Le Fotomuseum de Winterthour

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“ Dark Side II ” propose 300 images sur fond de mort. Beau et inquiétant à la fois.

 

Tribune des Arts - Octobre 2009
Etienne Dumont

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Le succès appelle une suite. Le cinéma l'a bien compris. Les musées peuvent aujourd'hui suivre. Après la présentation remarquée de "Dark Side", l'an dernier, le Fotomuseum de Winterthour propose "Dark Side II". Cela dit, contrairement à ce qui se passe avec les superproductions hollywoodiennes, l'approche a changé. Si le "côté noir" était en 2008 le sexe, il s'agit cette fois de la violence.

Sur les murs d'un des deux bâtiments jumeaux de l'institution, le commissaire Urs Stahel est parvenu à étaler sans accrocs quelque 300 images. Les seuls accidents, ici, sont ceux montrés par les photographes. Mortels si possible. Plus que la souff rance, c'est bien la mort qui se révèle omniprésente. Voire ce qui suit. Le visiteur a droit "infine" aux cercueils ouverts, à la crémation, voire à des débuts de décomposition. On peut vraiment parler de processus biologique final.

Un pied sur l'affiche

Beaucoup d'artistes se retrouvent à ce rendez-vous, de Christian Boltanski à Cindy Sherman, en passant par W. Eugene Smith. Il y a les anciens et les modernes, les reporters et les plasticiens. Notez que les deux éléments peuvent se rejoindre. L'affi che de "Dark Side II" représente ainsi un pied, incisé et de sexe féminin. La dame s'est empoisonnée à la mort au rat. Elle a cependant eu le privilège "post mortem" de se voir immortalisée à la morgue par le célèbre photographe Andres Serrano en 1992.

Terrible et belle à la fois, l'exposition se révèle dans l'air du temps. Longtemps occultée, la mort semble devenue à la mode. On ne compte plus, depuis le dernier portrait au Musée d'Orsay (2002), les expositions se penchant sur une camarde magnifiée et pourtant redoutable. Le sujet fascine, des daguerréotypes montrant des enfants dans leur dernier sommeil, aux compositions baroques faites de reliefs humains par Joel Peter Witkin, en passant par les dépouilles plastinées de la très controversée exposition "Our Body".

Conséquences heureuses

Du coup, naît une ambiguïté qui peut choquer. Cette mort esthétisée et muséifiée se voit aussi commercialisée. Du Serrano, du Witkin, cela se vend. Parfois cher. Sous l'une des célèbres images de meurtre multipliées dans les années 1940 et 1950 par l'Américain Weegee, l'étiquette précise bien que des donateurs spéciaux ont dû se réunir pour l'argent nécessaire à son acquisition par un musée.

Soyons justes. La simple souffrance, sans suites fâcheuses, a aussi droit de cité sur les cimaises du Fotomuseum de Winterthour. Certaines conséquences devraient même se révéler bénéfi ques. Il suffi t de voir les photos d'opération de chirurgie esthétique, prises par Steeve Iuncker. Il faut parfois souffrir afin d'être beau, ou du moins pour y croire. 

DARK SIDE II
Winterthour
jusqu'au 15 novembre 2009.
Fotomuseum,
44/45 Grünzerstrasse.
du mardi au dimanche de 11 h à 18 h,
le mercredi jusqu'à 20 h.
tél. +41 52 234 10 60.
www.fotomuseum.ch

 

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