. Avec la Vagabondage, ils me flanqueraient un coup de pied au derrière!

