Le vent en poupe

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Deux nouvelles boutiques, en Chine et aux USA, et quatre nouvelles montres, dont une qui a de quoi surprendre les aficionados de la marque, habitués au format rond de ses boîtiers… L'horloger a le vent en poupe.
Tribune des Arts - Février 2010Sylvie Guerreiro

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Vagabondage II en or rouge avec cadran en saphir fumé. Affichage digital, heures et minutes sautantes, petite seconde indépendante. Mouvement à remontage manuel.
© F.P.Journe

La crise? François-Paul Journe ne connaît pas. C'est que le célèbre horloger, qui ne produit que quelque 900 montres par année, constitue une valeur sûre, très prisée des collectionneurs. Preuve en est des deux boutiques ouvertes presque simultanément en novembre 2009. L'une en Chine, à Pékin, l'autre aux USA, à New York. Montant à six le nombre de boutiques F.P.Journe dans le monde, la toute première datant de 2003.

Pourquoi Pékin? Parce que l'horloger n'était pas encore présent en Chine, ce marché au potentiel énorme, et que nombre des clients venant à la boutique de Hong Kong étaient chinois. Alors pourquoi avoir tant attendu? “En réalité, cela faisait deux ans que je cherchais un lieu, explique notre homme. Ce qui est compliqué car il n'y a pas d'artère précise où se concentre le luxe, comme la rue du Rhône à Genève ou Madison Avenue à New York.” Jusqu'à ce que se construise un mall dans le quartier de Chaoyang, le Yintai Centre, à deux pas de la place Tienanmen et de la Cité Interdite. C'est donc ici que François-Paul Journe a choisi de s'installer. Et pas à moitié puisque la boutique compte 230 m2 de surface, 25 m de vitrines et deux portes d'entrée! Ce qui aurait été impossible avant la crise puisque tous les espaces avaient été immédiatement réservés. La peur des sombres lendemains a travaillé pour lui…

 

A la place de Graff

La boutique new-yorkaise, quant à elle, trône en bonne place sur Madison Avenue, au numéro 721 précisément, proche d'Hermès et d'autres marques prestigieuses. Bien-sûr, des propositions d'emplacement avaient déjà été émises mais rien qui convenait vraiment à François-Paul Journe. “Soit l'endroit n'allait pas, soit il était trop cher. Mais la crise nous a permis d'obtenir des prix plus attractifs, comme l'ancien emplacement du diamantaire Graff.”

Avec 14 détaillants sur le sol américain, l'enjeu était de taille. “Les USA représentent pour moi le plus gros marché avec l'Asie. Vient ensuite l'Europe.” C'est pourquoi, François-Paul Journe regarde maintenant du côté de Miami qui draine une importante clientèle sud-américaine. Mais là encore, les bonnes places ne sont pas faciles à dénicher. “Et ma priorité du moment, serait plutôt Singapour. Compte tenu de la situation de notre importateur, nous devons nous recentrer, ayant beaucoup de clients là-bas. En attendant, je guette aussi Londres…” Bref, notre Genevois d'adoption est bel et bien lancé dans la conquête du monde, en restant toutefois attentif à ne pas perdre en qualité à chaque exportation de son savoir-faire. “Tous les gens qui travaillent dans mes boutiques à l'étranger, ont été formés ici, à Genève, avec moi.” Autant dire que 2010 s'annonce sous les meilleurs auspices.

 

Jamais aussi bien servi que par soi-même

En 2009, François-Paul Journe a fêté ses trente ans de création s horlogères. Si, à ses débuts, il ne pensait peut-être pas en arriver là, les chances étaient déjà de son côté. “A l'époque, se souvient-il, je travaillais chez mon oncle à Paris où je restaurais des montres et des pendules anciennes. C'est ainsi que, d'un côté, j'ai commencé à fabriquer ma première pièce, une montre de poche à tourbillon, et que de l'autre, j'ai rencontré beaucoup de collectionneurs, ce qui constitue aujourd'hui la majorité de ma clientèle.” Du reste, c'est l'un d'entre eux qui, un jour, lui a demandé de faire une montre, ce à quoi il avait d'abord répondu qu'il ne savait pas s'il en était capable! Que de chemin parcouru depuis…

Profitant comme beaucoup du SIHH (Salon International de la Haute Horlogerie), François-Paul Journe, comme d'habitude depuis 2001, a dévoilé ses nouveautés dans sa manufacture de la rue de l'Arquebuse à Genève. Pourquoi d'ailleurs ne pas exposer hors les murs, à Bâle comme ce fut le cas pendant quelque temps, ou même tenter une percée au SIHH? “Une semaine au SIHH coûte plus d'un million, argumente-il. Je devrais fabriquer de nombreuses montres rien que pour le financer alors même que cela ne m'apporterait pas vraiment de nouveau client. Quant à Bâle, j'y ai en effet eu un stand de 6 m de haut, au premier étage. Mais je n'ai pas réussi, à l'époque, à obtenir une place satisfaisante au rez-de-chaussée, au coeur de la prestigieuse halle 1. J'ai donc décidé de rester chez moi, où j'ai tout ce qu'il me faut.”

 

Des collectionneurs chouchoutés

Les nouveautés de janvier 2010 commencent par le Chronomètre Bleu, en tantale, qui est muni d'un boîtier 39 mm et d'un beau cadran bleu chrome avec petite seconde guillochée à 7 h 30, le tout animé d'un mouvement à remontage manuel. Si le tantale est très dur à travailler et qu'il est impossible à polir de manière classique comme l'or ou l'acier, sinon par lapidage comme pour les diamants, le jeu en valait vraiment la chandelle, rien que pour des raisons esthétiques, pour ce côté gris anthracite légèrement bleuté que présente ce métal très résistant à la corrosion et à l'usure. Deuxième pièce: la nouvelle Résonance, qui sort à l'occasion des 10 ans du chronomètre à résonance et qui vient en remplacement de son aînée.

Cela dit, le seul changement réside au niveau du cadran situé à 9 h. Il passe d'un affichage 12 h à un affichage 24 h par disque, ce qui permet de préciser si l'heure inscrite se réfère au jour ou à la nuit. Côté mécanique, le principe demeure le même: deux mouvements jumeaux indiquent l'heure sur deux registres, tandis que la couronne permet de remonter et régler heures et minutes de chaque registre indépendamment, à des heures différentes si désiré. Vient ensuite l'Octa Perpétuelle en titane à quantième perpétuel et son cadran ruthénium sur or qui indique la date de façon rétrograde, ainsi que le jour et le mois avec signalement des années bissextiles. Le remontage se faisant de manière automatique. Une série limitée à 99 pièces.

Reste la Vagabondage II qui, comme le premier opus, connu seulement de quelques privilégiés, présente un boîtier tortue plat, ce qui est inédit chez Journe. Principales caractéristiques: un affichage digital, des heures et minutes sautantes, et une petite seconde indépendante. Le tout, disposé sur un cadran en saphir fumé et animé par un mouvement à remontage manuel. La Vagabondage I avait été lancée il y a six ans pour la célébration des 30 ans de la maison de vente aux enchères Antiquorum, d'où le côté vintage de ce modèle, le boîtier tortue étant né dans les années 20. Et si peu de personnes en ont eu vent, c'est par un choix délibéré de François-Paul Journe. “C'était trop tôt, raconte-il. Du fait de son look très différent du reste de la collection. Je ne voulais pas communiquer dessus pour ne pas parasiter l'image de la marque. C'est d'ailleurs à cause de ce look très particulier qu'elle s'appelle Vagabondage; je me suis laissé aller à mon imagination…”

Au début, seules trois pièces en or (jaune, gris, rouge) avaient été fabriquées; un pour chaque décennie traversée par Antiquorum. Les trois ayant trouvé preneur auprès du même collectionneur et le produit de la vente ayant été reversé au profit de l'ICM. C'est alors que les collectionneurs se sont mis à en réclamer. Suivit ainsi une série limitée de 69 pièces en platine, lesquelles furent très vite vendues, alors même que le nom de F.P.Journe ne figurait pas au recto de la montre! Ce qui explique leur prix, qui a quasi triplé depuis les premiers modèles, la plus chère ayant été vendue 130 000 francs. D'où la volonté d'un deuxième opus également avec affichage digital. Elle sera livrée dès la fin de ce mois de février, à raison de 69 pièces en platine et 68 en or rouge. Et l'horloger de renchérir: “J'ai déjà en tête le troisième volet, toujours avec affichage digital, mais spécial…” On n'en saura pas plus.

En revanche, ce que je peux vous dévoiler, c'est que notre ami travaille actuellement sur une vraie collection femme, ce qui répond à une demande récurrente. Le concept est prêt. Il est en cours de prototypage. Et là, surprise: la boîte sera de forme cambrée. La collection s'appellera “Élégante”. Il existe par ailleurs une montre dessinée par François-Paul Journe il y a dix ans et qu'il s'est enfin décidé à mettre également en phototypie. Une pièce compliquée, plus conceptuelle et très exclusive. De quoi mettre l'eau à la bouche des collectionneurs!

 

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