Tribune de Genève - 5 février 2010Anne Gaudard
L'année horlogère 2009 appartient désormais au passé. Sur le plan statistique du moins. Que cet exercice marquerait la fin brutale de la forte expansion de ces dernières années, on le savait. Restait à en connaître l'ampleur. C'est fait. Les ventes de montres suisses à l'étranger ont ainsi retrouvé peu ou prou leur niveau de 2006 à 13,2 milliards de francs (–22,3% par rapport à 2008). La référence à 2006 se retrouve d'ailleurs lorsque l'on évoque l'ensemble des exportations suisses, qui finissent cet exercice à 180,3 milliards de francs (–12,6%).

Source: Fédération de l'industrie horlogère suisse
Comme l'ont montré les résultats déjà publiés par les grands groupes horlogers, la tempête s'est calmée en fin d'année. Ainsi, en décembre, les exportations horlogères n'ont reculé «plus que de» 7,2% à 1,2 milliard de francs. Un frémissement de reprise confirmé lors des salons horlogers de janvier à Genève.
Que retenir de cette année 2009? A-t-on assisté à un changement structurel du secteur? Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération horlogère, ne le pense pas. «La crise qui a éclaté en 2008 est conjoncturelle. Elle a certes affecté des entreprises qui avaient, elles, des problèmes structurels, en contraignant même certaines d'entre elles à cesser leur activité. Mais elle n'a pas engendré de bouleversement structurel de la branche.» Et au niveau de la demande? «Nous avons globalement noté un retour aux produits plus traditionnels, aux marques établies», poursuit Jean-Daniel Pasche. Une situation qui a notamment permis aux deux acteurs principaux que sont les groupes Swatch et Richemont de faire mieux que l'ensemble de la branche, mais surtout de gagner globalement des parts de marché.
Il ressort également des chiffres de 2009 que l'horlogerie suisse dépend toujours davantage de l'Asie, et plus particulièrement de la Chine (43% en nombre de pièces, stable, et 48% en valeur). En baisse sur l'ensemble de l'année, les marchés chinois ont fortement rebondi en décembre (+27% pour Hongkong et +43,5% pour la Chine). Au terme de dépendance, Jean-Daniel Pasche oppose celui de «grandes opportunités» qu'offre ce marché d'où «proviennent actuellement les bonnes nouvelles».
Qu'attendre alors pour 2010? Les espoirs des horlogers reposent inévitablement sur l'Asie. Et si Swatch et quelques autres manufactures se montrent rassérénées, voire enthousiastes, la prudence s'impose lorsqu'il s'agit d'évoquer l'ensemble d'une branche, dont tous les membres ne devraient pas avancer à la même vitesse. La Fédération horlogère parle de reprise modeste. En fait, ajoute Jean-Daniel Pasche, «la situation devrait rester difficile cette année pour certaines marques ainsi que pour les sous- traitants». Et de s'interroger sur le niveau des stocks: ont-ils suffisamment diminué?
Prochaine prise de température de ce mouvement de reprise: Baselworld, qui ouvrira ses portes le 18 mars.
