Le Chronomètre Souverain de F.P.Journe

4 minutes read
Le Chronomètre Souverain de François-Paul Journe fait assurément partie des grands classiques de l'horlogerie manufacturée genevoise. Pas «d'usine à gaz», pas de complication aussi inutile qu'ostentatoire, pas de poudre aux yeux...

La montre testée pour ce numéro ne laisse d'entrée de jeu planer aucun doute; on joue là dans la cour des très grands. Le Chronomètre Souverain de François-Paul Journe fait assurément partie des grands classiques de l'horlogerie manufacturée genevoise. Pas «d'usine à gaz», pas de complication aussi inutile qu'ostentatoire, pas de poudre aux yeux détournant l'attention suscitée par une quelconque carence.

F.P. Journe_320151_0

L'habillage:

J'ai eu, plusieurs fois dans cette rubrique, l'occasion de tester des montres dont les boîtes étaient parfois d'une complexité impressionnante, sportives ou techniques avec des degrés de justification variables. Comme dans bien des domaines, réussir à faire simple demande souvent bien plus de talent et de dextérité. La boîte du Chronomètre Souverain en est une illustration parfaite. Tout est pensé juste et dans le bon ordre. Ainsi, l'encombrement du mouvement permet l'utilisation d'une boîte aux proportions parfaites. Ses 40mm de diamètre semblent dérisoires au vu des standards d'aujourd'hui. Mais l'épaisseur modérée de l'ensemble laisse l'impression d'un boîtier de 42 ou 43mm tout en autorisant son porté aux poignets les plus menus. Vues de profil, les cornes apparaissent dans la continuité de la bande carrure avec une fluidité naturelle qui est de loin la meilleure référence qu'il m'ait été donné d'observer en la matière. Le cadran est étagé sur trois niveaux, sa partie centrale est finement guillochée. Là encore, l'équilibre, parfait s'inscrit dans une sobriété apaisante. Les aiguilles en acier bleui sont d'une finition irréprochable. Mention spéciale à la désormais traditionnelle forme des aiguilles des heures et
des minutes qui se fondent harmonieusement pour donner l'illusion de ne former qu'une seule aiguille quel que soit l'angle qu'elles décrivent. L'intégration du bracelet en alligator est parfaite. Ce dernier est agrémenté d'une boucle à ardillon.

Le mouvement:

F.P. Journe_320151_1Que ceux qui souhaitent prendre une leçon d'horlogerie se penchent sur le calibre 1304 qui anime ce Chronomètre Souverain. Trouver un défaut ou avoir à formuler une critique relèverait de la jalousie et/ou de la plus mauvaise foi. Comme le répète souvent François-Paul Journe, pas de «sandwich» chez lui. Entendez par là que toutes les complications sont intégrées au mouvement de base. Module additionnel est donc un terme banni du vocabulaire des horlogers de la marque. La verticalisation de la production a permis d'atteindre, notamment, des sommets en terme de qualité. Ainsi, ponts et platine sont usinés en or 750. Remontage manuel et double barillets pour assurer un rendement optimal et une réserve de marche de 52h indiquée à 3H. Le décor et les finitions sont un exemple de goût et de raffinement. Quant à l'architecture du mouvement, elle pourrait être une source d'inspiration de référence et cela au-delà de l'univers horloger. La très longue assise du coq garantit une stabilité optimale de l'ensemble régula eur. Enfin, si l'on observe le porte piton mobile, l'anglage, les aciers…. aucun doute: il s'agit là de la plus belle expression de ce que doit être la qualité «Genève».

Les tests:

L'utilisation du mot chronomètre, tout comme celle de souverain, n'est ici pas galvaudée. Bien au contraire! Le rapportrendement, marche, réserve de marche est idéalement atteint par le choix de deux barillets en parallèles et d'un organe régulateur oscillant à 21600Ah. En armage maximum, le repère est resté serré et inchangé dans les 6 positions. La plus faible amplitude mesurée était supérieure à 320° (sans aucun rebat!) et les marches comprises entre -2sec/j et +2sec/j soit un delta maximum de 4 sec. Si l'on se tient à des mesures 5 positions, le delta n'est plus que de 3 sec !!!!! Après 48 h de fonctionnement, l'amplitude la plus faible a été enregistrée à 277°, le delta maximum des marches n'était quant à lui que de 6sec. La réserve de marche affichée est de 56h. Il y a une marge sécuritaire très respectable qui permet à la montre de fonctionner de façon satisfaisante après un tel délai, même si les résultats enregistrés alors ne sont plus chronométriques, ce qui relèverait juste de l'impossible. Enfin, les manipulations sont aisées et au porté la montre légère, fine se ferait très vite oublier si l'on parvenait à faire abstraction du plaisir d'arborer une telle splendeur.F.P. Journe_320151_2

En conclusion:

Je connaissais la valeur des produits manufacturés par F.-P. Journe, mais il m'est rapidement apparu au cours de ces tests que le Chronomètre Souverain mérite sa place dans le top 3 des montres classiques de haute horlogerie. L'art horloger, l'intelligence de la conception, la finesse, l'équilibre et le goût de l'habillage atteignent ici les plus hauts sommets. Le seul argument qui puisse encore porter un petit ombrage au Chronomètre Souverain pourrait être un prix élevé qui serait d'ailleurs, au vu de la concurrence, totalement justifié, mais il n'en est rien. Le prix de vente semble réellement dérisoire comparativement à ce qui est offert, ce qui constitue, avouons le, quasiment une première. Que dire de plus du Chronomètre Souverain? Selon moi, il s'agit simplement de l'une des montres les plus justes, de l'histoire horlogère. Je n'ai aucun mal à le dire!par Christophe Persoz source GMT, édition 17 - Printemps-été 2008

Marque