Pendules royales à Genève

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40, rue de la Synagogue - Genève
François-Paul Journe célèbre le SIHH à sa façon en exposant douze rares modèles français, des XVIIIe et XIXe siècles.F.P. Journe_325010_0

Créateur de génie à l'avenir prometteur, François-Paul Journe poursuit sa voie en solitaire, jour après jour. Auteur d'innovations aussi rares que fascinantes, il a été honoré déjà trois fois de l'Aiguille d'Or, la distinction suprême du Grand Prix d'Horlogerie de Genève qui lui a également attribué d'autres distinctions. Passionné de technique, il l'est tout autant de culture. Aussi, ce féru d'histoire a-t-il décidé, puisqu'il n'avait pas d'innovation majeure à présenter durant le SIHH, d'exposer les modèles les plus prestigieux d'une collection de pendules françaises, quasiment toutes uniques et rarement visibles.

Réunies par l'antiquaire Osano Musa à Milan, les douze chefsd'oeuvre sont représentatifs de la grande horlogerie française à son apogée, de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. «La prépondérance française en ce domaine, souligne François-Paul Journe, qui s'épanouit sous les rois de France Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, s'inscrit dans la logique de la création, sous Louis XIII, des Galeries du Louvre, où oeuvraient, sous un même toit, des artisans de toutes les disciplines.»

Signatures prestigieuses Une excellence illustrée juste par quelques noms de tout premier plan. Comme Robert Robin (1742- 1799), qui fut l'un des premiers horlogers à utiliser l'échappement à ancre pour ses montres. François-Paul Journe a fait choix d'une de ses pendules astronomiques. Datant des années 1782-1788, comprenant un calendrier complet, les signes du zodiaque et les phases de lune, c'était la pièce favorite du roi Louis XVI qui l'avait fait placer dans sa chambre.

Autre créateur de génie, Jean- Antoine Lépine (1720-1814) qui, originaire du Pays de Gex, poursuivit une carrière éclatante à Paris où il inventa le calibre dit Lépine mais fut aussi le directeur technique des ateliers de Voltaire à Ferney. Son régulateur astronomique, présenté chez François- Paul Journe, a tout de la pièce rare, par ses indications multiples qui vont du calendrier perpétuel complet, des phases de lune et des signes du zodiaque à la sonnerie des heures et des quarts. Les mécanismes sont en bronze, laiton ou acier. Les habillages sont en bronze, marbre et émaux. L'intérêt de cette exposition exceptionnelle tient aussi au fait que Genève possède en réalité peu de pendules exposées, avec quelques exemplaires au Patek Philippe Museum et au Musée d'histoire des sciences, ceux-ci étant à caractère scientifique.

Un écrin prédestiné
Les pendules sont admirablement mises en valeur dans le cadre superbe du show-room de François- Paul Journe, où trône, à longueur d'année, un régulateur astronomique de 1855 dont la seule beauté a décidé Osano Musa à prêter ses chefs-d'oeuvre. Il s'agit d'un globe terrestre de 1730, du géographe du roi, N. de Fer. Tandis que le plafond, unique à Genève, reproduit la voûte céleste comme se l'imaginait Petrus Apianus (1495-1552), astronome et mathématicien enseignant à Ingolstadt, en Bavière, dont le Manuel d'initiation à l'astronomie, dédié à l'empereur Charles Quint, était très populaire à la Renaissance. A une époque où la cartographie s'apparentait à une oeuvre d'art.

M. B.F.P. Journe_325010_1«Nous n'avons pas anticipé la crise car nous ne fabriquons que 900 montres par an et nous ne sommes pas concernés. Notre travail pour les mois qui viennent est de rattraper le retard de livraison sur le «Centigraphe » et de commencer la livraison de la «Répétition minutes».»



Chefs-d'oeuvre de l'horlogerie française,
Genève
Jusqu'au 6 février 2009.
A la manufacture F.P.Journe,
40, rue de la Synagogue.
Tél. +41 22 322 09 09.
www.fpjourne.com


Aiguille d'Or 2008: un chef-d'oeuvre révélé


Qu'est-ce que le «Centigraphe Souverain» de François-Paul Journe a de si spécial pour lui avoir offert sa 3e Aiguille d'Or au Grand Prix d'Horlogerie de Genève? Exploration d'un chefs-d'oeuvre… F.P. Journe_325010_2F.P. Journe_325010_3


Pour la troisième fois en huit ans, François-Paul Journe remporte l'Aiguille d'Or du Grand prix d'Horlogerie de Genève. Un événement qui s'est déroulé le 13 novembre dernier au Grand Théâtre de la ville. «On ne s'habitue jamais à recevoir un tel prix», rassure l'horloger. En effet, l'Aiguille d'Or récompense la meilleure montre, toutes catégories confondues.

Le «Centigraphe Souverain» a été dévoilé au printemps 2007 mais son histoire débute il y a presque 25 ans. «Un collectionneur m'avait demandé de créer un nouveau genre de chronographe, explique François-Paul Journe. J'ai commencé mes recherches mais le projet s'est avéré si complexe que je ne l'ai repris qu'en 2004. En effet, cette année-là, j'avais réalisé trois montres pour l'anniversaire d'une maison de ventes aux enchères. Voulant offrir la somme récoltée à une oeuvre caritative, j'ai choisi l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM). A l'époque, Jean Todt, l'ancier directeur de Ferrari, était très impliqué dans cette institution et j'ai fait le voyage à Maranello en Italie pour lui apporter l'argent personnellement. Sur place, j'ai vu ces voitures ultrarapides que sont les Formules 1, ce qui m'a rappelé qu'il n'existait aucun chronographe capable de mesurer le centième de seconde.» François- Paul Journe retrouve alors ses premières notes et reprend sa réflexion qui s'appuyait sur l'utilisation de trois compteurs dotés d'échelles tachymétriques.

Une progression linéaire Au total, quatre années et demie auront été nécessaires pour finaliser complètement le «Centigraphe Souverain ». «Cette montre est totalement nouvelle. Et à ce titre, nous n'avions aucun repère pour nous aider dans notre travail. Le plus gros défi a été de transformer les pulsations alternatives de l'échappement en une énergie linéaire, puisque les aiguilles du chronographe avancent sans à-coups.» Grâce à ce nouveau système et à un affichage tachymétrique spécifique, le «Centigraphe Souverain» est capable de mesurer des vitesses comprises entre 6 et 360 000 km/h. Pour cela, l'aiguille du premier compteur à 10 h effectue un tour complet en une seconde, celle du compteur à 2 h en 20 secondes et la dernière à 6 h en dix minutes, temps de mesure maximal autorisé par le chronographe.

Pour limiter les interférences sur la marche du balancier, la fonction chronographe a été isolée grâce à un ressort se désarmant des deux côtés. Ainsi, l'arbre du barillet alimente la fonction tandis que le barillet entraîne le mouvement; une invention protégée par un brevet. Par ailleurs, la seconde foudroyante, qui effectue un tour complet à raison de six sauts saccadés, peut être arrêtée à n'importe quel instant. Cette particularité étonnante et unique a été rendue possible via un système de débrayage astucieux, ce dernier permettant de déconnecter verticalement le pignon d'entraînement. Quant à la remise à zéro, elle s'effectue dans le sens contraire des aiguilles d'une montre grâce à des leviers marteaux agissant sur des colimaçons. Vendu 49 600 francs pour la version avec boîtier or et 57 400 francs pour le modèle en platine, le «Chronographe Souverain » sera produit à hauteur de huit à neuf exemplaires par an. Les premiers viennent d'être livrés et une partie de la vente de chaque pièce sera reversée à l'ICM.

Louis Nardin



Tribune des Arts - Janvier 2009 - No 368

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