Flavia Giovanelli
Tout en délicatesse, le travail de l'émailleur permet de réaliser des pièces d'un grand raffinement. Depuis des siècles, les mêmes techniques se sont perpétuées et les artisans cherchent toujours à approcher la perfection. Aujourd'hui, les plus belles marques se sont toutes prises d'engouement pour les métiers d'art, au point de choyer les meilleurs professionnels ou de fonder leur propre atelier intégré.

Un métier de secrets et de passion, voilà la définition qui résume le mieux celle d'émailleur, à l'instar des autres techniques d'ornement. Depuis quelques années, les marques de haute horlogerie sont d'ailleurs bien conscientes de la plus-value que cet artisanat peut apporter pour sublimer des pièces d'exception. Désormais, les grandes marques s'arrachent les services des meilleurs professionnels, qui sont devenus rares. Alors parfois, elles se décident tout simplement à créer un département intégré qui leur permette de s'approprier ces traditions. Des maisons comme Jaeger-LeCoultre ou Vacheron Constantin ont ainsi franchi le pas.
En dehors de ces grands acteurs, la transmission de ce savoir se fait le plus souvent de bouche à oreille et les secrets de fabrication restent jalousement conservés. «L'émail est un dérivé du silicium, c'est-à-dire du verre, donc sa réaction à la cuisson dépend beaucoup de l'expérience mais aussi d'une petite part de hasard», explique Jérémie Basset, directeur associé chez Emaillor à Genève. Fondé en 2002, cet atelier indépendant a établi un partenariat privilégié avec un client genevois situé au sommet de la pyramide horlogère. Chez Emaillor, on travaille en famille, chacun sur sa pièce, appliquant les techniques du cloisonné et du champlevé de l'émail grand feu. L'atelier a également contribué à la renaissance du paillon d'ornement, exploit qui permet de sublimer les créations d'émail. «L'avantage de travailler pour des clients exigeants, c'est que cela permet d'expérimenter de nouvelles solutions», explique encore Jérémie Basset. Mais la tradition reste le maître-mot de l'émail. D'ailleurs, s'il faut citer une référence dans la profession, un même nom revient depuis des années: Anita Porchet.
Cette grande dame, qui travaille également seule depuis chez elle, à Corcelles-le-Jorat, a débuté à 12 ans, grâce à son parrain, avant de se faire une spécialité de la peinture miniature, qui se distingue encore des autres techniques d'émail. «Nous sommes tous en admiration devant son travail», résume Jérémie Basset.
___________________________________________
LES TECHNIQUES DE L'ÉMAIL
L'émail est du verre transparent coloré à l'aide d'oxydes métalliques qui, déposé sur une plaque de métal et porté à haute température - au moins 800 degrés- fond, se vitrifie et devient inaltérable. On distingue différentes techniques, par exemple celle du cloisonné, où il s'agit de créer de petites alvéoles à l'aide de fils d'or. Celles-ci seront ensuite remplies d'émail, avant de passer au four pour la cuisson. Après ponçage, on le recouvre d'une fine couche d'émail transparent (le fondant).
Le champlevé est une autre technique, où le graveur creuse dans l'épaisseur de la plaque métallique avant de déposer ensuite l'émail et de le cuire comme pour le cloisonné. Enfin, pour les paillons d'ornement, l'artisan découpe des motifs minuscules dans de très minces feuilles d'argent ou plus souvent d'or, qui formeront ensuite des éléments de décor entre deux couches d'émail transparent.
