Les collectionneurs sont attentifs à la valeur de leurs pièces. Car, derrière chaque collectionneur, se cache un investisseur. L’horlogerie est un plaisir autant qu’un placement. Or, pour estimer la vigueur d’une marque sur le marché, et donc son éventuelle monétisation, les ventes de gré à gré sur des plateformes généralistes et grand public ne valent rien. Les prix sont fixés par des particuliers, les pièces ne sont pas expertisées, les volumes très aléatoires. Seules valent donc les enchères. Chaque montre y est certifiée, documentée, pour quelques dizaines de lots tout au plus, au terme d’une publicité et d’une exposition ouverte à tous. Le processus est transparent et impartial.
Le grand saut
À ce titre, la vente 100% Breguet qui s’est tenue à Genève ce dimanche 9 novembre était donc d’une importance déterminante. 100% des lots avaient été expertisés par Breguet. 76 pièces avaient été soumises, Breguet en a authentifié 73, les trois dernières étant trop incertaines et / ou modifiées. Au terme de la vente, la manufacture en a elle-même acquis deux pour son propre musée.
L’année de son 250e anniversaire, et depuis sa reprise en main par son nouveau CEO Gregory Kissling, la planète horlogère retenait son souffle : le marché allait-il sanctionner ou valider la trajectoire de Breguet ? Le verdict est sans appel : pour une estimation raisonnable à 5 millions CHF, le résultat final dépasse les 12 millions.
Top lots
La quasi-totalité des pièces revêtait un caractère historique. Il s’agissait pour l’essentiel de montres de poches. C’est un marché difficile, uniquement pour collectionneurs avertis et experts. La performance de Breguet est d’autant plus remarquable : sur 42 montres de poche mises en vente, 41 ont trouvé preneur. C’est la preuve que les acquéreurs les plus aguerris n’ont aucun doute sur la valeur patrimoniale de Breguet.
Parmi ces lots, certains sont sortis...du lot, justement. Le plus fragrant est la Breguet 1890, vendue en 1809 au comte Razoumoffsky. De ce type de pièce à tourbillon, il n’y en a que deux au monde - sa sœur jumelle a appartenu au Comte Potocki et a été achetée en 2014 par Breguet pour 680'000 CHF.
Pièce rarissime avec échappement naturel (inventé par Breguet), ce chronographe de poche, qui peut être considéré comme le premier de l’histoire, affiche un indicateur de réserve de marche de 35 heures, le tour d’heures, les secondes courantes et les secondes à la demande. L’horloger François-Paul Journe, au terme d’une enchère disputée, l’a acquise pour 1,88 million CHF (plus de 200% de son estimation haute). La pièce devrait rejoindre son propre musée.
Ces proportions ont même été dépassées pour le lot 5 : l’un des rarissimes tourbillons Breguet exécutés au 20e siècle. Il y en eut probablement moins de dix. Celui-ci, terminé en 1947, a réalisé près de 300% de sa cote moyenne (190'500 CHF). Le véritable collectionneur ne s’y est pas trompé.
Mais la pièce la plus inattendue était probablement le lot 66, une rarissime montre à tact. Gageons que l’enchère de Sotheby’s était un peu faible (50'000 CHF en estimation haute). Elle a finalement été adjugée à...838'200 CHF ! Là encore, les experts ne s’y sont pas trompé : cette rarissime montre à tact était en réalité dotée d’un échappement que l’on n’avait jamais vu chez Breguet, l’ancêtre du co-axial que l’on doit à George Daniels et qui anime aujourd’hui la quasi-totalité des montres Omega. Une pièce d’une portée historique sans précédent.
Le retour au sommet de la montre-bracelet
Pour la montre-bracelet, le marché est différent car bien plus abondant que les montres de poche. Il est donc par nature plus concurrentiel, et l’on peut rarement atteindre les sommets des pièces gravées de la main d’Abraham-Louis Breguet lui-même. La performance de la manufacture est donc d’autant plus remarquable : 21 pièces ont généreusement dépassé les estimations - même les plus hautes - quand seulement 8 ont été adjugées dans la fourchette de l’estimation initiale.
Soulignons la performance singulière de la Classique Souscription. La pièce date de 2025. Elle est à peine entrée en phase de livraison pour ses premiers acquéreurs. Actuellement à 49'000 CHF en prix catalogue, son tout premier exemplaire jamais assemblé, la N°1, s’est déjà vendue ce week-end pour 82'550 CHF. De quoi rassurer les collectionneurs-investisseurs.
Ces derniers, enfin, n’ont pas manqué le lot 16 : un Type XX...avec lunette en or. Il n’y en aurait eu que deux au monde, dont un exemplaire aujourd’hui introuvable. Cette unique rescapée de l’histoire, vendue pour la première fois en 1954, a donc plus que doublé son estimation haute, à 1774800 CHF.
« L’atmosphère dans la salle était par instant véritablement électrique. Réunir autant de passionnés autour d’un catalogue retraçant 250 ans d’innovation et de savoir-faire est un moment rare et précieux. Nous sommes ravis du succès de cette vente, qui reflète à la fois la diversité et la longévité de notre histoire. Cet événement marquant de notre 250e anniversaire démontre que Breguet demeure, aujourd’hui comme hier, une référence incontournable dans le monde de l’horlogerie. », conclut Gregory Kissling, CEO Montres Breguet.