Coprésidente de Chopard, Caroline Scheufele n’a pas perdu le nord. Elle sait qu’à Cannes, tout est possible. Même l’impossible. Lors de la remise du Trophée Chopard, elle a profité de la soirée pour interroger Gilles Jacob. «Est-ce que tu verrais un inconvénient si, le temps d’une soirée, ton tapis rouge devenait… vert?» Le président du festival l’a regardée, un peu surpris, et, sans se démonter, il lui a répondu: «Pourquoi pas?»
Cette anecdote symbolise à elle seule l’engagement qu’a pris Chopard sur la Croisette: la maison genevoise vient en effet de présenter deux pièces de haute joaillerie 100% éthiques. Un bracelet et une paire de boucles d’oreilles, en or blanc et diamants, que Marion Cotillard a eu l’honneur de porter lundi dernier pour la présentation hors compétition du film Blood Ties de Guillaume Canet. Deux premiers jalons sur une route longue et semée d’embûches qu’on a baptisée The Journey.
D’abord la mode!
Ce «voyage» a commencé de l’autre côté de l’Atlantique. Autour d’un café. L’année dernière, Caroline Scheufele rencontra Livia Firth, Italienne d’origine et épouse du comédien britannique Colin Firth – qui reçut l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans Le discours d’un roi . Les deux femmes parlent de développement durable, d’éthique, d’intelligence écologique… Directrice artistique d’EcoAge, Livia Firth avait fondé le Green Carpet Challenge en 2010 afin d’impliquer les milieux de la mode à ses réflexions autour de l’environnement. Des marques comme Chanel, Gucci, Armani ou Yves Saint Laurent ont accepté le défi de créer des modèles éco-responsables. Pourquoi l’industrie joaillière ne rejoindrait-elle pas le mouvement?
"Comment s’assurer que l’or est à 100% traçable? Ou que les pierres de couleurs ne servent pas à financer des conflits armés ?"
Des règles drastiques
«J’ai tout de suite pensé que Caroline Scheufele pourrait devenir une leader dans cette prise de conscience», confie Livia Firth. Partenaire du WWF, membre du Responsible Jewellery Council (RJC) depuis 2010, Chopard n’a donc pas hésité à montrer l’exemple. Un engagement qui n’est pas sans risque… Comment s’assurer que l’or est à 100% traçable? Ou que les pierres de couleurs ne servent pas à financer des conflits armés?
A Meyrin, on ne s’affole pas autour de ces règles drastiques. Il n’est pas (encore) question de transformer toute la chaîne de production. «Mon père m’aurait licenciée sur-le-champ si je lui avais demandé ça», plaisante Caroline Scheufele. Au lieu de se fournir en or auprès d’UBS, Chopard s’est tourné vers des mines communautaires en Colombie – dont l’extraction du métal est garantie par des normes sociales, environnementales et éthiques. Il a ensuite été fondu à Paris pour éviter d’être «contaminé». Quant aux diamants, fournis par l’IGC Group, ils sont issus de mines qui répondent aux exigences du Processus de Kimberley, régime international de certification des diamants bruts.
«Ce n’est qu’un premier pas», confirme Livia Firth. Si elle entend parler aux banques suisses pour l’or, Caroline Scheufele promet une surprise pour l’année prochaine. «On ne va pas tout vous dévoiler cette année. Sinon d’autres vont nous piquer l’idée…» Rendez-vous est déjà pris pour Cannes en 2014. Avec un tapis vert au pied du palais?