Sylvie Guerreiro
Murs de ciment partiellement peints, sous-sols caverneux, hauts plafonds et tuyauterie apparente. Le cadre est “brut de décoffrage”. Et pourtant. Avec ses 200 000 visiteurs par an, c'est l'un des centres d'art les plus visités d'Europe. Forte de ses 7700 m2 modulables à souhait, l'aile Ouest du palais Tokyo à Paris, devenue centre d'art contemporain en 2002, permet toutes les extravagances, qu'il s'agisse d'art plastique, de design, de mode, de vidéo ou de cinéma. C'est ce temple de la scène émergente aux allures d'éternel chantier qu'Audemars Piguet a choisi d'investir pour la troisième escale (après New York et Milan) de son exposition itinérante consacrée à la Royal Oak, ce modèle iconique qui fête ses 40 ans. Une façon de démontrer son esprit avant-gardiste et de rappeler qu'en son temps, la Royal Oak avait engendré sa petite révolution. Il s'agit en effet de la première montre sportive de luxe.

“Lorsqu'elle est apparue, en 1972, explique Tim Sayler, le directeur marketing, c'était la mode des montres rondes et petites. Celle-ci était octogonale et grande (39 mm de diamètre!). Son design était aussi très expressif, avec ses angles et ses vis apparentes; ça ne se faisait pas de montrer ce genre d'éléments. Enfin, il n'existait pas de montre de luxe en acier. Or, le boîtier de la première Royal Oak était fait de ce matériau, mais il était traité comme un métal précieux. Par ailleurs, au début des années 70, on ne jurait plus que par le quartz. Beaucoup de marques de luxe se sont donc mises à faire des montres en or massif équipées de mouvements à quartz. La Royal Oak était en acier mais dotée d'un mouvement automatique extra-plat.”
Curiosités horlogères
L'exposition, riche de 100 pièces significatives et d'un horloger travaillant sur place, le tout entouré des sculptures de Sébastien Léon Agneessens inspirées d'orgues, ne fut parisienne que durant quatre jours. Non sans son lot de curiosités. À l'exemple de cette Royal Oak rectangulaire de 1980 avec mouvement à quartz ou ce modèle squelette de 1992, automatique, en platine, avec cadran orné d'un motif de chêne découpé et gravé en or jaune. Ou encore cette montre de poche de 1993, également squelette, en platine, avec mouvement extra-plat doté d'un quantième perpétuel et de l'indication des phases de lune. Étonnant aussi de voir comment cette montre s'est jouée de toutes les tailles, allant d'un boîtier de 20 mm de diamètre pour un modèle femme de 1997, à un boîtier 48 mm pour une Royal Oak Offshore de 2003. Idem pour les matériaux, qui vont de l'or au platine, en passant par le carbone, le carbone forgé et l'association or/céramique.
Reste que la Royal Oak est habilement montrée dans son environnement. Celui de la Vallée-de-Joux et du savoir-faire propre à Audemars Piguet (maison créée en 1875 et toujours entre les mains des familles fondatrices). C'est ainsi que l'on peut voir d'autres types de curiosités, comme cette montre de poche de 1922 à remontage manuel, petite seconde, répétition minutes, boîte en or jaune et platine, dont les chiffres des heures ont été remplacés par les lettres de son propriétaire, William H. Hays, ce sénateur américain qui vécu de 1879 à 1954. Défilent ensuite toute une série de montres aux formes très variées, dont une est même enchâssée dans une pièce de 20 dollars (1928).
Résultat: plus de 700 personnes ont fait le déplacement pour l'inauguration le 6 juin, parmi lesquels une bonne quinzaine de célébrités du showbiz, de la télévision et du cinéma français. Prochaines étapes: Pékin en août et Singapour en octobre.
