
Revue FH - 13 novembre 2008 - No 18 Pour les Français, le problème est double. Le placement d'apprentis français en Suisse n'est pas autorisé. Et les entreprises françaises rechignent à prendre des apprentis qui partiront ensuite faire carrière en Suisse.
Toutes sections confondues, près de 200 élèves suivent actuellement une filière horlogère au lycée polyvalent Edgar-Faure à Morteau. Et à moins de reprendre une affaire familiale, tous iront travailler en Suisse une fois leur diplôme en poche. «C'est un nouveau métier», sourit Bernard Pauly, proviseur du lycée. «Qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras grand? Travailler en Suisse.»

«Nos élèves, les industries suisses leur déroulent le tapis rouge! Chaque promotion a son parrain, la prospection est donc vite faite...»
Tête de file des cinq ou six écoles d'horlogerie en France, le lycée, qui fêtait son 20ème anniversaire et le 60ème anniversaire de la création de l'Ecole d'horlogerie le week-end dernier, attire des élèves de toute la France, de Nice à Rennes. La proximité de la Mecque suisse de l'horlogerie n'est pas étrangère à son succès. «L'an passé, nous avons reçu 186 demandes d'inscription pour la formation initiale en horlogerie (50% à l'école, 50% en entreprise) mais nous n'avons pu prendre que 45 élèves, faute de places d'apprentissage », regrette Bernard Pauly.
Car si le pouvoir d'attraction de l'emploi en Suisse est fort, il plombe l'apprentissage côté français. «Pourquoi former un gars en France pour le voir plier armes et bagages en Suisse, se demandent les industriels français.»
Les places sont donc rares. «Et nous n'avons pas le droit de placer des apprentis, salariés, en Suisse. Dès que c'est rémunéré, c'est impossible (...) Si on avait le droit, on aurait des centaines d'élèves...»
La bijouterie, secteur qui regroupe une centaine d'élèves, pourrait également être proposée en formation duale. Mais là encore, le problème, c'est de trouver les maîtres d'apprentissage. «Le bijoutier est souvent un tout petit artisan qui travaille seul. Il veut des gens expérimentés », explique Bernard Pauly, qui avoue attendre beaucoup de la future plateforme transfrontalière, dans l'espoir de voir les règles en matière d'échange bilatéral s'assouplir.
C'est aussi dans ce but qu'a été mis sur pied le Réseau européen des écoles de formation horlogère. «L'objectif est d'accélérer la collaboration bilatérale, selon le projet Leonardo da Vinci mis au point par le Conseil de l'Europe.» Celui-ci permet la mobilité des personnes désireuses d'acquérir une expérience professionnelle en Europe. Il facilite les échanges entre responsables de formation et constitue aussi un levier de choix pour mettre en place de nouveaux outils et méthodes de formation, afin d'étendre leur application au niveau européen.
«Nous pourrions imaginer un compagnonnage au niveau de l'horlogerie. En bijouterie, nous avons le projet de coopérer avec l'Ecole d'arts appliqués de La Chaux-de-Fonds. Des contacts ont déjà été pris à Liège et à Montréal. Aujourd'hui, nous ne pouvons plus rester dans notre petite cuvette de Morteau.»
| Mille élèves et quatre filières Un millier d'élèves, 250 internes... Le lycée polyvalent Edgar-Faure à Morteau, premier lycée de Franche-Comté labellisé «Lycée des métiers» en horlogerie- bijouterie, est «une bête qui marche sur quatre pattes», illustre le proviseur Bernard Pauly, qui compte quatre filières distinctes au sein de son établissement. Les formations techniques et professionnelles préparent à trois diplômes en horlogerie - certificat d'aptitude professionnelle (CAP), bac pro et diplôme des métiers d'art (DMA) - et trois diplômes en bijouterie: CAP, mention complémentaire et brevet des métiers d'art (BMA). La section d'apprentissage permet de préparer les CAP et bac pro en horlogerie en formation duale, soit en partenariat avec les entreprises. Les formations générales (qui conduisent au baccalauréat littéraire, économique et social et scientifique) rassemblent quant à elles la grosse majorité des élèves, au nombre de 700. On compte enfin les formations technologiques (bac en génie mécanique et génie électronique, brevet technique supérieur (BTS) de conception et industrialisation en microtechniques). |
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| "Dépasser les intentions" La main-d'oeuvre du Haut-Doubs est pompée par la Suisse. La France forme ses horlogers, ses infirmières… Il serait peut-être temps de voir les entreprises suisses passer à la caisse et participer aux frais de formation. Voilà, en bon français, la problématique telle qu'elle se pose de l'autre côté de la frontière. Pour Jean-Pierre Brügger, directeur général du Cifom, «le souci des entreprises, c'est de pouvoir répondre à la demande. Pérenniser les connaissances, c'est donc une responsabilité conjointe de l'entreprise et de l'Etat. A terme, c'est inéluctable, nous devrons collaborer de part et d'autre de la frontière. Au niveau politique, il faut dépasser le stade des intentions». Jacques-André Maire, chef du Service cantonal de la formation professionnelle et des lycées, attend de la plateforme transfrontalière «de pouvoir négocier des partenariats, comme ce qui se fait pour les adultes avec le Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) horloger. Financés par les caisses de chômage tant suisses que françaises, les modules de formation peuvent être suivis indifféremment au Locle ou à Morteau », rappelle-t-il. «Car on peut faire de grands discours sur la collaboration transfrontalière, pour les jeunes, suivre un apprentissage en Suisse pose de gros problèmes financiers. Le jeune frontalier devra s'acquitter de son écolage, qui s'élève à plusieurs milliers de francs.» Le problème est le même entre les cantons, qui perçoivent la subvention fédérale d'après le nombre de contrats qu'ils enregistrent. Ainsi, une jeune Locloise en apprentissage au Noirmont devra suivre ses cours à Porrentruy. A noter encore que si la formation duale en Suisse implique que l'élève passe 80% de son temps en entreprise et 20% à l'école, la formation française se divise en 50% à l'école et 50% en entreprise. Difficile, dans ces conditions, de suivre une formation à cheval sur les deux pays. «Pour les jeunes, relève de l'économie suisse, il faudrait un espace commun de formation dans le Haut-Doubs. Un sujet politiquement sensible: il ne faudrait pas que cela soit perçu comme des accords préférentiels par rapport aux autres cantons.» |
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L'Impartial - 29 octobre 2008