Parme honore Correggio le sensuel

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Les plus grands musées du monde ont prêté leurs chefs-d'oeuvre, que complète un parcours dans la ville.
Un grand rideau isole le transept de la cathédrale de Parme. Encore des travaux? Pas du tout! Le public se voit invité à emprunter l'escalier métallique menant à un ponton. L'Assomption de la Vierge, peinte entre 1526 et 1528 par le Corrège, fait partie de la rétrospective que la ville dédie à «son» peintre. Comment évoquer l'artiste sans ses coupoles plafonnantes, faites d'anamorphoses et de raccourcis?

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Correggio, Jupiter et Io, 1532, huile sur toile. Vienne, Kunsthistorisches Museum.
La visite du Duomo, comme celle de San Giovanni et celle de l'extraordinaire Camera di San Paolo, où une abbesse friponne s'est fait peindre l'histoire de Diane, fait partie du parcours commencé au Palazzo della Pilotta. C'est bien dans la Galleria Nazionale, logée dans cet immense palais inachevé, que se tient l'exposition elle-même. Elle comprend une cinquantaine de tableaux. Autant de dessins. Le Corrège s'y retrouve en compagnie de ses contemporains, comme Parmigianino, Pordenone ou Léonard de Vinci.
Une extrême douceur
Antonio Allegri n'est pas né à Parme. Comme son surnom l'indique, il a vu le jour à Correggio, près de Reggio d'Emilia. L'événement a eu lieu autour de 1489. Vers 1516, le débutant arrive à Parme, où il accomplira toute sa carrière. En 1519, il obtient la commande de la «chambre de Paul». La gloire arrive en 1521, lorsqu'est dévoilée La Vision de saint Jean l'Evangéliste sur la coupole de l'église du même nom. «Le Corrège» a inventé le plafond baroque, qui prendra tout son essor un siècle plus tard. Ce qui frappe, en voyant les oeuvres présentées à la Pinacoteca Nazionale, c'est l'aspect précurseur de l'artiste, mort en 1534. Le peintre abolit la ligne, qui cernait jusqu'ici les personnages. Ceux-ci se fondent maintenant dans le paysage. Il y a encore plus de douceur chez Corrège que chez Giorgione ou Titien. Cette suavité est tantôt sacrée, tantôt profane. Il n'y a pas tant de différence entre la Vierge et les déesses. Peu d'artistes se sont montrés aussi sensuels. Avec les dangers que cela comporte. Sa Leda se verra ainsi lacérée par un prince bigot au XVIIIe siècle. Il était à craindre que les grands musées refusent de prêter les toiles les plus célèbres. Cela d'autant plus qu'une exposition intitulée «Corrège et l'Antique» vient de se terminer à la Galleria Borghese. Il n'en est rien. Si le Louvre a retenu Le Mariage mystique de sainte Catherine, qui fut au XVIIe siècle «le tableau le plus cher du monde», il a envoyé à Parme son Antiope, qui est du coup devenue Vénus. Cette merveille d'indécence retrouve ainsi la Danaé de Rome, L'Education de l'amour de Londres et la merveilleuse Io de Vienne, où un Jupiter changé en nuage enlace une femme nue vue de dos. La peinture religieuse n'est bien sûr pas oubliée, ni le portrait. Mais une bonne partie de l'attention est concentrée sur les dessins. Là aussi, Corrège fait oublier le trait du crayon. Le volume semble s'y dilater dans la lumière. Un chef-d'oeuvre d'illusion. Etienne Dumont
Correggio Parme Jusqu'au 25 janvier 2009.
Principalement à la Galleria Nazionale.
Ouvert tous les jours. Tél. +39 05 21 228 152.
www.mostracorreggioparma.it
Parcours Corrège dans les environs: www.turismo.parma.it
TRIBUNE DES ARTS - NOVEMBRE 2008 - No. 366