Quand la mécanique (en)chante: une exposition rare au MAH de Genève

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COVER Musique Mécanique © BJD_0209
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Dans les rues de la Cité de Calvin, Jacques-Antoine Horngacher trouva un jour une boîte à musique… une passion d’enfant devenue le fil rouge d’une vie. Son importante collection se dévoile dans son intégralité au Musée d’Art et d’Histoire de Genève. Exploration en musique.

«Une telle collection est exceptionnelle, par son ampleur, sa diversité, et la vision très complète qu’elle offre» apprécie Estelle Fallet, conservatrice au Musée d’Art et d’Histoire. «J.-A. Horngacher, dit Etienne Blyelle, était un spécialiste incontournable, auteur de traités théoriques, d’une autobiographique privée, et qui dispensait également beaucoup son savoir oralement.» La formidable collection rassemblée par cet homme hors normes fait aujourd’hui passer la beauté de la musique mécanique à la postérité.

E. Blyelle, 1970, avec un monnayeur © Archives CABAM
E.Blyelle, 1970 © Archives CABAM

Une boîte abandonnée aux puces 

Très intéressé par les mécanismes, le petit Jacques-Antoine trouve un vieux mouvement de boîte à musique à Plainpalais – lieu déjà réputé à l’époque pour son marché aux puces, d’ailleurs toujours très prisé aujourd’hui. Le fonctionnement l’intrigue. En 1939, à 10 ans, voilà qu’il construit un carillon avec des sonnettes de vélo. Lorsque le garçon a 12 ans, une tante attentive à sa passion naissante lui offre une première boîte à musique – «un déclencheur» commente Estelle Fallet, «malheureusement associé quelques temps plus tard au décès de sa mère». Très intelligent, Jacques-Antoine excelle en mathématiques, ou encore en résolution de rébus et bons mots. Sa compréhension de la mécanique et son doigté le conduiront jusqu’à l’école d’horlogerie – où il présente une boîte à musique, refusée sous le prétexte «que ce n’est pas de l’horlogerie». Toute sa vie, il défendra l’appartenance de ces deux spécialités à un même art. En 2020, sept ans après son décès, l’inscription des savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d'art sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité lui aura donné raison. «Cette reconnaissance lui aurait certainement procuré beaucoup de satisfaction» apprécie Estelle Fallet.

Musique Mécanique © BJD
Musique Mécanique © BJD, Musée d’Art et d’Histoire

Une démarche passionnée et scientifique 

Expert internationalement reconnu, J.-A. Horngacher a réalisé une importante classification des boîtes à musique, de tous genres, «depuis les tout premiers mouvements avec systèmes de lames empilées, puis les lames déployées en peigne plat, et enfin avec un volume amplifié par disque, jusqu’au papier perforé» poursuit la spécialiste. «Il a ordonné sa collection comme un conservateur de musée, avec une démarche professionnelle. Bien entendu, à l’époque, les principes de conservation et restauration n’étaient pas encore appliqués tels qu’aujourd’hui – la démarche actuelle date des années 1970 – et il bricolait un peu pour faire fonctionner les boîtes, sourit-elle. Peut-être marqué par la disparition de sa mère, il avait développé également une relation affective avec ces objets auxquels il attribuait les noms de personnes de son entourage. »

Musique Mécanique © BJD
Musique Mécanique © BJD, Musée d’Art et d’Histoire

J.-A. Horngacher aura légué en tout 135 boîtes à musique, exposées dans leur intégralité au Musée d’Art et d’Histoire de Genève jusqu’au 17 août 2025. A leurs côtés, des carillons de la Cathédrale Saint-Pierre, des pendules, une dizaine de boîtes à musique du musée et même un coucou illustrent la richesse de la musique mécanique. Depuis son legs, en 2013, un minutieux travail de restauration aura été réalisé. Chaque pièce a été nettoyée, et une quinzaine joue en son honneur – des mélodies que l’on peut entendre lors de démonstrations à l’agenda du musée et sur son site, grâce à un audioguide.

Musique Mécanique © BJD
Musique Mécanique © BJD, Musée d’Art et d’Histoire

Une histoire gravée dans le cœur de Genève

Et pourquoi avoir confiées ces pièces au musée genevois, plutôt qu’au Musée d’automates et de boîtes à musique de Sainte-Croix, également très réputé? «Parce que J.A. Horngacher était lui-même genevois, mais aussi parce que la boîte à musique est née ici. Cela faisait doublement sens pour lui» précise la conservatrice.  En effet, le principe de la boîte à musique à peigne ou clavier naît en 1795, grâce à Antoine Favre horloger de la Cité de Calvin. «Il découvrit, un peu par hasard, peut-être par inadvertance, la propriété sonore des lames vibrantes. Cette découverte s’inscrit aussi dans une démarche de recherche constante pour varier les produits horlogers» poursuit-elle.  La production commence dès les années 1800-1820, puis culmine vers 1860 pour atteindre environ 13 000 pièces et employer un millier de personnes dans la ville. Le principe est d’abord appliqué en petits formats, puis s’agrandit, jusqu’à des boîtes destinées aux lieux publics, tels que les gares, où une piécette permettait de passer le temps en musique. Je me souviens encore de celle de la gare du Locle, dans les années 1980» se souvient Estelle Fallet. «Il est d’ailleurs intéressant de noter que le développement de la boîte à musique est inverse à celui de l’horlogerie, puisque cette dernière naît dans de grands volumes puis se miniaturise progressivement.» 

Musique Mécanique © BJD, Musée d’Art et d’Histoire
Musique Mécanique © BJD, Musée d’Art et d’Histoire

En somme, deux histoires fascinantes à découvrir au Musée d’Art et d’Histoire : celle d’un collectionneur genevois qui a transformé sa passion d’enfance en trésor patrimonial, et celle d’un art mécanique qui fait chanter le passé.

« Musique Mécanique » jusqu’au 17 août 2025

Mardi - dimanche 11h-18h, Jeudis 12h-21h

Visites guidées et démonstrations de boîtes à musique selon calendrier