Dans l'intimité de Versailles

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Deux expositions, sur “ L'Homme et le Roi ” et sur les tapisseries, des restaurations importantes et un ouvrage de dix kilos, mettent en avant le rôle unique de Louis XIV et de son siècle, tandis que son château est aussi un réceptacle de la création contemporaine.
Tribune des Arts - Novembre 2009
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Dans la Cour d'honneur du château de Versailles, un attelage de puissants chevaux tirant un carrosse démarre en trombe. D'une quinzaine de mètres de long, pesant plus de trois tonnes, ses formes en tôle pliée et soudée reprennent strictement, à l'échelle 1, celles du carrosse du roi Louis XIV. Mais plus que les formes, ce sont les couleurs, entre violet et pourpre, qui intriguent. Comme la signature de l'artiste Xavier Veilhan. A 46 ans, ce plasticien reconnu – il a exposé plusieurs fois au Mamco de Genève et chez Mitt errand + Cramer, – prend la relève de Jeff Koons qui, l'an passé, avait suspendu ses sculptures pop jusque dans les appartements royaux.

 

Veilhan, lui, a surtout investi les cours, les escaliers et les jardins, pour y présenter sept de ses oeuvres, qui sont en fait autant de commandes monumentales. Une femme nue, carrossée de métal, debout sur un socle, est installée dans la Cour d'honneur. Devant la Cour de Marbre, une des parties les plus anciennes du château puisqu'elle remonte à Louis XIII, l'artiste a imaginé une fi gure de gisant, toute contemporaine. Elle représente Youri Gagarine, le premier homme à avoir connu l'apesanteur comme cosmonaute. Sur la façade arrière du palais, face aux jardins, neuf architectes contemporains, en aluminium et acier, prennent la pose sur autant de socles. Tandis qu'un peu plus bas, sur le Grand Canal, un jet d'eau temporaire s'élève à une centaine de mètres. Un hommage non pas à Genève mais à la Colonne sans fi n de Brancusi, tandis qu'une Lune en simulation 3D se lève à ses pieds, sur le parterre de verdure.


Se définissant comme un artiste qui construit plus qu'il ne crée, Veilhan aime s'imprégner avec respect de l'histoire du lieu. Mais il n'aurait jamais imaginé à quel point Versailles envahirait sa vie. Un Genevois, Edward Mitt errand, est revenu ébloui du vernissage. Il apprécie chez cet artiste, qui a offert une dimension inédite à la sculpture, “ cett e nouvelle façon de représenter les choses et les êtres. ” Il a aimé plus particulièrement la série des architectes et la Light machine, un grand tableau lumineux, aux ampoules qui s'allument et s'éteignent, installé dans l'Escalier de la Reine et off rant, grâce à un film spécialement conçu, une promenade fantomatique et aérienne au-dessus des jardins. Une oeuvre réalisée grâce au soutien de Chanel. Et dans le vestibule d'un autre escalier, un mobile en résine de verre, violet et pourpre également, peut se lire comme une évocation du ballet des planètes autour des astres. On pourrait tout à fait l'interpréter comme un hommage au Roi-Soleil dont la France n'arrête pas de célébrer les mérites.

 

 

Louis XIV, collectionneur frénétique


Pour la première fois en France, ce qui peut paraître étrange, une exposition est en effet consacrée à Louis XIV, sa personnalité et ses goûts artistiques dans ce palais défi ni comme le chef-d'oeuvre des châteaux royaux. La précédente exposition, remontant aux années 1960, portait sur l'art au temps du grand roi. Pas moins de 300 oeuvres sont présentées, dont certaines n'ont jamais été vues en France depuis la fi n de l'Ancien Régime, comme des meubles en pierres dures provenant d'Angleterre. “ Ses collections ont été initiées par Mazarin et continuées par son ministre Colbert. Elles comprennent un peu de tout, précise Pierre Arizzoli-Clementel, directeur général de l'Etablissement public du musée et du domaine de Versailles: gemmes, médailles, miniatures, objets d'art, tableaux, sculptures mais aussi jardins, musique et danse. ” On le sait, mais il est bon de le répéter, Louis XIV est monté sur scène et a dansé en public pendant une vingtaine d'années. La première fois, il n'avait que 13 ans. C'était en 1651, dans un ballet, Cassandre. Et pour la dernière fois, en 1670, dans Les amants magnifi ques, une comédie-ballet de Molière. Un roi qui travaillait ses techniques et progressait dans les thèmes, les sujets, le style et les diffi cultés techniques “ au point de s'en rendre malade ”, selon une chronique. Une célèbre gravure le montre en costume solaire dans le Ballet de la nuit. “ L'époque était grande naturellement, de par la qualité de ses artistes. De Charles Le Brun à Pierre Mignard, de Louis Le Vau à Jules Hardouin-Mansart pour l'architecture, à André Le Nôtre pour l'art des jardins et à Jean-Baptiste Lully pour la musique. ”


Parallèlement à cett e exposition, mais sans lien avec elle, et aux côtés d'une production littéraire très riche, paraît le livre des livres. “ Nous avons voulu raconter la vraie histoire de Versailles en faisant appel aux meilleurs spécialistes ”, se justifi e Pierre Arrizoli-Clementel, qui s'apprête à prendre sa retraite, avec le titre de directeur général honoraire du château de Versailles… Le résultat, c'est un épais livre en deux volumes, d'un poids de dix kilos, paru chez Citadelles et Mazenod. Il a demandé trois ans de travail pour la rédaction et deux ans au seul Marc Walter, un photographe aussi talentueux que discret. “ L'ouvrage est comme un concentré de l'histoire de France jusqu'à la Révolution et à nos jours. Car Louis XIV se révèle comme un très grand roi, même s'il a beaucoup aimé la guerre. Il bénéfi cie d'un éclat extraordinaire qu'aucun autre monarque n'a eu, alors qu'au XIXe siècle il était beaucoup critiqué ”, précise-t-il. Sa dernière acquisition: une console faite pour le Dauphin, le fi ls de Louis XV, qui n'a pas régné. C'est en tout cas l'occasion de tout savoir sur ce palais construit pour l'essentiel en quarante ans, de 1660 à 1700. Ce qui semble peu. Mais jusqu'à quelque 40 000 ouvriers, surtout des soldats, pouvaient être présents jour et nuit sur ce site visité chaque année par 3,5 millions de personnes, tandis que 5 autres millions de visiteurs parcourent les Jardins. Le coût des constructions qui comprennent 120 000 m2 de toitures, devrait se monter à quelque 100 millions de livres de l'époque, a-t-on calculé.


Le mécénat, rappelle Pierre Arrizoli-Clementel, joue aujourd'hui un grand rôle dans la restauration de Versailles. Et de citer Breguet qui a off ert quelque 5 millions d'euros pour celle du Petit Trianon qui, fermé pendant deux ans, a rouvert ses portes en septembre 2008. Et le groupe Monnoyeur qui a restauré les grilles d'entrée du château datant de Louis XIV, disparues à la Révolution et refaites grâce à un mécénat de 6 millions d'euros.

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Tous à l'opéra royal!

Il se passe toujours quelque chose à Versailles. Ainsi, l'Opéra royal, un bijou de l'architecte Jacques-Ange Gabriel construit tardivement, dans les années 1770, a-t-il rouvert ses portes le 21 septembre dernier. Ce, au cours d'une soirée de gala où 400 invités avaient déboursé de 1000 à 25 000 euros pour un spectacle suivi, il est vrai, d'un dîner de gala dans la Galerie des Glaces. Il avait été fermé deux années pour être mis aux normes de sécurité. Coût: 135 millions d'euros. Il abritera désormais des spectacles de musique savante, classique et baroque, française et étrangère, de la danse et du théâtre. Une salle modulable avant la lett re qui pouvait se transformer, grâce à son parquet monté sur cric, en salle de bal ou de festin. Elle pouvait accueillir jusqu'à 1200 personnes contre 700 aujourd'hui.


Enfin, il faut se rendre à Paris, aux Gobelins, où plus de 250 ouvriers étaient employés. Les projecteurs sont braqués sur un thème peu montré, celui des tapisseries. Vingt pièces sont exposées. De grandes compositions de quatre mètres sur six, commandées ou achetées par le roi et qui servaient à décorer les châteaux et à orner les processions religieuses. Enroulées puis désenroulées, comme les meubles, elles suivaient le roi dans ses déplacements.


En dépit de la Révocation de l'Edit de Nantes, Genève n'est pas indifférente à la grandeur louis-quatorzienne. A Coppet, Christine Magnenat-Bory a repris les rênes de l'Association des Amis suisses de Versailles et de la Fondation pour l'histoire des Suisses dans le monde, forte de quelque 500 membres actuellement, que son père Jean-René Bory, décédé en juin dernier, avait fondé dans les années 1950. Et une Genevoise, Christiane Chartier, architecte d'intérieur de formation, se passionne pour ce temps où l'on savait si bien faire la fête. Elle a créé un site, www.etiquettebaroque.com, sur lequel elle propose l'organisation d'événements dans l'ambiance de l'époque ainsi qu'une ligne de vêtements louis-quatorzien aux noms évocateurs comme Grand Canal et Marly. Dénichant soieries et brocarts dans les ventes aux enchères et chez des antiquaires, elle crée des costumes, une soixantaine à ce jour, tous uniques, en s'inspirant de gravures. En outre, Christiane Chartier prépare un ouvrage sur la gastronomie au Grand Siècle et sur l'étiquett e de cour.

Exposition LouiS XIV, L'Homme et le roi
Château de Versailles.
Jusqu'au 7 février 2010.
Tél. +33 130 83 78 00.

Exposition d'art contemporain , Veilhan Versailles
Jusqu'au 13 décembre 2009.
www.veilhan-versailles.com


Exposition fastes royaux,
La Collection des tapisserie de Louis XIV
galerie des gobelins.
Jusqu'au 7 février 2010.

Toutes les informations pratiques sur www.chateauversailles.fr

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