La Queen's Gallery verse la corne d'abondance

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La reine montre par roulement une partie de ses collections à Buckingham. Le grand luxe.
Le lieu est à la fois facile et difficile à trouver. Si chacun situe à Londres Buckingham Palace, peu de gens savent que la Queen's Gallery se trouve en retrait, à gauche, du côté des «mews», en français les écuries. Depuis 2002, un nouveau bâtiment a remplacé la hideuse chose des années 60, qui présentait par roulement les collections royales. L'édifice, avec colonnes doriques et fronton, donne dans le faste. Il a le mérite d'annoncer la couleur.

Ce qui frappe en effet dans les expositions organisées ici, c'est le luxe. La Royal Collection semble verser sur le visiteur «the horn of plenty», autrement dit la corne d'abondance. Ainsi en va-t-il pour l'actuelle présentation de «Treasures », modifiée au fil des mois. Les meubles, provenant si possible de Versailles, font face aux objets de Fabergé collectionnés par la reine Mary, aux armures astiquées comme de l'argenterie et à l'argenterie brillant comme un soleil.Exposition_324741_0

Armure d'Henry Frederick, prince de Wales, 1608. Elle fut construite dans les ateliers royaux de Greenwich à Londres.



Un amoncellement de dorures En notre époque anorexique, où le goût se fait zen, cet amoncellement de dorures, de marqueteries et de pierres précieuses peut sembler excessif. Il reflète le style royal depuis des siècles. Si peu de chose subsiste de l'ensemble formé avant Charles II, puisque le révolutionnaire Cromwell fit tout vendre dans les années 1650, il existe en effet une constante allant des Stuart aux Hanovre, puis aux actuels Windsor. Il faut en mettre plein la vue.

Mais que trouve le public parmi les actuels «trésors», puisés dans une collection créée en tant que telle en 1987 et érigée en trust six ans plus tard? De tout! Le public voit le serre-bijou de la comtesse de Provence, belle-soeur de Louis XVI, «l'un des meubles les plus coûteux jamais commandés sous l'Ancien Régime». Un triptyque siennois de Duccio acheté par le prince Albert. Des diadèmes. Quelques-uns des cinquante Canaletto possédés par Elizabeth II. Plus le reste. Rembrandt, Gainsborough, Cranach, Georges de la Tour… Neuf Rubens Comme la présentation annexe (il y en a toujours deux à la Queen's Gallery) est consacrée aux toiles flamandes conservées à Windsor ou Buckingham, l'accent porte néanmoins sur la chose. Il fallait de l'espace pour faire entrer les neuf Rubens, dont l'un, acquis par Victoria (Pythagore prêchant les nourritures végétariennes), se révèle tout simplement colossal.Exposition_324741_1

Peter Paul Rubens et Frans Snyders, Pythagore prêchant les nourritures végétariennes, vers 1618-1630.



Cette promenade dans le luxe pourrait se renouveler à l'infini. La reine possède tant de choses que 3000 d'entre elles ornent des institutions publiques. En plus, elle achète. Un peu. La politique est de faire rentrer dans le trust ce qui a disparu au gré des partages et successions. Il ne s'agit plus d'illustrer une préférence personnelle. La dernière à l'avoir fait est la reine mère, qui a acquis Monet ou Millais. Que voulez-vous, tout augmente!

Etienne Dumont

Tribune des Arts - Décembre 2008 - No 367