L'homme cherche à maîtriser le temps

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Un musée zurichois invite les visiteurs à méditer sur les différents visages du temps
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Un musée zurichois invite les visiteurs à méditer sur les différents visages du temps par le biais des objets qui nous donnent l'illusion de le maîtriser

Aujourd'hui, l'horloge est partout. A nos poi­gnets, au clocher de l'église, dans les vitrines et les préaux d'école… Dans la voiture, à la cuisine et sur la table de chevet, à la gare, à l'aéroport ou à l'arrêt de bus… Sur les écrans des télé­phones portables, des agendas électroniques, des ordinateurs, des fours à micro-ondes ou des enregistreurs numériques… Son omniprésence est censée nous permettre de gérer le temps en fonction de nos besoins et de notre volonté. Mais paradoxale­ment, elle nous rappelle cons­tamment que nous sommes con­damnés à voir le temps nous filer entre les doigts.
Au point qu'aujourd'hui, ce temps qui manque représente le luxe suprême de notre civilisa­tion en perpétuelle accélération. Plus que jamais, time is money.
Le Museum für Gestaltung de Zurich consacre actuellement une exposition intitulée «On Time» à cette relation pour le moins ambiguë, en montrant comment elle s'exprime dans toute une série d'objets quoti­diens.
Le visiteur est ainsi invité à se balader de clins d'oeil en décou­vertes entre différentes stations thématiques, qui mettent en scène montres, emballages, mi­nuteries, horaires de train, jour­naux, chronomètres, GPS, agen­das et autres coucous au coeur de roues dentées géantes en styro­pore, emboîtées les unes dans les auteurs pour former un mé­canisme d'horlogerie.
Cycles lunaires et saisonniers
Les calendriers et autres cadrans solaires rappellent par exemple que le désir de maîtriser le temps par la compréhension des cycles lunaires et saisonniers ne date pas d'hier.
Depuis qu'elle existe, en effet, l'humanité rêve de pouvoir dé­couper, ralentir, allonger, rac­courcir ou remontre le temps à sa guise. Notamment pour ne plus avoir à subir ses outrages ni le caractère inexo­rable de son avancée, comment le signalent les boîtes de conserve ou les emballages seventies de con­gélation ou de conservation sous-vide qui donnent la répli­que à l'avènement du Migros­data en 1967, aux produits cos­métiques prometteurs d'éter­nelle jeunesse ou aux paquets de pilules contraceptives.
Fragmenter le temps
D'autres objets soulignent à quel point ce temps qui passe est protéiforme, tantôt linéaire, tan­tôt cyclique, tantôt fragmenté – comme avec la fonction come­box du téléphone portable, qui nous permet simultanément de parler avec quelqu'un tout en invitant quelqu'un d'autre à nous laisser un message, donc de fragmenter le temps.
Sa mesure, aussi, varie considé­rablement d'une civilisation à l'autre: il suffit de feuilleter des agendas établis en fonction du calendrier julien, grégorien, juif ou islamique pour s'en rendre compte. Mais cette éclectique mise en scène du temps rendu mesurable met surtout en avant la portée formidablement disci­plinante de toute cette ménage­rie à tic-tac.
Qui nous donne l'illusion de mettre le temps à notre botte – alors que c'est avant tout nous qu'elle a fini par mettre au pas.

 

Le temps insolite >

A Madagascar, «le temps qu'il faut pour cuire du riz» désigne un intervalle de moins de quinze minutes. Et «le temps qu'il faut pour griller une sauterelle» désigne un très court instant.
Alors qu'en Allemagne, on appelle «Saure-Gurken Zeit» (le temps des concombres au vinaigre) la période creuse qui règne chaque année dans le monde des affaires et des médias au plus fort de l'été.
A la Martinique, l'expression «Parti à brandy et arrivé à chocolat» signifie «aux environs de 8 heures».
Au Japon, l'expression «Le temps des cerisiers en fleur» désigne le début du printemps.
A Saint-Pétersbourg, en Russie, on appelle «nuits blanches» la période qui va de la troisième semaine de juin à la mi-juillet et durant laquelle le soleil ne se couche jamais tout à fait.
Les moines birmans disent que l'heure du lever c'est «lorsqu'il fait assez clair pour voir les veines sur sa propre main».

 

La montre:de l'objet de luxe à l'accessoire mode >

Avant l'avènement de l'ère industrielle, la montre est un objet d'homme, qui se porte virilement en oignon au gousset. C'est un attribut réservé à quelques nantis, un symbole de prestige qui conjugue technique et esthétique dans une miniature extrêmement élaborée.
Avec l'industrialisation de l'horlogerie, le caractère exclusif de l'objet disparaît peu à peu: boîtiers et cadrans se standardisent, l'esthétique de la montre se subordonne au mécanisme qu'elle porte à l'intérieur.
C'est au cours de la Première Guerre mondiale que les hommes «appren­nent »à porter la montre au poignet. C'est une véritable révolution des moeurs, étant donné qu'à l'époque, la montre-bracelet est considérée comme un bijou de femmes.
Mais dans les rudes conditions des tranchées, l'oignon montre très vite ses limites.
L'autre révolution, c'est celle de la montre à quartz dans les années 1970, qui permet aux créateurs de concentrer leur attention sur la forme de la montre: que cette dernière indique l'heure exacte va désormais de soi.
A l'objet de luxe qui se transmettait de génération en génération succède ainsi la montre à prix abordable, qui s'adapte à la mode comme n'importe quel accessoire. Une tendance exemplairement incarnée par lancement de la Swatch en 1983.

 

 

Le Matin / Catherine Riva  / www.lematin.ch