Discussions sur le futur

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Le troisième forum organisé par la Fondation de la Haute Horlogerie abordait sous le thème «Time to act» des sujets aussi variés que l'Inde, la Chine, les réseaux sociaux ou encore l'évolution des modes de consommation.

WORLDTEMPUS – 6 mai 2011

Louis Nardin

Luc Ferry a peut-être apporté les clés les plus utiles pour décrypter les changements qui ont modelé notre société et qui déterminent les styles de vie actuels, consommation comprise. Le philosophe et ex-ministre français de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche s'exprimait hier dans le cadre du 3ème forum organisé par la Fondation de la haute horlogerie sur le thème «Time to act» au siège du World economic forum à Cologny, sur les hauts de Genève. Plusieurs orateurs se sont succédés à la tribune dont He Yafei, ambassadeur et représentant permanent de la Chine auprès des Nations Unies, Martin Wolf, économiste, chercheur, membre de la Commission indépendante sur les banques du Royaume-Uni et rédacteur-chroniqueur économique en chef du Financial Times, ou encore Mark Sebba, CEO du site de vente en ligne de produits de luxe Net-à-porter. Fil rouge




Prometteur, le thème donné n'a malheureusement pas servi de fil rouge aux interventions. Impossible donc de savoir quoi changer en priorité, ni comment. La substance s'en trouvait ainsi dispersée parmi les interventions, formant un chapelet d'informations pour certaines précieuses et utiles. L'innovation a par exemple percé comme un thème récurent et d'actualité. L'avenir de l'économie chinoise a également été commenté, tout comme l'attitude à adopter face à la déferlante d'outils et de plateformes propres au web.FHH_330465_0Esprit de bohèmePar ailleurs amateur d'horlogerie, Luc Ferry a démontré comment la société du 20ème siècle avait connu plus ruptures et de changements que toutes les époques précédentes. Ceci à travers à mouvement culturel né en France au milieu du 19ème siècle. Dès 1850, l'avènement de la «vie de bohème» - un idéal de vie provocateur et basé sur un abandon des codes et valeurs traditionnels – aurait selon lui amorcé un processus global et durable de remise en question des fondements de la société. Il aurait permis l'éclosion de nouvelles façons d'interpréter le monde, en particulier dans l'art, favorisant ainsi l'apparition de nouveaux genres, comme par exemple le cubisme avec Picasso ou le travail de Pina Bausch en danse. En soi et plus globalement, cette rupture revendiquée aurait déclenché une culture de l'innovation en allant chercher volontairement la nouveauté. Selon Luc Ferry, cet esprit de renoncement aux valeurs aurait séduit les élites, économiques en particulier, via la mondialisation. En effet, l'abandon de ce patrimoine symbolique libérait de la place pour de nouvelles règles. «Aujourd'hui, de quoi Steve Jobs, CEO d'Apple, est convaincu à propos de chaque nouveau produit même s'il doute de tout le reste, a enchaîné le philosophe? Réponse : il doit être plus performant que le précédent. L'impératif actuel n'est plus de se battre pour des valeurs ou un idéal mais bien de survivre économiquement parlant. La nouveauté reposant sur l'innovation, il est donc devenu impératif d'innover pour continuer d'exister. Ceci étant, toute innovation nécessite une grande culture traditionnelle pour se développer. Tradition et innovation formeraient ainsi les deux faces d'une même médaille. »FHH_330465_1
L'innovation, justement, était également au centre de l'allocution d'Alba Cappellieri, historienne et critique en design et professeur de design joaillier à l'Ecole polytechnique de Milan. A retenir, selon elle, que l'innovation consisterait en priorité à réinterpréter le monde connu de manière différente. Et une approche artistique autant que créative conduirait aux meilleurs résultats.Déséquilibres économiques et Chine verte



La Chine et sa croissance économique ont donné lieu à deux analyses notablement divergentes selon le point de vue de Martin Wolf ou celui de He Yafei. Pour le premier, la Chine, ses besoins en matières-premières et sa capacité à attirer les investissements étrangers en particulier participent à un déséquilibre mondial allant croissant. L'économiste prédit même de sérieuses difficultés pour le pays si la situation devait persister.
Pour l'ambassadeur de Chine, son pays a tout à fait conscience des maux et des problèmes à affronter aujourd'hui et demain. Mettant en perspective les défis sociaux et économiques actuels, il a relaté que le nouveau plan économique global prévoit de favoriser la croissance interne à la place d'une économie basée sur l'exportation. Il en va, par exemple, de donner un emploi aux 7 millions de nouveaux diplômés annuels. Le développement des infrastructures s'impose également, comme les investissements dans le pays. «Le modèle de croissance appliqué jusqu'ici est devenu obsolète, dit-il. Il n'est pas applicable à long terme et par trop inégal. Nous devons passer d'une économie d'exportation à économie de consommation et d'investissement.»
Par ailleurs, l'environnement et sa protection deviennent une priorité. Quant aux rapports avec l'étranger, la nouvelle donne se focalise sur la paix, le développement et la coopération. «Nous avons étudié l'histoire des Etats forts d'aujourd'hui comme les Etats-Unis ou la France. Il n'est aujourd'hui plus possible de recourir à la guerre ou la colonisation pour y parvenir. En remplacement, la coopération s'impose, le tout dans un monde pacifié puisqu'il favorise le développement de tous. »FHH_330465_2

Président du Conseil culturel de la Fondation de la haute horlogerie, Franco Coloni a clos la journée en interrogeant le public sur l'attention offerte au client horloger. Rappelant qu'il est roi, juge et qu'in fine c'est lui qui «paie les salaires», il a plaidé pour plus de respect et une meilleure connaissance des acheteurs. Associant l'idée de beauté à celle de vérité, il s'est également questionné sur les efforts déployés pour les informer, et en particulier les jeunes. Tout cela avant de conclure en musique sur les notes de «Promenons-nous dans les bois», où le loup se cache dans la forêt, comme le client dans l'esprit et les actes des décideurs horlogers actuels.