WORLDTEMPUS – 5 avril 2011
Anne-Marie Belcari
Il y celles dont on ne sait plus si elles donnent l'heure ou si elles s'en amusent comme d'un passe-temps favori. Il y a celles qui roulent des mécaniques en exhibant leurs carrosseries endiamantées. Les premières, véritables petits bijoux, laissent libre cours à une créativité débridante et s'autorisent mille et une extravagances anatomiques. Les secondes, garde-temps « horlogers » au sens noble du terme, utilisent les pierres précieuses pour mettre en lumière leurs complications et leurs mouvements mécaniques.
S'exprime ici tout l'art du sertisseur qui s'évertue à aligner, voire superposer, les diamants les plus purs, surenchérissant sur le caratage. Les diamants taille baguette, plus compliqués à réaliser, conservent indéniablement leur souveraineté. En témoignent les nombreuses créations de Haute Horlogerie, Breguet en tête : la version sertie de la montre Marine Tourbillon Haute Joaillerie 5839 s'offre 376 gemmes. À noter néanmoins qu'elle orne sa lunette de diamants trapèzes disposés en quinconce. Force est de constater que les marques cherchent l'originalité. La taille ajoute à la complexité du sertissage et joue un rôle prépondérant dans le design de la montre, lui apportant un esprit plus contemporain.
VOIR LA GALERIE-PHOTOS

On ne compte plus les créations du prince du diamant, Harry Winston. Retenons cette année l'incroyable montre à secret, Rendez-vous, dont les 88,88 carats mêlent les tailles poire et brillant en hommage au design « cluster » inventé par Monsieur Winston et son styliste fétiche Ambaji Shinde. Chez Graff, les pièces serties sont également légions. Aux côtés de la mystérieuse Diamond Swann Watch, les MasterGraff allient avec brio mécanique et joaillerie. Le modèle MasterGraff Tourbillon 47mm, intégralement pavé, va jusqu'à sertir de diamants sa masse oscillante et les ponts de son mouvement. Il arbore sur sa boîte la fameuse taille trillion, également appelée mosaïque, dont Graff détient le brevet.
Secteur du luxe oblige, les marques choisissent la qualité supérieure des diamants VVS ou Top Wesselton. Chaque pierre fait l'objet d'un contrôle drastique. L'excellence a un prix : comme l'explique Michel Pitteloud, CEO de Graff Luxury Watches, « pour obtenir 25 carats de diamants, on part de 50 carats à retailler ». Plus de six mois ont été nécessaires pour dénicher les diamants répondant aux critères de qualité Graff pour parer le modèle MasterGraff Skeleton Limited Edition. La 2Million$ BB de Hublot s'est offert 13'000 heures de taille, soit un mois de travail non-stop réalisé par 45 lapidaires. Une semaine entière de sertissage a été entièrement dévolue au sertissage d'une corne de l'Heure H serie baguette de La Montre Hermès, soit un mois pour les quatre… Cela laisse rêveur.

Aux côtés de ces mastodontes, deux outsiders ont leur mot à dire. Peter Tanisman, le joaillier qui s'est lancé dans l'horlogerie en 2008, impose sa montre Fantasia 1001 et ses 901 diamants. Sur le cadran, 48 pierres précieuses forment sept rivières de diamants mobiles qui s'agitent au rythme du poignet. La marque Guépard peut s'enorgueillir elle aussi d'une création originale qui donne le premier rôle aux diamants : avec ses 14 cercles en mouvement perpétuel à l'intérieur du cadran, la Hurly Burly (« brouhaha ») comptabilise 1064 pierres.
À n'en pas douter, les diamants sont – aussi – les meilleurs amis du temps.