Tribune de Genève - 6 juin 2012
Richard Etienne
Le salon EPHJ-EPMT-SMT ne cesse de croître. Avec 664 exposants présents à Palexpo, il affiche une croissance insolente: 16% de plus que l'an dernier. Son record. La manifestation compte chaque année depuis dix ans plus d'exposants. Quelque 550 sociétés avaient déjà fait le déplacement à Lausanne où se déroulait le salon l'an dernier. Le nombre de visiteurs augmente également: ils sont 13 000 à s'être inscrits, contre 11 000 en 2011. La venue à Palexpo, bien que contrainte, a fait du bien. Le plus important événement professionnel suisse consacré à la sous-traitance horlogère, médicale et microtechnologique peut désormais compter sur des locaux spacieux et pratiques.

Le salon ne cherchera plus à grandir à l'avenir, disent ses organisateurs, qui estiment avoir atteint un seuil au-delà duquel la manifestation risque de «perdre sa convivialité, une de ses forces». Il y a pourtant de la place. Selon son cofondateur André Colard, la sous-traitance horlogère helvétique comprend quelque 3000 sociétés dont 430 sont présentes à Palexpo du 5 au 8 juin. Peu de grands noms. L'univers des sous-traitants est méconnu, les marques qui les sollicitent évitant de dire que leurs montres ne sont pas entièrement conçues intra muros. Ces sociétés diverses, des start-up aux multinationales, se spécialisent dans des domaines variés, de la programmation de logiciels informatiques à la conception de cadrans dans des alliages inédits en passant par le décolletage ou la fonte.
Olivier Senger et André Colard ont lancé le salon en 2002. Les premiers temps sont entièrement consacrés à l'horlogerie. L'événement s'intitule alors EPHJ (Environnement professionnel horlogerie-joaillerie). En 2007, un nouvel acronyme vient s'ajouter au premier: EPMT (Environnement professionnel microtechnologies), puis un troisième l'an dernier, SMT (Swiss Medical Technologies). Pour les fondateurs, les synergies entre ces secteurs sont naturelles, elles permettent des échanges propices aux collaborations. Le salon, qui a du coup depuis cette année un nom imprononçable, entend favoriser la rencontre entre des sociétés renommées et des jeunes pousses.
Pour André Colard, qui compte 45 ans d'expérience dans la sous-traitance horlogère, les synergies sont essentielles tant les métiers, dans ses branches, se rapprochent les uns des autres. «La céramique, qui vient pourtant d'ailleurs, est largement utilisée dans l'horlogerie. Le laser, permettant de découper ou de souder n'est pas, lui non plus, issu du milieu. L'acier Inox 316L, privilégié des montres, vient du monde médical», dit-il. Le fondateur estime que l'utilisation de nouvelles matières ou techniques peut exiger de grands investissements et qu'il vaut souvent mieux collaborer. D'où l'importance de ses services, dit-il.
La manifestation propose pour la première fois un Grand Prix des exposants et lance un label, le Poinçon de Genève. Des tables rondes et des ateliers sont organisés, notamment Actes'Industries, des débats organisés par les milieux industriels du canton et soutenus par les autorités genevoises. Ces dernières, ainsi que le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, soutiennent moralement, selon les propos de ce dernier, «cette plate-forme unique en Europe pour favoriser ces échanges d'expertise». La tenue de l'événement à Palexpo est, selon ses organisateurs, partie pour durer. Pour ce faire, ils envisagent une grande mesure: changer le nom du salon dès l'an prochain.
Concurrence houleuse avec Lausanne
Deux organisations proposent cette année des salons consacrés à la sous-traitance horlogère en Suisse romande, celui de Genève et LausanneTec, qui s'est tenu dans la capitale vaudoise en mai dernier. Ce dernier, propriété du groupe MCH (qui organise BaselWorld), dit avoir voulu racheter le salon EPHJ-EPMT-SMT pour plusieurs millions de francs. «Ils ont proposé une somme mais elle était si ridicule qu'il était impossible qu'on entre en matière et leur approche était différente de la nôtre», tonne Christophe Lamps, porte-parole du salon genevois, qui a du coup dû déménager à Palexpo. Deux salons, c'est intenable, selon une association censée représenter les sous-traitants horlogers, Horloexpo, qui a vu le jour pour les inciter à choisir. Elle devrait se prononcer en juillet. En attendant, les exposants semblent avoir tranché. Palexpo accueille actuellement 664 exposants, ce qui est nettement mieux que prévu, et 13 000 visiteurs, contre quelque 170 et 3000 pour LausanneTec. MCH avait pourtant dans un premier temps annoncé avoir attendu entre 300 et 400 exposants et 5000 visiteurs.
