Les peintures chinoises demandent des soins intensifs

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Le Musée Cernuschi, à Paris, présente six siècles de restaurations intenses.
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Branle-bas de combat au Musée Cernuschi, à l'orée du parc Monceau, à Paris. Le deuxième musée asiatique de France, après le Guimet, fête la fin des travaux de restauration de ses peintures chinoises. L'aboutissement d'un long et délicat labeur qui a duré plus d'une quinzaine d'années.
Mais commençons par un retour en arrière. De 1871 à 1873, Henri Cernuschi (1821-1896), un banquier d'origine italienne, entreprend un périple en Asie. Il en rapporte quelque 5000 objets, dont les deux tiers sont chinois et datent de toutes les époques, y compris du premier millénaire avant notre ère. Ce banquier, qui a fui l'Italie, lors de la révolution lombarde, a fait fortune en France sous le Second Empire. Ce qui lui vaut de léguer sans problème son hôtel particulier, appelé à devenir le Musée Cernuschi, et ses collections à la Ville de Paris.

Aujourd'hui, cette institution municipale possède plus de 10000 objets chinois, dont quelque 3000 sont de Cernuschi. Même s'il privilégiait les bronzes et les céramiques, Cernuschi s'est aussi intéressé aux peintures, de personnages essentiellement. Et, plus particulièrement, pour celles qui étaient alors réalisées au doigt. Un procédé original, nécessitant une certaine virtuosité, mais qui s'éloignait du domaine de l'art, selon des critiques. D'où sa relative désaffection par la suite de la part du public.

Quatre ans d'attention pour une toile

Seule une quinzaine de peintures sur les 120 présentées ont été acquises par Henri Cernuschi. L'exposition évoque dans son ensemble les plus grands peintres de la Chine impériale actifs dans les cercles lettrés des Ming (1368-1644) ou à la cour des Qing (1644-1911), ainsi que dans la Chine républicaine (1911-1949). Le panorama porte sur six siècles. A signaler, parmi les curiosités, une très grande peinture de 6 m de long et 2 m 20 de haut, datant de 1745, qui représente, au coeur de Pékin, l'Académie Hanlin, un collège de lettrés, qui fut la proie des flammes pendant la révolte des Boxers. La restauration de cette toile a duré plus de quatre ans. L'oeuvre la plus ancienne date du XIVe siècle de notre ère et représente un faucon perché sur un rocher surplombant les eaux.

«Ces chefs-d'oeuvre oubliés, soulignent d'une façon générale Eric Lefebvre, conservateur au Musée Cernuschi, surprennent par le traitement audacieux du pinceau de la part d'artistes aux visions novatrices. Le travail des restaurateurs et les analyses des scientifiques, en pénétrant dans les profondeurs de l'oeuvre, permettent d'en révéler les aspects occultés et de comprendre la création de l'intérieur.»

M. B.




Une restauration à hauts risques


Trois questions à Eric Lefebvre, conservateur du patrimoine au Musée Cernuschi.
– Quelles sont les différences entre la peinture chinoise et la peinture occidentale?
– La peinture occidentale a, pour supports, la toile ou le bois, et pour liants principaux l'huile et l'oeuf. La peinture chinoise privilégie la soie et le papier, souvent réalisé à base de mûrier. Et elle utilise un médium réalisé à partir de suies végétales liées par un corps gras comme l'huile.

– Pourquoi les oeuvres chinoises sont-elles si fragiles?
– Le textile et le papier comptent parmi les matériaux les plus sensibles à l'hygrométrie et à la lumière. Ce qui fait que les collections de textiles et d'arts graphiques des musées occidentaux, sont présentées de manière temporaire, par roulement. La peinture chinoise étant composée de ces deux éléments est donc extrêmement fragile. En outre, la feuille de papier chinois, xuanzhi, est tellement fine, légère et froissable, qu'elle présente une grande fragilité physique. Aussi, les Chinois ont-ils pris l'habitude de doubler ces oeuvres, ce qui a donné naissance à cette tradition du montage en rouleaux.

– Pouvez-vous décrire les différentes phases d'une restauration?
– C'est une opération très délicate. Dans un premier temps, il s'agit de détendre les matériaux, rendus cassants par l'acidité accumulée, en y injectant une humidification progressive. On débarrasse ensuite la couche picturale de toutes les anciennes couches de doublage au verso. On remet un support pictural et on le consolide en posant des bandelettes de papier pour renforcer les cassures, à l'arrière de l'oeuvre. Puis on peut reprendre le montage en posant un premier doublage et un deuxième supportant des bandes de soie qui font l'encadrement. Le tout est alors transposé sur une planche. On termine par un séchage de quatre à six mois. Ce qui a pour effet de tendre l'oeuvre et de lui rendre son aspect plane qui permet de la rouler par elle-même après la pose de la baguette et du bâton d'enroulement qui permet d'accrocher et de conserver l'oeuvre.

Propos recueillis par Michel BonelSix siècles de peintures chinoises, oeuvres restaurées du Musée Cernuschi
Paris
Jusqu'au 28 juin 2009.
7, avenue Velasquez.
Tél. +33 153 96 21 73.
Mardi-dimanche: 10 h-18 h.
www.cernuschi.paris.fr

Tribune des Arts - Février 2009 - No 369