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Les prévisions des experts de Vontobel

7 minutes read
La banque anticipe un recul des exportations de 15% sur l'ensemble de l'année. Citigroup partage cet avis.
L'Agefi - 12 mai 2009
Bastien Buss


L'horlogerie va au devant d'un exercice sclérosé. La bulle, enfin, se dégonflera entièrement. En attendant la suivante. Pour nombre d'observateurs, 2009 sera l'année de tous les dangers mais aussi celle d'opportunités à saisir pour gagner des parts de marché face à des concurrents moins bien armés pour passer ce cap difficile. D'abord, l'horlogerie doit apprendre à vivre avec un fort recul de ses ventes. Beaucoup de sociétés en sont même venus à oublier la probabilité de ces vents contraires, après cinq années de progression ininterrompue.Exports_325774_0

Dans ce contexte, les spécialistes y vont chacun de leur estimation. La dernière, émanant d'une étude détaillée de la banque Vontobel, anticipe un recul de 15% sur l'ensemble de l'année. Citigroup partage cet avis. Pour le premier semestre, la contraction pourrait même atteindre les 20%, suivi donc par une deuxième partie d'année à peine moins grave. Au final, parvenir au niveau de 2006 semble réaliste, écrit l'analyste de Vontobel René Weber. Ce qui ramènerait les exportations helvétiques à quelque 14,5 milliards de francs, selon lui, quand bien même l'exercice considéré avait fini à 13,74 milliards. Soit un manque à gagner de 2,5 à 3 milliards de francs. L'impact sur l'emploi et les sous-traitants ne va donc aller qu'en s'aggravant (lire ci-dessous).

Sur la base des chiffres connus et publiés pour le premier trimestre, ces anticipations nous paraissent beaucoup trop optimistes. En effet, sur cette période, les exportations horlogères helvétiques se sont effondrées de 23,5%. Selon un coup de sonde effectué par «L'Agefi», la réduction des ventes qui touchent certaines marques indépendantes s'échelonnent plutôt entre 25 et 40%. Voire 60%, selon le témoignage d'une entreprise neuchâteloise. Même LVMH, numéro un mondial du luxe, a essuyé un recul de plus de 40% de son pôle horloger à périmètre constant au premier trimestre. Hermès subit aussi de plein fouet la récession (-35,7% à taux de changes constants). Richemont, numéro deux mondial du luxe, est donc attendu au tournant, vu qu'il publiera ses résultats ce jeudi. Si ses ventes annuelles 2008-2009 (exercice clos à fin mars) sont attendues à 5,29 milliards d'euros (-1%), le quatrième trimestre risque de proposer un tableau bien moins gratifiant. Les analystes prévoient en effet un fléchissement de 20 à 22% pour cette période. Principaux responsables de ce tsunami, une consommation toujours cacochyme et des distributeurs qui poursuivent leurs déstockages.

Le luxe se contracte plus vite

Dans ces condition, même si le second semestre retrouve des couleurs, il nous semble improbable qu'il suffise à compenser la Bérézina actuelle. A noter aussi, que les Etats-Unis, premier pays à être entré en récession, ne montre toujours aucun signe avant-coureur de redressement au niveau des exportations horlogères. Sur l'ensemble du premier trimestre, le reflux y a atteint 42%. Très inquiétant pour les marques fortement exposées dans ce pays. Le Japon, autre marché phare, entame sa deuxième décennie perdue. Entre janvier et mars 2009, les horlogers suisses y ont exporté 21% de garde-temps en moins que sur la même période de l'an passé. D'autres pays, comme la Chine, Singapour ou encore les Emirats Arabes Unis affichent un recul de plus de 30%. Plus préoccupant encore, la contraction des montres de luxe, un secteur plutôt résilient jusqu'ici et qui a propulsé l'horlogerie ces dernières années, dépasse désormais celle du bas de gamme.

Toujours est-il que Vontobel rejoint l'optimisme du Swatch Group. Le numéro un mondial de l'horlogerie prévoit un redressement durant les six derniers mois de l'année. Avec une nuance de taille toutefois, «si les taux de change nous aident à récupérer au deuxième semestre ce que nous aurons perdu sur la première partie de l'année», avait dit récemment son CEO, précisant que les devises constituaient le principal facteur de risques, davantage même que le climat de consommation. Pour étayer son propos, Vontobel abonde dans ce sens. Pour la première fois depuis longtemps, l'évolution du dollar et du yen auront un impact positif, attendu à 3%. A l'inverse, le rouble et la livre vont peser sur les comptes, même si dans ces pays les horlogers ont procédé à des hausses de prix.

Ulysse Nardin a rejoint le clan des optimistes mesurés, même si la société locloise vient de licencier 21 collaborateurs. La manufacture estime néanmoins avoir touché le fond et les perspectives sont désormais claires pour 2009 avec une lente reprise.

«Cash is king»


Dans le contexte actuel, rarement l'argent n'a été aussi roi. Les horlogers ne sont de loin pas égaux dans ce royaume. Il appert que les grands groupesmarques, au bénéfice d'une solide assise financière, sortiront relativement indemnes du marasme. Toutefois, inexorablement, la régression des chiffres d'affaires obérera leur rentabilité. En moyenne, Vontobel table sur un repli de 10 à 15% des résultats opérationnels des groupes cotés. Corollaire, la marge EBIT devrait quant à elle se contracter de 190 points de base. Pas de quoi s'affoler donc, à l'inverse des petites structures. Sur le front des acquisitions, Vontobel ne s'attend pas à de grandes manoeuvres. A ce titre, l'encéphalogramme 2008 avait connu deux pics, avec le rachat de Roger Dubuis par Richemont et celui d'Hublot par LVMH. 2009 s'annonce plat, principalement en raison du manque de candidats d'envergure, pour la plupart en mains familiales ou de fondations. «De nombreuses entreprises seraient d'ailleurs les bienvenues sur la cote, mais elles privilégient leur indépendance», selon Vontobel. Et de citer Chopard, Patek Philippe, Breitling, Audemars Piguet, parmi d'autres. Selon la banque, ces sociélés, grâce aux années de croissance, sont bien armées pour affronter le contexte actuel. Pour les autres, la longue traversée du désert ne fait que commencer. A moins qu'elles ne passent dans le giron d'entités plus solides. En aparté, Nicolas Hayek, président du Swatch Group nous confiait avant Baselworld (fin mars) recevoir très fréquemment des sollicitations. Et comme la situation s'est encore aggravée depuis...Exports_325774_1

 

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Le prix des montres explose...


Folie des grandeurs, perte de raison, l'horlogerie, ces dernières années, a généré son propre schéma de Ponzi, à l'instar de la finance mondiale. La branche a exagéré, surenchérissant à chaque occasion sur les exubérances des autres. Les sirènes ont encore davantage envoûté qu'avec Ulysse. Tout le monde a cru qu'il allait s'enrichir instantanément avec un seuil d'entrée dans l'industrie quasiment nul, grâce à ceux qui produisent en amont.

Ce phénomène ne semble toutefois pas nouveau. Preuve en est l'augmentation régulière des tarifs ces vingt dernières années (voir tableau ci-dessus). Le prix moyen d'une montre suisse a augmenté de…300% en 17 ans. Les garde-temps mécaniques ont renchéri de 333% sur la même période, alors que le prix des montres à quartz a doublé. Bien sûr, l'innovation technologique et l'utilisation de nouveaux matériaux permettent en partie d'expliquer ce renchérissement stratosphérique qui ferait frémir plus d'une banque centrale. Mais pas entièrement. Ces hausses proviennent également de ces marques de simple habillage qui ont pullulé en période d'euphorie et d'une politique souvent aberrante en termes de tarifications.

La récession permettra peut-être de mettre de l'ordre dans ces abus. Les marques se devront de revoir leur politique de prix. Il faut espérer que les montres facturées plusieurs milliers de francs, avec un mouvement ETA valant 300 francs, sans aucune modification digne de ce nom, passeront à l'as à l'avenir. On peut toujours se bercer d'illusions.  (BBS)

... le chômage horloger aussi


Suppressions d'emplois, licenciements et introduction de mesures de réduction des horaires de travail s'enchaînent à un rythme affolant. Rares sont les sociétés horlogères qui peuvent y échapper. Publié vendredi, les derniers chiffres du chômage en Suisse démontrent l'ampleur du phénomène.
Au mois d'avril, le taux des personnes répertoriées par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) sous la rubrique «Montres » a atteint 8,8%, alors que la moyenne nationale se situe à 3,5%. C'est dire la gravité de la crise que travers l'horlogerie, du moins dans sa composante emploi.

Pour comparaison, le taux ne se montait qu'à 3,8% en octobre, au début de la récession. Soit une progression de…500 points de base en sept mois. Entre mars et avril de cette année, le nombre d'horlogers au chômage est passé de 1786 à 2016 personnes. Ce qui veut dire qu'en trente jours 230 «horlogers », qualifiés en tant que tels, se sont inscrits au chômage. Et ce n'est malheureusement qu'un début. – (BBS)Exports_325774_3